Structure du Bloc V, dernier Bloc de la Sourate 21. Neuf ensembles. D’abord la clôture du développement sur les nabī : nul déni pour l’effort du muʾmin, et l’exclusion, pour une cité détruite, de tout retour (S21:94–95). Puis l’ouverture de Yaʾjūj et Maʾjūj depuis chaque hauteur, et l’approche de la promesse vraie qui fige de frayeur les regards de ceux qui ont mécru (S21:96–97). Puis les mushrikūn et ce qu’ils adorent en dehors d’Allaah, déclarés combustible de Jahannam (S21:98–99). Puis, en contraste direct, ceux pour qui al-ḥusnā a déjà précédé, tenus à l’écart, n’entendant pas même le bruissement du Feu, accueillis par les malāʾika (S21:100–103). Puis le Jour où le ciel sera enroulé comme un sijill, et la création recommencée comme une promesse qui engage Allaah Lui-même (S21:104). Puis ce qui fut consigné dans le Zabūr : la terre héritée par les ʿibād ṣāliḥūn (S21:105–106). Puis la déclaration centrale : le nabī envoyé seulement comme raḥma pour les mondes (S21:107). Puis la révélation de l’unicité, le détachement du nabī quant au moment de l’Heure, et la science exhaustive d’Allaah sur ce qui est dit ouvertement et ce qui est dissimulé (S21:108–111). Enfin la clôture de la sourate : l’invocation du nabī, « Mon Rabb, juge en toute vérité », et la dernière désignation d’Allaah dans cette sourate, al-Mustaʿān (S21:112).

Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte. Deux cruxes lexicographiques et grammaticaux sont isolés dans ce Bloc (S21:95, la double négation ḥarām … lā yarjiʿūn ; S21:104, as-sijill) et nommés sans trancher. Avec ce Bloc, la Sourate 21 (Al-Anbiyāʾ, 112 versets) est intégralement traduite.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.21:94 Nul déni pour l’effort du muʾmin
S.21:95 L’exclusion de tout retour pour une cité détruite
S.21:96 Yaʾjūj et Maʾjūj ouverts, se précipitant depuis chaque hauteur
S.21:97 La promesse vraie approchée — les regards figés de frayeur
S.21:98 Vous et ce que vous adorez, combustible de Jahannam
S.21:99 Si elles avaient été des ālihah, elles n’y seraient pas parvenues
S.21:100 Un gémissement rauque, et rien d’autre entendu
S.21:101 Ceux pour qui al-ḥusnā a déjà précédé, tenus à l’écart
S.21:102 Pas même le bruissement du Feu — l’éternité du désir comblé
S.21:103 La plus grande frayeur ne les afflige pas — l’accueil des malāʾika
S.21:104 Le ciel enroulé comme le sijill — la création recommencée
S.21:105 Le Zabūr : la terre héritée par les ʿibād ṣāliḥūn
S.21:106 Une communication suffisante pour un peuple qui adore
S.21:107 « Nous ne t’avons envoyé que comme raḥma pour les mondes »
S.21:108 « Il m’est seulement révélé que votre ilāh est un ilāh unique »
S.21:109 S’ils se détournent — averti à parts égales, ignorant du moment
S.21:110 La science du discours ouvert et de ce qui est dissimulé
S.21:111 Peut-être une épreuve, et une jouissance pour un temps
S.21:112 « Mon Rabb, juge en toute vérité » — al-Mustaʿān

Nul déni pour l’effort — l’exclusion de tout retour · S21:94–95

S.21:94 · Nul déni pour l’effort du muʾmin

S.21:94
فَمَنْ يَعْمَلْ مِنَ الصَّالِحَاتِ وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَلَا كُفْرَانَ لِسَعْيِهِ وَإِنَّا لَهُ كَاتِبُونَ
Fa-man yaʿmal mina ṣ-ṣāliḥāti wa-huwa muʾminun fa-lā kufrāna li-saʿyihi wa-innā lahu kātibūn Et quiconque accomplit une œuvre droite (min aṣ-ṣāliḥāt) tout en étant muʾmin — nul déni (kufrān) ne sera opposé à son effort (saʿyihi), et Nous en sommes certes les inscripteurs (kātibūn).
Notes lexicales
muʾmin
conservé en translittération, comme depuis S2.
kufrāna
racine *k-f-r* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : le sens premier de cette racine est le fait de couvrir, de recouvrir entièrement une chose ; de là, appliqué à un bienfait reçu, *kufrān an-niʿma* désigne le fait de le recouvrir, de refuser de le reconnaître — le déni, l'absence de reconnaissance — distinct ici du sens le plus fréquent de la même racine (le *kufr*, la dénégation de la foi). **Dit** : le texte affirme qu'aucun effort accompli dans la droiture ne sera recouvert, c'est-à-dire laissé sans reconnaissance ni rétribution.
saʿyihi
racine *s-ʿ-y* : la marche résolue vers un but, l'effort engagé.
kātibūn
même racine *k-t-b* que *rusulanā yaktubūna* (S10:21) et *katabnā* (S21:105) : la consignation par écrit — ici appliquée directement à l'effort du *muʾmin*, sans qu'aucun intermédiaire ne soit nommé.

