Structure du Bloc I, ouverture de la Sourate 22. Neuf ensembles. D’abord l’annonce de l’ébranlement (zalzala) de l’Heure et la scène de terreur qu’il provoque (S22:1–2). Puis un premier portrait de qui dispute au sujet d’Allaah sans science, suivant tout shayṭān rebelle (S22:3–4). Puis les étapes successives de la création humaine, données comme preuve de la résurrection, et le parallèle de la terre morte revivifiée par l’eau (S22:5–7). Puis un second portrait, plus développé, de la même dispute sans science, sans guidance ni Livre éclairant, et la sentence qui s’ensuit (S22:8–10). Puis le portrait de qui adore Allaah « sur un bord », selon que la fortune lui sourit ou non (S22:11–13). Puis l’entrée des croyants dans les jardins, et l’affirmation qu’Allaah fait ce qu’Il veut (S22:14). Puis le défi lancé à qui doute du secours d’Allaah, et la descente du Qurʾān en signes évidents (S22:15–16). Puis l’énumération de six groupes — croyants, judaïsants, ṣābiʾūn, naṣārā, Majūs, polythéistes — dont Allaah tranchera entre eux au Jour de la Résurrection (S22:17). Puis la prosternation universelle de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre (S22:18). Enfin la scène des deux groupes adverses disputant au sujet de leur Rabb — vêtements de feu, eau bouillante, maillets de fer pour l’un ; jardins, bracelets d’or et soie pour l’autre (S22:19–24).

Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte. Un crux syntaxique et référentiel majeur est isolé dans ce Bloc (S22:15, la corde tendue vers le ciel) et nommé sans trancher, selon deux lectures classiques distinctes. Avec ce Bloc s’ouvre la Sourate 22 (Al-Ḥajj, 78 versets).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.22:1 L’ébranlement de l’Heure, chose immense
S.22:2 Le jour où toute nourrice oubliera son nourrisson
S.22:3 Qui dispute au sujet d’Allaah sans science, premier portrait
S.22:4 Le sort prescrit à qui prend ce shayṭān pour allié
S.22:5 Les étapes de la création — la preuve de la résurrection
S.22:6 Cela, parce qu’Allaah est al-Ḥaqq
S.22:7 L’Heure vient, sans doute possible
S.22:8 Qui dispute sans science, ni guidance, ni Livre éclairant
S.22:9 Détournant son flanc avec arrogance
S.22:10 Ce que tes mains ont avancé — Allaah n’est pas injuste
S.22:11 Qui adore Allaah sur un bord
S.22:12 Il invoque ce qui ne nuit ni ne profite
S.22:13 Quel détestable allié, quel détestable compagnon
S.22:14 Les croyants dans les jardins — Allaah fait ce qu’Il veut
S.22:15 Que celui qui doute du secours tende une corde vers le ciel
S.22:16 Le Qurʾān descendu en signes évidents
S.22:17 Six groupes — Allaah tranchera entre eux
S.22:18 La prosternation universelle
S.22:19–20 Les deux groupes adverses — vêtements de feu, eau bouillante
S.22:21–22 Maillets de fer — nul moyen de sortir
S.22:23 Les croyants — bracelets d’or, perles, soie
S.22:24 Guidés vers la bonne parole, vers le chemin d’al-Ḥamīd

L’ébranlement de l’Heure · S22:1–2

S.22:1 · L’ébranlement de l’Heure, chose immense

S.22:1
يَا أَيُّهَا النَّاسُ اتَّقُوا رَبَّكُمْ ۚ إِنَّ زَلْزَلَةَ السَّاعَةِ شَيْءٌ عَظِيمٌ
Yā ayyuha n-nāsu ttaqū rabbakum inna zalzalata s-sāʿati shayʾun ʿaẓīm Ô les humains, prémunissez-vous (ittaqū) de votre Rabb — l’ébranlement (zalzala) de l’Heure est certes une chose immense.
Notes lexicales
zalzala
racine quadrilitère *z-l-z-l* (redoublement de *z-l*, « s'écarter, glisser ») — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'ébranlement violent et répété, le tremblement qui fait vaciller ce qui était stable. Voir *wa-zulzilū zilzālan shadīdan* (S2:214), à propos de l'épreuve des croyants. Cette sourate tire son nom traditionnel du mot *al-Ḥajj* (S22:27), mais le mot *zalzala* qui l'ouvre donne aussi son nom à la Sourate 99 (*Az-Zalzala*).
as-sāʿati
*as-sāʿa*, conservée en translittération (« l'Heure », voir S6) : le moment du Jugement, non une simple durée.

