Structure du Bloc I, ouverture de la Sourate 22. Neuf ensembles. D’abord l’annonce de l’ébranlement (zalzala) de l’Heure et la scène de terreur qu’il provoque (S22:1–2). Puis un premier portrait de qui dispute au sujet d’Allaah sans science, suivant tout shayṭān rebelle (S22:3–4). Puis les étapes successives de la création humaine, données comme preuve de la résurrection, et le parallèle de la terre morte revivifiée par l’eau (S22:5–7). Puis un second portrait, plus développé, de la même dispute sans science, sans guidance ni Livre éclairant, et la sentence qui s’ensuit (S22:8–10). Puis le portrait de qui adore Allaah « sur un bord », selon que la fortune lui sourit ou non (S22:11–13). Puis l’entrée des croyants dans les jardins, et l’affirmation qu’Allaah fait ce qu’Il veut (S22:14). Puis le défi lancé à qui doute du secours d’Allaah, et la descente du Qurʾān en signes évidents (S22:15–16). Puis l’énumération de six groupes — croyants, judaïsants, ṣābiʾūn, naṣārā, Majūs, polythéistes — dont Allaah tranchera entre eux au Jour de la Résurrection (S22:17). Puis la prosternation universelle de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre (S22:18). Enfin la scène des deux groupes adverses disputant au sujet de leur Rabb — vêtements de feu, eau bouillante, maillets de fer pour l’un ; jardins, bracelets d’or et soie pour l’autre (S22:19–24).
Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte. Un crux syntaxique et référentiel majeur est isolé dans ce Bloc (S22:15, la corde tendue vers le ciel) et nommé sans trancher, selon deux lectures classiques distinctes. Avec ce Bloc s’ouvre la Sourate 22 (Al-Ḥajj, 78 versets).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.22:1 | L’ébranlement de l’Heure, chose immense |
| S.22:2 | Le jour où toute nourrice oubliera son nourrisson |
| S.22:3 | Qui dispute au sujet d’Allaah sans science, premier portrait |
| S.22:4 | Le sort prescrit à qui prend ce shayṭān pour allié |
| S.22:5 | Les étapes de la création — la preuve de la résurrection |
| S.22:6 | Cela, parce qu’Allaah est al-Ḥaqq |
| S.22:7 | L’Heure vient, sans doute possible |
| S.22:8 | Qui dispute sans science, ni guidance, ni Livre éclairant |
| S.22:9 | Détournant son flanc avec arrogance |
| S.22:10 | Ce que tes mains ont avancé — Allaah n’est pas injuste |
| S.22:11 | Qui adore Allaah sur un bord |
| S.22:12 | Il invoque ce qui ne nuit ni ne profite |
| S.22:13 | Quel détestable allié, quel détestable compagnon |
| S.22:14 | Les croyants dans les jardins — Allaah fait ce qu’Il veut |
| S.22:15 | Que celui qui doute du secours tende une corde vers le ciel |
| S.22:16 | Le Qurʾān descendu en signes évidents |
| S.22:17 | Six groupes — Allaah tranchera entre eux |
| S.22:18 | La prosternation universelle |
| S.22:19–20 | Les deux groupes adverses — vêtements de feu, eau bouillante |
| S.22:21–22 | Maillets de fer — nul moyen de sortir |
| S.22:23 | Les croyants — bracelets d’or, perles, soie |
| S.22:24 | Guidés vers la bonne parole, vers le chemin d’al-Ḥamīd |
L’ébranlement de l’Heure · S22:1–2
S.22:1 · L’ébranlement de l’Heure, chose immense
- zalzala
- racine quadrilitère *z-l-z-l* (redoublement de *z-l*, « s'écarter, glisser ») — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'ébranlement violent et répété, le tremblement qui fait vaciller ce qui était stable. Voir *wa-zulzilū zilzālan shadīdan* (S2:214), à propos de l'épreuve des croyants. Cette sourate tire son nom traditionnel du mot *al-Ḥajj* (S22:27), mais le mot *zalzala* qui l'ouvre donne aussi son nom à la Sourate 99 (*Az-Zalzala*).
- as-sāʿati
- *as-sāʿa*, conservée en translittération (« l'Heure », voir S6) : le moment du Jugement, non une simple durée.