S.21:95 · L’exclusion de tout retour pour une cité détruite

Crux grammatical — S21:95, ḥarāmun ʿalā qaryatin ahlaknāhā annahum lā yarjiʿūn. La racine ḥ-r-m (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha) porte l’exclusion, l’impossibilité posée comme fermement arrêtée — non un interdit religieux au sens rituel ici, mais une impossibilité décrétée. Lecture A, la plus directement portée par la construction : il est exclu, pour une cité qu’Allaah a détruite, que ses habitants reviennent — soit à la vie d’ici-bas, soit au repentir ; la négation lā yarjiʿūn est alors prise à sa valeur pleine. Lecture B, rapportée par une partie des grammairiens arabes classiques comme une variante syntaxique possible (non un point de tafsīr) : la négation lā après ḥarām serait ici d’un type que certains grammairiens tiennent pour emphatique plutôt que proprement négateur, ce qui inverserait le sens en une affirmation — « il est arrêté, pour une cité détruite, qu’ils reviendront [devant Nous, au Jugement] », ce qui enchaînerait alors directement sur l’évocation de la Résurrection aux versets suivants. Ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune, et ne tranche pas à partir de ce seul verset.

S.21:95
وَحَرَامٌ عَلَىٰ قَرْيَةٍ أَهْلَكْنَاهَا أَنَّهُمْ لَا يَرْجِعُونَ
Wa-ḥarāmun ʿalā qaryatin ahlaknāhā annahum lā yarjiʿūn Et il est exclu (ḥarām), pour une cité (qarya) que Nous avons détruite, qu’ils [ses habitants] reviennent (lā yarjiʿūn).
Notes lexicales
qarya
voir S21:74 (*al-qaryatu allatī kānat taʿmalu l-khabāʾith*) : la cité, l'agglomération humaine.
lā yarjiʿūn
voir le crux ci-dessus. **Non-dit** : ce seul verset ne précise ni la nature exacte de ce retour empêché, ni son destinataire (ce monde, ou le repentir) au-delà des deux lectures nommées.

Yaʾjūj et Maʾjūj, la promesse vraie approchée · S21:96–97

S.21:96 · Yaʾjūj et Maʾjūj ouverts, se précipitant depuis chaque hauteur

S.21:96
حَتَّىٰ إِذَا فُتِحَتْ يَأْجُوجُ وَمَأْجُوجُ وَهُمْ مِنْ كُلِّ حَدَبٍ يَنْسِلُونَ
Ḥattā idhā futiḥat yaʾjūju wa-maʾjūju wa-hum min kulli ḥadabin yansilūn — jusqu’à ce que Yaʾjūj et Maʾjūj soient ouverts (futiḥat), et qu’ils se précipitent (yansilūn) depuis chaque hauteur (ḥadab) —
Notes lexicales
futiḥat
racine *f-t-ḥ* au passif, ici appliquée à l'ouverture du passage que le rempart de fer retenait jusque-là (voir Sourate 18 · Al-Kahf · Bloc IV, S18:94–98, où ce même rempart est édifié « entre les deux montagnes » contre Yaʾjūj et Maʾjūj). **Dit** : ce seul verbe, au passif, ne nomme pas explicitement le rempart comme sujet de l'ouverture, mais la continuité avec le récit de Dhū l-Qarnayn est directe.
ḥadabin
racine *ḥ-d-b* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : ce qui est élevé et bombé du sol, une éminence, un tertre.
yansilūn
racine *n-s-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : sortir rapidement, se précipiter hors d'un lieu (le même verbe désigne, par ailleurs, l'éclosion rapide du jeune animal hors de l'œuf ou du sein maternel).