S.22:2 · Le jour où toute nourrice oubliera son nourrisson

S.22:2
يَوْمَ تَرَوْنَهَا تَذْهَلُ كُلُّ مُرْضِعَةٍ عَمَّا أَرْضَعَتْ وَتَضَعُ كُلُّ ذَاتِ حَمْلٍ حَمْلَهَا وَتَرَى النَّاسَ سُكَارَىٰ وَمَا هُمْ بِسُكَارَىٰ وَلَٰكِنَّ عَذَابَ اللَّهِ شَدِيدٌ
Yawma tarawnahā tadhhalu kullu murḍiʿatin ʿammā arḍaʿat wa-taḍaʿu kullu dhāti ḥamlin ḥamlahā wa-tara n-nāsa sukārā wa-mā hum bi-sukārā wa-lākinna ʿadhāba llāhi shadīd Le jour où vous la verrez, toute nourrice (murḍiʿa) sera distraite au point d’oublier (tadhhalu) ce qu’elle allaitait, et toute femme enceinte déposera son fardeau [avant terme] — et tu verras les gens ivres (sukārā), alors qu’ils ne sont pas ivres : c’est que le châtiment d’Allaah est sévère.
Notes lexicales
tadhhalu
racine *dh-h-l* — Ibn Manẓūr : être saisi d'une stupeur qui fait perdre de vue, par le choc, ce qu'on avait pourtant constamment présent à l'esprit.
murḍiʿatin
racine *r-ḍ-ʿ* (allaiter) — même racine que l'allaitement de S2:233 (*wa-l-wālidātu yurḍiʿna awlādahunna*). **Dit** : le texte choisit, pour figurer l'intensité du bouleversement, le lien le plus instinctif qui soit — celui d'une mère nourricière envers son nourrisson — et affirme qu'il cédera lui-même sous l'effet de la terreur.
dhāti ḥamlin ḥamlahā
racine *ḥ-m-l* : porter une charge — ici la grossesse elle-même. **Non-dit** : le texte ne précise pas si ce dépôt du fardeau (*taḍaʿu*) désigne un accouchement prématuré effectif ou une image de l'affolement général — ce Bloc rapporte l'image telle qu'elle est donnée, sans trancher au-delà.
sukārā
voir *wa-antum sukārā* (S4:43) et *sakratihim* (S15:72) : l'ivresse — ici une ivresse d'effroi, sans aucune boisson en cause, le texte le précisant lui-même (« alors qu'ils ne sont pas ivres »).

Qui dispute sans science, premier portrait · S22:3–4

S.22:3 · Qui dispute au sujet d’Allaah sans science, premier portrait

S.22:3
وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يُجَادِلُ فِي اللَّهِ بِغَيْرِ عِلْمٍ وَيَتَّبِعُ كُلَّ شَيْطَانٍ مَرِيدٍ
Wa-mina n-nāsi man yujādilu fi llāhi bi-ghayri ʿilmin wa-yattabiʿu kulla shayṭānin marīd Et parmi les gens, il en est qui dispute (yujādilu) au sujet d’Allaah sans science, et qui suit tout shayṭān rebelle (marīd).
Notes lexicales
yujādilu
racine *j-d-l* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur ; voir aussi S4) : la dispute qui cherche à tordre un fil, à l'emporter par l'argumentation plutôt qu'à chercher le vrai.
marīd
racine *m-r-d* — Ibn Manẓūr : le sens premier est la nudité lisse, ce qui est dépouillé de tout ce qui le recouvrirait (une plante sans feuillage, un visage sans barbe) ; appliqué à un *shayṭān*, le terme désigne celui qui s'est dépouillé de tout bien, obstinément rebelle.