S.22:2 · Le jour où toute nourrice oubliera son nourrisson
- tadhhalu
- racine *dh-h-l* — Ibn Manẓūr : être saisi d'une stupeur qui fait perdre de vue, par le choc, ce qu'on avait pourtant constamment présent à l'esprit.
- murḍiʿatin
- racine *r-ḍ-ʿ* (allaiter) — même racine que l'allaitement de S2:233 (*wa-l-wālidātu yurḍiʿna awlādahunna*). **Dit** : le texte choisit, pour figurer l'intensité du bouleversement, le lien le plus instinctif qui soit — celui d'une mère nourricière envers son nourrisson — et affirme qu'il cédera lui-même sous l'effet de la terreur.
- dhāti ḥamlin ḥamlahā
- racine *ḥ-m-l* : porter une charge — ici la grossesse elle-même. **Non-dit** : le texte ne précise pas si ce dépôt du fardeau (*taḍaʿu*) désigne un accouchement prématuré effectif ou une image de l'affolement général — ce Bloc rapporte l'image telle qu'elle est donnée, sans trancher au-delà.
- sukārā
- voir *wa-antum sukārā* (S4:43) et *sakratihim* (S15:72) : l'ivresse — ici une ivresse d'effroi, sans aucune boisson en cause, le texte le précisant lui-même (« alors qu'ils ne sont pas ivres »).
Qui dispute sans science, premier portrait · S22:3–4
S.22:3 · Qui dispute au sujet d’Allaah sans science, premier portrait
- yujādilu
- racine *j-d-l* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur ; voir aussi S4) : la dispute qui cherche à tordre un fil, à l'emporter par l'argumentation plutôt qu'à chercher le vrai.
- marīd
- racine *m-r-d* — Ibn Manẓūr : le sens premier est la nudité lisse, ce qui est dépouillé de tout ce qui le recouvrirait (une plante sans feuillage, un visage sans barbe) ; appliqué à un *shayṭān*, le terme désigne celui qui s'est dépouillé de tout bien, obstinément rebelle.
S.22:4 · Le sort prescrit à qui prend ce shayṭān pour allié
- kutiba ʿalayhi
- même construction que *kutiba ʿalaykumu ṣ-ṣiyām* (S2:183) : ce qui est consigné comme devant s'accomplir. **Dit** : ici, ce qui est ainsi « prescrit » n'est pas une obligation rituelle mais un sort attaché à ce *shayṭān* lui-même — quiconque le prend pour *walī* s'expose à une conséquence déjà fixée.
- tawallāhu
- racine *w-l-y* (le *walī*, l'allié protecteur) : prendre pour allié, se placer sous la direction de quelqu'un.
- yahdīhi ilā ʿadhābi s-saʿīr
- **Point de méthode — un verbe habituellement réservé à la guidance véridique, employé ici à rebours.** La racine *h-d-y* (guider) est, dans le Coran, presque toujours celle par laquelle Allaah conduit vers le *ḥaqq* ; ici, le même verbe est appliqué à ce *shayṭān* rebelle, qui « guide » son allié vers le châtiment — un retournement rhétorique du terme, non une nouvelle acception de la racine elle-même : le texte retourne contre son allié humain l'image même de la guidance, pour en souligner l'inversion complète. *As-saʿīr* (le Brasier) : voir S4:10.
Les étapes de la création, preuve de la résurrection · S22:5–7
S.22:5 · Les étapes de la création — la preuve de la résurrection
- turāb … nuṭfa
- voir *khalaqaka min turābin thumma min nuṭfatin* (S18:37) et *khalaqa l-insāna min nuṭfatin* (S16:4) : la terre et la goutte germinale, deux étapes rencontrées ensemble.
- ʿalaqatin
- racine *ʿ-l-q* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : ce qui s'attache, s'accroche à une chose (d'où *ʿalaq*, le sang épaissi et grumeleux qui adhère).
- muḍghatin
- racine *m-ḍ-gh* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui se mâche (*maḍagha*, mâcher) ; *muḍgha* désigne, par extension, un petit morceau de chair de la taille de ce que l'on mâcherait. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas davantage le processus physiologique au-delà de ces désignations successives (*turāb*, *nuṭfa*, *ʿalaqa*, *muḍgha*) — ce Bloc ne leur fait correspondre aucune nomenclature embryologique moderne, ni ne l'exclut : il rapporte l'énumération telle que le texte la donne.