S.21:97 · La promesse vraie approchée — les regards figés de frayeur

S.21:97
وَاقْتَرَبَ الْوَعْدُ الْحَقُّ فَإِذَا هِيَ شَاخِصَةٌ أَبْصَارُ الَّذِينَ كَفَرُوا يَا وَيْلَنَا قَدْ كُنَّا فِي غَفْلَةٍ مِنْ هَٰذَا بَلْ كُنَّا ظَالِمِينَ
Wa-qtaraba l-waʿdu l-ḥaqqu fa-idhā hiya shākhiṣatun abṣāru lladhīna kafarū yā waylanā qad kunnā fī ghaflatin min hādhā bal kunnā ẓālimīn — et que la promesse vraie (al-waʿd al-ḥaqq) se sera approchée : voici que les regards (abṣār) de ceux qui ont mécru resteront figés de frayeur (shākhiṣa) : « Malheur à nous (yā waylanā) ! Nous étions certes dans l’insouciance (ghafla) à l’égard de ceci — bien plus, nous étions des ẓālimūn ! »
Notes lexicales
shākhiṣatun
racine *sh-kh-ṣ* — Ibn Manẓūr : l'œil qui reste ouvert et fixe, sans ciller, sous l'effet de la frayeur ou de l'agonie.
yā waylanā
exclamation présente deux fois plus haut dans cette sourate (voir S21:14 et S21:46).
ghaflatin
voir S10:7–8 : l'inattention, l'absence de vigilance.

Les mushrikūn et ce qu’ils adorent, combustible de Jahannam · S21:98–99

S.21:98 · Vous et ce que vous adorez, combustible de Jahannam

Point de méthode — S21:98, le référent de « ce à quoi vous rendez un culte ». Dit : le texte déclare, de façon générale, que les mushrikūn et ce qu’ils adorent en dehors d’Allaah seront le combustible de Jahannam. Non-dit : ce seul verset ne restreint ni n’étend nommément ce « ce que vous adorez » à une catégorie précise (idoles de pierre, ou tout être qui aurait reçu un culte, y compris malgré lui). Ce Bloc ne tranche pas cette portée de façon autonome — mais relève, par pure cohérence interne au texte, que le développement qui suit immédiatement (S21:101–103) introduit, sans transition brusque, un groupe distinct — ceux pour qui al-ḥusnā a déjà précédé — explicitement tenu à l’écart de ce même Feu : la portée exacte de S21:98 se trouve ainsi elle-même bornée par la suite immédiate du texte, sans qu’aucune identité (humaine, angélique) n’ait à être importée pour établir cette limite.

S.21:98
إِنَّكُمْ وَمَا تَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ حَصَبُ جَهَنَّمَ أَنْتُمْ لَهَا وَارِدُونَ
Innakum wa-mā taʿbudūna min dūni llāhi ḥaṣabu jahannama antum lahā wāridūn Vous, et ce à quoi vous rendez un culte (taʿbudūna) en dehors d’Allaah, êtes le combustible (ḥaṣab) de Jahannam : vous y parviendrez (wāridūn).
Notes lexicales
ḥaṣab
racine *ḥ-ṣ-b* — Ibn Manẓūr : ce qui sert à alimenter un feu, le combustible qu'on y jette.
wāridūn
même racine *w-r-d* que *wāriduhā* (S19:71–72), où un crux complet est posé entre une lecture A (parvenir au bord, sans entrer) et une lecture B (entrer effectivement) ; voir l'étude Sortir du feu : garantie ou invention ?. **Précision propre à ce verset** : ici, le sujet de *wāridūn* (« vous », les *mushrikūn* eux-mêmes et ce qu'ils adorent, qualifiés l'instant d'avant de *ḥaṣab*, combustible littéralement jeté dans le feu) rend la lecture B (l'entrée effective) plus directement portée par le contexte immédiat que dans le cas général de S19:71 — sans que ce Bloc ne fonde pour autant, à partir de ce seul rapprochement, une réponse au crux plus large posé pour l'autre occurrence.