S.22:4 · Le sort prescrit à qui prend ce shayṭān pour allié

S.22:4
كُتِبَ عَلَيْهِ أَنَّهُ مَنْ تَوَلَّاهُ فَأَنَّهُ يُضِلُّهُ وَيَهْدِيهِ إِلَىٰ عَذَابِ السَّعِيرِ
Kutiba ʿalayhi annahu man tawallāhu fa-annahu yuḍilluhu wa-yahdīhi ilā ʿadhābi s-saʿīr Il a été prescrit (kutiba), à son sujet [de ce shayṭān], que quiconque le prend pour allié (tawallāhu) — il l’égarera (yuḍilluhu) et le conduira (yahdīhi) jusqu’au châtiment du Brasier (as-saʿīr).
Notes lexicales
kutiba ʿalayhi
même construction que *kutiba ʿalaykumu ṣ-ṣiyām* (S2:183) : ce qui est consigné comme devant s'accomplir. **Dit** : ici, ce qui est ainsi « prescrit » n'est pas une obligation rituelle mais un sort attaché à ce *shayṭān* lui-même — quiconque le prend pour *walī* s'expose à une conséquence déjà fixée.
tawallāhu
racine *w-l-y* (le *walī*, l'allié protecteur) : prendre pour allié, se placer sous la direction de quelqu'un.
yahdīhi ilā ʿadhābi s-saʿīr
**Point de méthode — un verbe habituellement réservé à la guidance véridique, employé ici à rebours.** La racine *h-d-y* (guider) est, dans le Coran, presque toujours celle par laquelle Allaah conduit vers le *ḥaqq* ; ici, le même verbe est appliqué à ce *shayṭān* rebelle, qui « guide » son allié vers le châtiment — un retournement rhétorique du terme, non une nouvelle acception de la racine elle-même : le texte retourne contre son allié humain l'image même de la guidance, pour en souligner l'inversion complète. *As-saʿīr* (le Brasier) : voir S4:10.