- mukhallaqatin wa-ghayri mukhallaqatin
- racine *kh-l-q* (façonner selon une mesure) — ici au sens d'un achèvement de forme, atteint ou non encore atteint. **Non-dit** : le texte ne précise pas davantage la nature exacte de cette distinction entre « configuré » et « non configuré ».
- nuqirru fi l-arḥām
- racine *q-r-r* (l'établissement stable) — même racine que *mustaqarr* (S6:98 : « *fa-mustaqarrun wa-mustawdaʿun* »).
- ṭiflan
- racine *ṭ-f-l* : le petit enfant, le nourrisson.
- ashuddakum
- voir *ḥattā idhā balagha ashuddahu* (S18:82) : la pleine maturité physique et intellectuelle.
- arḏali l-ʿumuri
- racine *r-dh-l* (ce qui est vil, de moindre valeur) + *ʿumur* (l'âge, la durée de vie). **Dit** : le texte nomme, sans détour, le déclin cognitif de la grande vieillesse comme un retour possible, pour certains, à un état comparable à l'ignorance de l'enfance.
- hāmidatan
- racine *h-m-d* (avec *hāʾ*) — Ibn Manẓūr : ce qui s'est éteint, ce qui est devenu inerte et sans vie (dit d'abord du feu éteint, puis étendu à la terre desséchée). **Point de vigilance orthographique** : à ne pas confondre avec la racine *ḥ-m-d* (avec *ḥāʾ*), celle de la louange (*al-Ḥamīd*, S22:24) — deux racines distinctes par leur première lettre, bien que proches en translittération simplifiée.
- ihtazzat wa-rabat
- racine *h-z-z* (s'ébranler, frémir) et racine *r-b-w* (croître, se gonfler — même racine, sur un tout autre emploi, que celle du *ribā*, l'accroissement usuraire illégitime ; aucun lien de sens n'est établi entre les deux emplois, purement homonymes par la racine).
- zawjin bahījin
- *zawj* (espèce, couple) ; *bahīj*, racine *b-h-j* : ce qui est radieux, dont l'aspect réjouit la vue.
S.22:6 · Cela, parce qu’Allaah est al-Ḥaqq
- al-Ḥaqq … yuḥyi l-mawtā … Qadīr
- trois éléments de ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservés en translittération.
S.22:7 · L’Heure vient, sans doute possible
- yabʿathu … al-qubūr
- racine *b-ʿ-th* (la résurrection, déjà nommée en S22:5) et *qubūr*, pluriel de *qabr* (la tombe).
Qui dispute sans science, second portrait · S22:8–10
S.22:8 · Qui dispute sans science, ni guidance, ni Livre éclairant
Point de méthode — cohérence entre S22:3 et S22:8. Le même sujet — « parmi les gens, il en est qui dispute au sujet d’Allaah sans science » — revient ici à l’identique, mais le texte ajoute deux privations supplémentaires : ni guidance (hudan), ni Livre éclairant (kitābin munīr). Ce Bloc rapporte cette intensification telle qu’elle est donnée, sans fusionner les deux versets en une seule affirmation : S22:3 isole l’absence de science ; S22:8 l’étend à l’absence de toute source de savoir légitime, qu’elle soit intérieure (la guidance) ou extérieure (le Livre).
- hudan … kitābin munīr
- *hudā* : la guidance. *Munīr*, racine *n-w-r* (la lumière) : ce qui éclaire, rend visible. Voir le callout ci-dessus.
S.22:9 · Détournant son flanc avec arrogance
- thāniya ʿiṭfihi
- racine *th-n-y* (plier, courber) appliquée à *ʿiṭf* (le flanc, le côté du corps) — Ibn Manẓūr : locution idiomatique figée désignant le dédain orgueilleux, l'attitude de qui détourne son flanc ou sa nuque pour marquer son mépris.
- khizyun … al-ḥarīq
- *khizy* : voir S5:33 et S8:50 ; *al-ḥarīq*, racine *ḥ-r-q* (brûler) : nom précis du châtiment.