S.21:99 · Si elles avaient été des ālihah, elles n’y seraient pas parvenues

S.21:99
لَوْ كَانَ هَٰؤُلَاءِ آلِهَةً مَا وَرَدُوهَا ۖ وَكُلٌّ فِيهَا خَالِدُونَ
Law kāna hāʾulāʾi ālihatan mā waradūhā wa-kullun fīhā khālidūn Si celles-là avaient été des ālihah (ce que l’on prend pour ilāh), elles n’y seraient pas parvenues (mā waradūhā) — et tous y demeurent à jamais (khālidūn).
Notes lexicales
ālihatan
pluriel de *ilāh* (voir S21:59, même emploi) : conservé en translittération. Ce pluriel désigne nommément ce que les *mushrikūn* prennent pour *ilāh* en dehors d'Allaah, non Allaah.

Les deux issues opposées : le combustible, et ceux tenus à l’écart · S21:100–103

S.21:100 · Un gémissement rauque, et rien d’autre entendu

S.21:100
لَهُمْ فِيهَا زَفِيرٌ وَهُمْ فِيهَا لَا يَسْمَعُونَ
Lahum fīhā zafīrun wa-hum fīhā lā yasmaʿūn Il y a pour eux, en elle, un gémissement rauque (zafīr), et ils n’y entendent rien.
Notes lexicales
zafīrun
racine *z-f-r* — Ibn Manẓūr : l'inspiration pénible, le souffle rauque tiré du fond de la poitrine sous l'effet de la détresse ; à distinguer de *ḥasīs* (S21:102), le bruissement ténu que l'autre groupe ne perçoit, lui, à aucun moment.
lā yasmaʿūn
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'objet de cette surdité — ce Bloc ne tranche pas s'il s'agit d'une absence de toute perception sonore extérieure, ou d'une fermeture à toute parole qui pourrait les soulager.

S.21:101 · Ceux pour qui al-ḥusnā a déjà précédé, tenus à l’écart

S.21:101
إِنَّ الَّذِينَ سَبَقَتْ لَهُمْ مِنَّا الْحُسْنَىٰ أُولَٰئِكَ عَنْهَا مُبْعَدُونَ
Inna lladhīna sabaqat lahum minnā l-ḥusnā ulāʾika ʿanhā mubʿadūn Ceux pour qui, de Notre part, al-ḥusnā a déjà précédé (sabaqat) — ceux-là en sont tenus à l’écart (mubʿadūn).
Notes lexicales
al-ḥusnā
voir S10:26 et S18:87–88 : la forme superlative substantivée de la racine *ḥ-s-n*, le meilleur. **Dit** : le texte ne nomme pas ici les bénéficiaires de ce groupe au-delà de cette désignation — aucune identité (humaine ou angélique) n'est précisée par ce seul verset.
mubʿadūn
racine *b-ʿ-d* : être tenu éloigné, mis à distance.

S.21:102 · Pas même le bruissement du Feu — l’éternité du désir comblé

S.21:102
لَا يَسْمَعُونَ حَسِيسَهَا ۖ وَهُمْ فِي مَا اشْتَهَتْ أَنْفُسُهُمْ خَالِدُونَ
Lā yasmaʿūna ḥasīsahā wa-hum fī mā shtahat anfusuhum khālidūn Ils n’en entendent pas le moindre bruissement (ḥasīs), et ils demeurent à jamais dans ce que leurs âmes désirent (mā shtahat anfusuhum).
Notes lexicales
ḥasīsahā
racine *ḥ-s-s* : le bruit le plus ténu, le frémissement à peine audible. Voir la note de contraste à S21:100.

S.21:103 · La plus grande frayeur ne les afflige pas — l’accueil des malāʾika

S.21:103
لَا يَحْزُنُهُمُ الْفَزَعُ الْأَكْبَرُ وَتَتَلَقَّاهُمُ الْمَلَائِكَةُ هَٰذَا يَوْمُكُمُ الَّذِي كُنْتُمْ تُوعَدُونَ
Lā yaḥzunuhumu l-fazaʿu l-akbaru wa-tatalaqqāhumu l-malāʾikatu hādhā yawmukumu lladhī kuntum tūʿadūn La plus grande frayeur (al-fazaʿ al-akbar) ne les afflige pas, et les malāʾika les accueillent (tatalaqqāhum) : « Voici votre jour, celui qui vous était promis (tūʿadūn) ! »
Notes lexicales
al-fazaʿu l-akbaru
racine *f-z-ʿ* : l'effroi soudain. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas davantage la nature de cette frayeur majeure au-delà de son nom.
tatalaqqāhumu l-malāʾikatu
racine *l-q-y* : recevoir, aller à la rencontre de quelqu'un — ici ce sont les *malāʾika* qui accueillent ce groupe (voir, pour la même racine, S6:31).