Les étapes de la création, preuve de la résurrection · S22:5–7

S.22:5 · Les étapes de la création — la preuve de la résurrection

S.22:5
يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنْ كُنْتُمْ فِي رَيْبٍ مِنَ الْبَعْثِ فَإِنَّا خَلَقْنَاكُمْ مِنْ تُرَابٍ ثُمَّ مِنْ نُطْفَةٍ ثُمَّ مِنْ عَلَقَةٍ ثُمَّ مِنْ مُضْغَةٍ مُخَلَّقَةٍ وَغَيْرِ مُخَلَّقَةٍ لِنُبَيِّنَ لَكُمْ ۚ وَنُقِرُّ فِي الْأَرْحَامِ مَا نَشَاءُ إِلَىٰ أَجَلٍ مُسَمًّى ثُمَّ نُخْرِجُكُمْ طِفْلًا ثُمَّ لِتَبْلُغُوا أَشُدَّكُمْ ۖ وَمِنْكُمْ مَنْ يُتَوَفَّىٰ وَمِنْكُمْ مَنْ يُرَدُّ إِلَىٰ أَرْذَلِ الْعُمُرِ لِكَيْلَا يَعْلَمَ مِنْ بَعْدِ عِلْمٍ شَيْئًا ۚ وَتَرَى الْأَرْضَ هَامِدَةً فَإِذَا أَنْزَلْنَا عَلَيْهَا الْمَاءَ اهْتَزَّتْ وَرَبَتْ وَأَنْبَتَتْ مِنْ كُلِّ زَوْجٍ بَهِيجٍ
Yā ayyuha n-nāsu in kuntum fī raybin mina l-baʿthi fa-innā khalaqnākum min turābin thumma min nuṭfatin thumma min ʿalaqatin thumma min muḍghatin mukhallaqatin wa-ghayri mukhallaqatin li-nubayyina lakum wa-nuqirru fi l-arḥāmi mā nashāʾu ilā ajalin musamman thumma nukhrijukum ṭiflan thumma li-tablughū ashuddakum wa-minkum man yutawaffā wa-minkum man yuraddu ilā ardhali l-ʿumuri li-kay-lā yaʿlama min baʿdi ʿilmin shayʾan wa-tara l-arḍa hāmidatan fa-idhā anzalnā ʿalayhā l-māʾa htazzat wa-rabat wa-anbatat min kulli zawjin bahīj Ô les humains, si vous êtes dans le doute (rayb) au sujet de la résurrection (al-baʿth) — Nous vous avons créés de terre (turāb), puis d’une goutte germinale (nuṭfa), puis d’une adhérence (ʿalaqa), puis d’un embryon mâché (muḍgha) — configuré ou non configuré encore — afin de rendre cela clair pour vous. Et Nous maintenons (nuqirru) dans les matrices (al-arḥām) ce que Nous voulons, jusqu’à un terme fixé ; puis Nous vous faisons sortir petit enfant (ṭiflan) ; puis [Nous vous laissons croître] pour que vous atteigniez votre pleine maturité (ashuddakum). Et parmi vous il en est qui est rappelé à Lui (yutawaffā), et parmi vous il en est qui est ramené à l’âge le plus vil (arḏal al-ʿumur), de sorte qu’il ne sache plus rien après avoir su. Et tu vois la terre éteinte (hāmida) — puis, quand Nous faisons descendre l’eau sur elle, elle s’ébranle, se gonfle, et fait pousser toute espèce radieuse (zawj bahīj).
Notes lexicales
turāb … nuṭfa
voir *khalaqaka min turābin thumma min nuṭfatin* (S18:37) et *khalaqa l-insāna min nuṭfatin* (S16:4) : la terre et la goutte germinale, deux étapes rencontrées ensemble.
ʿalaqatin
racine *ʿ-l-q* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : ce qui s'attache, s'accroche à une chose (d'où *ʿalaq*, le sang épaissi et grumeleux qui adhère).
muḍghatin
racine *m-ḍ-gh* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : ce qui se mâche (*maḍagha*, mâcher) ; *muḍgha* désigne, par extension, un petit morceau de chair de la taille de ce que l'on mâcherait. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas davantage le processus physiologique au-delà de ces désignations successives (*turāb*, *nuṭfa*, *ʿalaqa*, *muḍgha*) — ce Bloc ne leur fait correspondre aucune nomenclature embryologique moderne, ni ne l'exclut : il rapporte l'énumération telle que le texte la donne.
mukhallaqatin wa-ghayri mukhallaqatin
racine *kh-l-q* (façonner selon une mesure) — ici au sens d'un achèvement de forme, atteint ou non encore atteint. **Non-dit** : le texte ne précise pas davantage la nature exacte de cette distinction entre « configuré » et « non configuré ».
nuqirru fi l-arḥām
racine *q-r-r* (l'établissement stable) — même racine que *mustaqarr* (S6:98 : « *fa-mustaqarrun wa-mustawdaʿun* »).
ṭiflan
racine *ṭ-f-l* : le petit enfant, le nourrisson.
ashuddakum
voir *ḥattā idhā balagha ashuddahu* (S18:82) : la pleine maturité physique et intellectuelle.
arḏali l-ʿumuri
racine *r-dh-l* (ce qui est vil, de moindre valeur) + *ʿumur* (l'âge, la durée de vie). **Dit** : le texte nomme, sans détour, le déclin cognitif de la grande vieillesse comme un retour possible, pour certains, à un état comparable à l'ignorance de l'enfance.
hāmidatan
racine *h-m-d* (avec *hāʾ*) — Ibn Manẓūr : ce qui s'est éteint, ce qui est devenu inerte et sans vie (dit d'abord du feu éteint, puis étendu à la terre desséchée). **Point de vigilance orthographique** : à ne pas confondre avec la racine *ḥ-m-d* (avec *ḥāʾ*), celle de la louange (*al-Ḥamīd*, S22:24) — deux racines distinctes par leur première lettre, bien que proches en translittération simplifiée.
ihtazzat wa-rabat
racine *h-z-z* (s'ébranler, frémir) et racine *r-b-w* (croître, se gonfler — même racine, sur un tout autre emploi, que celle du *ribā*, l'accroissement usuraire illégitime ; aucun lien de sens n'est établi entre les deux emplois, purement homonymes par la racine).
zawjin bahījin
*zawj* (espèce, couple) ; *bahīj*, racine *b-h-j* : ce qui est radieux, dont l'aspect réjouit la vue.

S.22:6 · Cela, parce qu’Allaah est al-Ḥaqq

S.22:6
ذَٰلِكَ بِأَنَّ اللَّهَ هُوَ الْحَقُّ وَأَنَّهُ يُحْيِي الْمَوْتَىٰ وَأَنَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Dhālika bi-anna llāha huwa l-ḥaqqu wa-annahu yuḥyi l-mawtā wa-annahu ʿalā kulli shayʾin qadīr Cela, parce qu’Allaah, c’est Lui al-Ḥaqq, et qu’Il fait revivre les morts, et qu’Il est, sur toute chose, Qadīr.
Notes lexicales
al-Ḥaqq … yuḥyi l-mawtā … Qadīr
trois éléments de ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservés en translittération.