S.22:10 · Ce que tes mains ont avancé — Allaah n’est pas injuste
- qaddamat yadāka
- « tes deux mains ont avancé » — idiome courant de l'arabe pour désigner les actes propres de quelqu'un, l'ensemble de ce qu'il a lui-même accompli. Le sujet de cette expression est ici un humain quelconque (le pronom « tu/tes » s'adresse à l'être humain dont il vient d'être question), non Allaah.
- laysa bi-ẓallāmin li-l-ʿabīd
- formule identique à S3:182 et S8:51 — traduction reprise à l'identique.
Qui adore Allaah sur un bord · S22:11–13
S.22:11 · Qui adore Allaah sur un bord
Point de méthode — S22:11, ʿalā ḥarf. La racine ḥ-r-f (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha ; Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab) désigne d’abord le bord tranchant, l’extrémité ou l’arête d’une chose — le bord d’une montagne, le tranchant d’une lame, la lettre elle-même (ḥarf au sens grammatical, un bord/une limite du mot). Appliquée ici à l’adoration, l’image est celle d’une position instable, tenue sur une seule arête, prête à basculer d’un côté ou de l’autre selon ce qui arrive — non un bord géographique ni un lieu, mais une posture d’équilibre précaire. Ce Bloc rend l’expression par « sur un bord », en gardant l’image du déséquilibre plutôt que de la remplacer par une glose explicative (« de façon conditionnelle ») qui effacerait la métaphore du texte.
- ʿalā ḥarfin
- voir le callout ci-dessus.
- iṭmaʾanna
- racine *ṭ-m-ʾ-n* : trouver le repos, l'apaisement après une inquiétude.
- inqalaba ʿalā wajhihi
- « se retourner sur son visage » — idiome pour le revirement complet, le demi-tour total. *Wajh* (le visage) a ici pour sujet un être humain, non Allaah.
- khasira d-dunyā wa-l-ākhirata
- même racine *kh-s-r* que *qad khasira lladhīna kadhdhabū bi-liqāʾi llāh* (S6:31, S10:45), ici appliquée directement à la double perte de ce monde et de l'autre.
S.22:12 · Il invoque ce qui ne nuit ni ne profite
- mā lā yaḍurruhu wa-mā lā yanfaʿuhu
- couple de forme proche en S6:71 : l'incapacité radicale, pour ce qui est invoqué en dehors d'Allaah, de nuire ou de profiter — critère récurrent de l'inconsistance du *shirk*.
S.22:13 · Quel détestable allié, quel détestable compagnon
- al-mawlā
- racine *w-l-y* — ici appliqué, par antiphrase, à ce qui est pris pour protecteur en dehors d'Allaah, alors qu'il ne peut rien offrir de tel.
- al-ʿashīr
- racine *ʿ-sh-r* (la fréquentation, la compagnie assidue — d'où *ʿishra*, les relations intimes de la vie commune) : le proche compagnon.
Les croyants dans les jardins · S22:14
S.22:14 · Les croyants dans les jardins — Allaah fait ce qu’Il veut
- jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru
- formule récurrente (S2, S3, S4, S5, *passim*).
- yafʿalu mā yurīd
- **Non-dit** : cette affirmation de la liberté souveraine d'Allaah rejoint la famille *mashīʾa*/*qadar* rencontrée aux Sourates 6, 8, 9, 10, 11, 13, 14, 15 et 16, sans y être tranchée — ce Bloc ne tire de ce seul verset aucune conclusion sur l'articulation entre cette liberté et la responsabilité humaine posée aux versets précédents (S22:9–11).