Le ciel enroulé, la création recommencée · S21:104

S.21:104 · Le ciel enroulé comme le sijill — la création recommencée

Crux lexical — S21:104, ka-ṭayyi s-sijilli li-l-kutub. Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) rapporte, sans les départager, deux lectures anciennes du mot sijill : (1) un nom commun — un rouleau, un registre sur lequel on écrit, et que le scribe enroule une fois l’écriture terminée ; la comparaison porterait alors sur le geste même d’enrouler un tel rouleau sur ses écrits (li-l-kutub) ; (2) un nom propre — celui d’un scribe particulier auprès du nabī, auquel cas la comparaison porterait sur la façon dont ce scribe enroulait ce qu’il consignait. Ce Bloc retient la première lecture, la plus directement portée par la construction grammaticale (ka-ṭayyi + génitif, « comme l’enroulement de X »), sans écarter la seconde, rapportée par les lexicographes eux-mêmes.

S.21:104
يَوْمَ نَطْوِي السَّمَاءَ كَطَيِّ السِّجِلِّ لِلْكُتُبِ ۚ كَمَا بَدَأْنَا أَوَّلَ خَلْقٍ نُعِيدُهُ ۚ وَعْدًا عَلَيْنَا ۚ إِنَّا كُنَّا فَاعِلِينَ
Yawma naṭwi s-samāʾa ka-ṭayyi s-sijilli li-l-kutubi kamā badaʾnā awwala khalqin nuʿīduhu waʿdan ʿalaynā innā kunnā fāʿilīn Le jour où Nous enroulerons (naṭwi) le ciel comme s’enroule le sijill sur les écrits (ka-ṭayyi s-sijilli li-l-kutub) — de même que Nous avons commencé la première création, Nous la referons : c’est une promesse qui Nous engage (waʿdan ʿalaynā) — Nous en sommes certes les auteurs (fāʿilīn).
Notes lexicales
naṭwi
racine *ṭ-w-y* : plier, enrouler sur soi-même.
kamā badaʾnā awwala khalqin nuʿīduhu
voir S10:34 (*yabdaʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu*) : la symétrie entre la première création et la seconde (la résurrection), posée comme preuve rhétorique récurrente.
waʿdan ʿalaynā
même construction que *waʿdan ʿalayhi ḥaqqan* (S9:111) — une promesse qu'Allaah pose comme Lui engageant Lui-même (comme dans *kataba ʿalā nafsihi*), non une obligation qui Lui serait imposée de l'extérieur.
kunnā fāʿilīn
voir S21:79 (*wa-kunnā fāʿilīn*, à propos des montagnes et des oiseaux assujettis à Dāwūd).

Le Zabūr : la terre héritée · S21:105–106

S.21:105 · Le Zabūr : la terre héritée par les ʿibād ṣāliḥūn

S.21:105
وَلَقَدْ كَتَبْنَا فِي الزَّبُورِ مِنْ بَعْدِ الذِّكْرِ أَنَّ الْأَرْضَ يَرِثُهَا عِبَادِيَ الصَّالِحُونَ
Wa-la-qad katabnā fi z-zabūri min baʿdi dh-dhikri anna l-arḍa yarithuhā ʿibādiya ṣ-ṣāliḥūn Et Nous avons certes consigné (katabnā), dans le Zabūr, après le Dhikr, que la terre, ce sont Mes ʿibād ṣāliḥūn (serviteurs droits) qui en hériteront (yarithuhā).
Notes lexicales
az-Zabūr
conservé en translittération (voir S4:163 : *wa-ātaynā dāwūda zabūrā*) : racine *z-b-r*, écrire, consigner par écrit — désignant ce qui fut donné à Dāwūd.
min baʿdi dh-dhikri
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'identité exacte de ce *Dhikr* antérieur au *Zabūr* — ce Bloc n'importe aucune identification (Torah, ou tout autre écrit antérieur) au-delà du terme lui-même, pris au sens général de ce qui rappelle, ce qui est consigné pour mémoire.
yarithuhā
racine *w-r-th* (voir S19:6, S19:40, S19:63, S19:80).