Le défi lancé à qui doute du secours — la descente du Qurʾān · S22:15–16
S.22:15 · Que celui qui doute du secours tende une corde vers le ciel
Crux syntaxique et référentiel — S22:15. Ce verset est d’une lecture difficile, et les grammairiens et lexicographes classiques en rapportent plusieurs constructions possibles, sans qu’aucune ne s’impose de façon certaine par la seule syntaxe. Deux éléments restent ouverts. Premier élément, le référent du pronom « le » dans « Allaah ne le secourra pas » : il peut désigner soit le nabī lui-même (celui dont il a été question dans les versets qui précèdent, dont certains dénégateurs doutaient qu’Allaah le fasse triompher), soit, de façon plus générale, quiconque doute d’obtenir par lui-même un secours. Second élément, le sens de l’image elle-même : « qu’il tende une corde (sabab) jusqu’au ciel, puis qu’il la coupe » peut se lire soit comme l’image d’une tentative vaine et absurde de couper court, depuis le ciel même, à la source d’un secours qui irriterait le doutant (une rage qu’aucun stratagème, fût-il dirigé contre le ciel, ne pourrait apaiser) ; soit, selon une autre lecture lexicographique rapportée par Ibn Manẓūr, comme l’image d’un geste de désespoir extrême (une pendaison au moyen de cette même corde), offert en défi à celui qui doute, pour qu’il voie si un tel acte ferait disparaître sa propre rage. Ce Bloc nomme les deux lectures sans trancher entre elles à partir de ce seul verset — aucune circonstance narrative extérieure au texte n’est importée pour en décider.
- sababin
- racine *s-b-b* — Ibn Manẓūr : tout moyen par lequel on relie une chose à une autre (une corde, un lien) ; de là, le sens dérivé et plus fréquent de « cause, moyen ». Ici, au sens concret, littéral. Voir le callout ci-dessus.
- kayduhu
- racine *k-y-d*, à distinguer de *makr* (voir S3:54 et S10:21) : le stratagème, le plan retors déployé pour parvenir à une fin.
S.22:16 · Le Qurʾān descendu en signes évidents
- yahdī man yurīd
- **Non-dit** : même famille *mashīʾa*/*qadar* que S22:14 — non tranchée ici non plus.
Six groupes jugés au Jour de la Résurrection · S22:17
S.22:17 · Six groupes — Allaah tranchera entre eux
Point de méthode — S22:17, comparaison avec S2:62 et S5:69, sans les confondre. Ce verset énumère six groupes — ceux qui ont cru, ceux qui ont pratiqué le judaïsme (hādū), les ṣābiʾūn, les naṣārā, les Majūs, et ceux qui ont pratiqué le shirk (ashrakū) — et affirme qu’Allaah tranchera (yafṣilu) entre eux au Jour de la Résurrection. Dit : ce verset-ci ne pose pas la même structure que S2:62 et S5:69, qui promettaient, à quiconque parmi plusieurs de ces mêmes groupes aurait cru en Allaah et au Jour dernier et accompli un acte droit, l’absence de crainte et d’affliction. Ici, la structure est différente : le texte ne pose aucune clause conditionnelle (« quiconque parmi eux… ») et ne promet rien à aucun groupe — il affirme seulement qu’un jugement, un départage (faṣl), aura lieu entre les six groupes nommés, sans en préciser l’issue dans ce seul verset. Ce Bloc ne fusionne donc pas cette affirmation avec la promesse conditionnelle de S2:62 et S5:69, qui reste distincte et pleinement valable pour les individus qu’elle vise.
- hādū … aṣ-ṣābiʾīna … n-naṣārā
- voir S2:62 et S5:69, et le callout ci-dessus pour la distinction de structure entre ces versets et celui-ci.
- al-Majūsa
- **Note de linguistique pure.** Unique occurrence de ce mot dans le Coran. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) le relève comme un terme d'origine non arabe (*muʿarrab*, arabisé depuis une autre langue), désignant une communauté religieuse distincte nommément des quatre groupes précédents. **Non-dit** : ce seul verset, et ce seul mot, ne fournit aucune description doctrinale de ce groupe au-delà de sa désignation — ce Bloc n'importe aucune identification supplémentaire.
- yafṣilu baynahum
- racine *f-ṣ-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : séparer nettement une chose d'une autre, en distinguer la limite ; au sens juridique dérivé, trancher, départager.
La prosternation universelle · S22:18
S.22:18 · La prosternation universelle
- yasjudu lahu man fi s-samāwāti wa-man fi l-arḍi
- voir *wa-li-llāhi yasjudu man fi s-samāwāti wa-l-arḍi ṭawʿan wa-karhan* (S13:15) et *wa-lillāhi yasjudu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi min dābbatin wa-l-malāʾikatu* (S16:49). **Dit** : cette « prosternation » étendue aux astres, aux montagnes, aux arbres et aux êtres en mouvement désigne la soumission de tout ce qui est créé à l'ordre voulu par Allaah pour chaque chose — un registre de soumission cosmique, non un acte de conscience rituelle comparable à celui des humains ou des *malāʾika* — cohérent avec ce qui est dit des ombres elles-mêmes « prosternées » (S16:48).
- ad-dawābbu
- voir S16:49 : tout être animé qui se meut sur la terre.
- yuhini … mukrim
- racine *h-w-n* (l'humiliation, l'abaissement) et racine *k-r-m* (l'honneur ; voir S17:62 et S17:70) : deux racines mises en regard, l'une niant ce que l'autre affirmerait.
- ۩
- marque de prosternation (*sajda*) du texte coranique — conservée dans le champ `ar=`, comme pour S13:15.
Les deux groupes adverses · S22:19–22
S.22:19–20 · Les deux groupes adverses — vêtements de feu, eau bouillante
Point de transparence — l’identité des « deux groupes adverses ». Dit : le texte nomme directement un seul des deux groupes — « ceux qui ont commis le kufr » — et décrit son sort. Non-dit : il ne nomme pas explicitement le second groupe ; la structure même du duel (« ces deux-là sont des adversaires qui se sont disputés au sujet de leur Rabb ») implique, par contraste, un second groupe qui aurait cru — cohérent avec l’énumération qui précède immédiatement (S22:17). Ce Bloc ne va pas au-delà de ce que la structure du texte permet d’inférer, et n’importe aucune identification circonstancielle plus précise (par exemple à des individus ou des batailles nommément désignés ailleurs).
- khaṣmāni khtaṣamū
- racine *kh-ṣ-m* — Ibn Manẓūr : la dispute entre deux parties opposées, chacune défendant sa position. Voir le callout ci-dessus.
- quṭṭiʿat lahum thiyābun min nārin
- racine *q-ṭ-ʿ* (couper, tailler) à la forme passive intensive — l'image est celle d'un vêtement taillé sur mesure, comme on tisse un habit, mais fait de feu.
- al-ḥamīm
- voir *lahum sharābun min ḥamīmin* (S6:70) : l'eau portée à ébullition.
- yuṣharu
- racine *ṣ-h-r* — Ibn Manẓūr : faire fondre, liquéfier par la chaleur (comme on fait fondre un métal).
- buṭūnihim … al-julūd
- termes anatomiques ordinaires : les ventres, les peaux.
S.22:21–22 · Maillets de fer — nul moyen de sortir
- maqāmiʿu
- racine *q-m-ʿ* — Ibn Fāris : frapper pour soumettre, abattre par la force. *Maqmaʿa*, l'instrument qui sert à cela — un maillet, une masse.
- ḥadīd
- le fer.
- ghammin
- racine *gh-m-m* — Ibn Manẓūr : ce qui couvre, recouvre et oppresse (même image que *ghaym*, le nuage qui couvre le ciel) ; de là, l'angoisse qui étreint.
Les croyants, en contraste · S22:23–24
S.22:23 · Les croyants — bracelets d’or, perles, soie
- yuḥallawna fīhā min asāwira min dhahabin
- formule identique à S18:30–31 (*yuḥallawna fīhā min asāwira min dhahabin wa-yalbasūna thiyāban khuḍran min sundusin wa-istabraqin*).
- luʾluʾan
- les perles.
- ḥarīrun
- la soie en tant que matière — à distinguer de *sundus* et *istabraq* (S18:30–31), qui désignent des tissus de soie particuliers (soie fine, brocart épais) ; ici le terme générique.
S.22:24 · Guidés vers la bonne parole, vers le chemin d’al-Ḥamīd
- aṭ-ṭayyibi mina l-qawli
- racine *ṭ-y-b*, même racine que *kalimatan ṭayyibatan* (S14:24, la parabole de la bonne parole). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de cette « bonne parole » — ce Bloc n'importe aucune identification (par exemple à une formule particulière) au-delà du terme lui-même.
- ṣirāṭi l-Ḥamīd
- *al-Ḥamīd*, racine *ḥ-m-d* (avec *ḥāʾ* — voir la note de vigilance orthographique à S22:5 pour la distinguer de *hāmida*, racine en *hāʾ*) : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservé en translittération plutôt que traduit par « le Loué », qui figerait en adjectif ce qui reste un Nom.