S.21:106 · Une communication suffisante pour un peuple qui adore

S.21:106
إِنَّ فِي هَٰذَا لَبَلَاغًا لِقَوْمٍ عَابِدِينَ
Inna fī hādhā la-balāghan li-qawmin ʿābidīn En cela se trouve certes une communication suffisante (balāgh) pour un peuple qui rend un culte (ʿābidīn).
Notes lexicales
balāghan
même racine *b-l-gh* que le *tablīgh*, la fonction de transmission du *nabī* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur, à propos de S7:157) : ce qui parvient à son destinataire de façon suffisante, sans qu'il manque rien à sa transmission.

Une raḥma pour les mondes · S21:107

S.21:107 · « Nous ne t’avons envoyé que comme raḥma pour les mondes »

S.21:107
وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا رَحْمَةً لِلْعَالَمِينَ
Wa-mā arsalnāka illā raḥmatan li-l-ʿālamīn Et Nous ne t’avons envoyé que comme raḥma pour les mondes (lil-ʿālamīn).
Notes lexicales
raḥmatan
*raḥma* conservée en translittération, comme depuis S1:1 (voir aussi S21:83–84 et S21:86). **Dit** : ce verset qualifie directement la mission du *nabī* lui-même — non Allaah — de *raḥma* pour les mondes ; il ne s'agit donc pas ici d'un adjectif appliqué à Allaah, mais d'une qualification de ce que représente, pour les mondes, l'envoi même de ce *nabī*.
lil-ʿālamīn
voir S1:2 et S21:91 (*āyatan lil-ʿālamīn*).

L’unicité révélée, le détachement du moment de l’Heure · S21:108–111

S.21:108 · « Il m’est seulement révélé que votre ilāh est un ilāh unique »

S.21:108
قُلْ إِنَّمَا يُوحَىٰ إِلَيَّ أَنَّمَا إِلَٰهُكُمْ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ ۖ فَهَلْ أَنْتُمْ مُسْلِمُونَ
Qul innamā yūḥā ilayya annamā ilāhukum ilāhun wāḥidun fa-hal antum muslimūn Dis : « Il m’est seulement révélé (yūḥā ilayya) que votre ilāh est un ilāh unique — êtes-vous donc muslimūn ? »
Notes lexicales
innamā yūḥā ilayya
formule quasi identique à S18:110 (*innamā anā basharun mithlukum yūḥā ilayya annamā ilāhukum ilāhun wāḥid*), reprise aussi en S41:6 : ici sans la précision « je ne suis qu'un être humain comme vous » qui l'accompagne ailleurs. **Dit** : ce qui distingue le *nabī* des autres humains est la révélation qu'il reçoit, non une nature différente — même principe qu'à S18:110.
ilāhukum ilāhun wāḥidun
voir S2:163 : *wa-ilāhukum ilāhun wāḥid — lā ilāha illā huwa*.
muslimūn
conservé en translittération (voir S2:128, S3:19, S3:52) : ceux qui se soumettent (racine *s-l-m*).

S.21:109 · S’ils se détournent — averti à parts égales, ignorant du moment

S.21:109
فَإِنْ تَوَلَّوْا فَقُلْ آذَنْتُكُمْ عَلَىٰ سَوَاءٍ ۖ وَإِنْ أَدْرِي أَقَرِيبٌ أَمْ بَعِيدٌ مَا تُوعَدُونَ
Fa-in tawallaw fa-qul ādhantukum ʿalā sawāʾin wa-in adrī a-qarībun am baʿīdun mā tūʿadūn S’ils se détournent, dis alors : « Je vous ai avertis à parts égales (ʿalā sawāʾin) — et je ne sais si ce qui vous est promis est proche ou lointain. »
Notes lexicales
ādhantukum ʿalā sawāʾin
*ādhantu*, racine *ʾ-dh-n* au sens de proclamer, faire savoir (distinct de *idhn*, la permission, qu'on rencontre pour la *shafāʿa*). *ʿAlā sawāʾin* : voir S8:57–58 (l'exigence de dénoncer un pacte « sur un pied d'égalité », avant toute action) ; ici appliqué à l'annonce elle-même — un avertissement donné sans avantage d'information caché, à égalité entre celui qui avertit et ceux qui sont avertis.
wa-in adrī a-qarībun am baʿīdun mā tūʿadūn
**Dit** : le *nabī* déclare lui-même ignorer le moment de l'accomplissement de ce qui est promis — le texte ne lui attribue, à cet égard, aucune science qui le distinguerait des autres humains, en cohérence avec S21:108 sur la seule révélation reçue.

S.21:110 · La science du discours ouvert et de ce qui est dissimulé

S.21:110
إِنَّهُ يَعْلَمُ الْجَهْرَ مِنَ الْقَوْلِ وَيَعْلَمُ مَا تَكْتُمُونَ
Innahu yaʿlamu l-jahra mina l-qawli wa-yaʿlamu mā taktumūn Il connaît certes le discours ouvert (al-jahr) comme Il connaît ce que vous dissimulez (taktumūn).
Notes lexicales
al-jahr … taktumūn
couple voisin de *as-sirra wa-akhfā* (S20:7, où deux lectures du degré de dissimulation étaient nommées) : ici la distinction porte, plus simplement, sur ce qui est dit ouvertement et ce qui est tenu caché.

S.21:111 · Peut-être une épreuve, et une jouissance pour un temps

S.21:111
وَإِنْ أَدْرِي لَعَلَّهُ فِتْنَةٌ لَكُمْ وَمَتَاعٌ إِلَىٰ حِينٍ
Wa-in adrī laʿallahu fitnatun lakum wa-matāʿun ilā ḥīn Et je ne sais — peut-être est-ce une épreuve (fitna) pour vous, et une jouissance (matāʿ) pour un temps (ilā ḥīn).
Notes lexicales
fitnatun
racine *f-t-n* — Ibn Fāris : le passage au feu qui révèle la pureté ou l'impureté d'un métal ; de là, l'épreuve qui révèle la nature de ce qu'elle éprouve. **Non-dit** : le *nabī* lui-même ne sait pas trancher, pour ce délai, entre les deux possibilités qu'il nomme.
matāʿun
même racine *m-t-ʿ* que *matāʿa l-ḥayāti d-dunyā* (S10:23) : la jouissance limitée, l'usage temporaire d'un bien qui ne dure pas.

Clôture de la sourate · S21:112

S.21:112 · « Mon Rabb, juge en toute vérité » — al-Mustaʿān

S.21:112
قَالَ رَبِّ احْكُمْ بِالْحَقِّ ۗ وَرَبُّنَا الرَّحْمَٰنُ الْمُسْتَعَانُ عَلَىٰ مَا تَصِفُونَ
Qāla rabbi-ḥkum bi-l-ḥaqqi wa-rabbunā r-raḥmānu l-mustaʿānu ʿalā mā taṣifūn Il dit : « Mon Rabb, juge en toute vérité (iḥkum bi-l-ḥaqq) ! » — et notre Rabb est ar-Raḥmān, dont le secours est imploré (al-mustaʿān) contre ce que vous décrivez (taṣifūn).
Notes lexicales
qāla
**Note de vérification.** Ce verset clôt la sourate par un déplacement grammatical : après une série d'impératifs adressés au *nabī* (*qul*, « dis », S21:108–109), le texte rapporte, par *qāla* (« il dit »), une parole que le *nabī* adresse lui-même à son Rabb — une invocation, non plus une proclamation aux hommes. Les éditions arabes comparées confirment, après normalisation complète, la même lecture *qāla* ; la forme visuellement proche *qul*, que pourrait suggérer par erreur un *alif* diacritique (*dagger alif*) mal normalisé, a été vérifiée et écartée.
iḥkum bi-l-ḥaqqi
racine *ḥ-k-m* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur) : ici une invocation du *nabī* demandant à Allaah de trancher, en toute vérité (*bi-l-ḥaqq*, voir S10:4), entre lui et ceux qui le démentent.
al-mustaʿānu
racine *ʿ-w-n* (voir S1:5, *iyyāka nastaʿīn* : « c'est Toi dont nous implorons le secours »). *Al-Mustaʿān*, forme passive de la même racine, désigne, en clôture de cette sourate, ce dont le secours est imploré face à tout ce que les *mushrikūn* ont dit d'Allaah tout au long du texte — rejet du *walad*, prétentions diverses réfutées. Cette désignation n'est pas rendue par une construction en « Celui qui » : elle est portée ici par une relative introduite par « dont », qui ne présuppose aucun genre ni aucune figure personnifiée.
taṣifūn
racine *w-ṣ-f* : décrire, caractériser. **Dit** : le dernier mot de la sourate renvoie, en clôture, à l'ensemble des caractérisations fausses d'Allaah réfutées dans ce texte — le *walad*, le *shirk*, ce qui est pris en dehors de Lui.

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