S.22:7 · L’Heure vient, sans doute possible

S.22:7
وَأَنَّ السَّاعَةَ آتِيَةٌ لَا رَيْبَ فِيهَا وَأَنَّ اللَّهَ يَبْعَثُ مَنْ فِي الْقُبُورِ
Wa-anna s-sāʿata ātiyatun lā rayba fīhā wa-anna llāha yabʿathu man fi l-qubūr — et que l’Heure vient, sans doute possible à son sujet, et qu’Allaah ressuscitera (yabʿathu) qui est dans les tombes (al-qubūr).
Notes lexicales
yabʿathu … al-qubūr
racine *b-ʿ-th* (la résurrection, déjà nommée en S22:5) et *qubūr*, pluriel de *qabr* (la tombe).

Qui dispute sans science, second portrait · S22:8–10

S.22:8 · Qui dispute sans science, ni guidance, ni Livre éclairant

Point de méthode — cohérence entre S22:3 et S22:8. Le même sujet — « parmi les gens, il en est qui dispute au sujet d’Allaah sans science » — revient ici à l’identique, mais le texte ajoute deux privations supplémentaires : ni guidance (hudan), ni Livre éclairant (kitābin munīr). Ce Bloc rapporte cette intensification telle qu’elle est donnée, sans fusionner les deux versets en une seule affirmation : S22:3 isole l’absence de science ; S22:8 l’étend à l’absence de toute source de savoir légitime, qu’elle soit intérieure (la guidance) ou extérieure (le Livre).

S.22:8
وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يُجَادِلُ فِي اللَّهِ بِغَيْرِ عِلْمٍ وَلَا هُدًى وَلَا كِتَابٍ مُنِيرٍ
Wa-mina n-nāsi man yujādilu fi llāhi bi-ghayri ʿilmin wa-lā hudan wa-lā kitābin munīr Et parmi les gens, il en est qui dispute au sujet d’Allaah sans science, ni guidance (hudan), ni Livre éclairant (munīr).
Notes lexicales
hudan … kitābin munīr
*hudā* : la guidance. *Munīr*, racine *n-w-r* (la lumière) : ce qui éclaire, rend visible. Voir le callout ci-dessus.

S.22:9 · Détournant son flanc avec arrogance

S.22:9
ثَانِيَ عِطْفِهِ لِيُضِلَّ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ ۖ لَهُ فِي الدُّنْيَا خِزْيٌ ۖ وَنُذِيقُهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ عَذَابَ الْحَرِيقِ
Thāniya ʿiṭfihi li-yuḍilla ʿan sabīli llāhi lahu fi d-dunyā khizyun wa-nudhīquhu yawma l-qiyāmati ʿadhāba l-ḥarīq — détournant son flanc (thāniya ʿiṭfihi) avec dédain, pour égarer les gens du chemin d’Allaah — pour lui, dans ce monde, un opprobre (khizy), et Nous lui ferons goûter, le Jour de la Résurrection, le châtiment de l’Embrasement (al-ḥarīq).
Notes lexicales
thāniya ʿiṭfihi
racine *th-n-y* (plier, courber) appliquée à *ʿiṭf* (le flanc, le côté du corps) — Ibn Manẓūr : locution idiomatique figée désignant le dédain orgueilleux, l'attitude de qui détourne son flanc ou sa nuque pour marquer son mépris.
khizyun … al-ḥarīq
*khizy* : voir S5:33 et S8:50 ; *al-ḥarīq*, racine *ḥ-r-q* (brûler) : nom précis du châtiment.

S.22:10 · Ce que tes mains ont avancé — Allaah n’est pas injuste

S.22:10
ذَٰلِكَ بِمَا قَدَّمَتْ يَدَاكَ وَأَنَّ اللَّهَ لَيْسَ بِظَلَّامٍ لِلْعَبِيدِ
Dhālika bimā qaddamat yadāka wa-anna llāha laysa bi-ẓallāmin li-l-ʿabīd Cela, pour ce que tes deux mains ont avancé (qaddamat yadāka) — et parce qu’Allaah n’est, en rien, injuste (ẓallām) envers les ʿabīd.
Notes lexicales
qaddamat yadāka
« tes deux mains ont avancé » — idiome courant de l'arabe pour désigner les actes propres de quelqu'un, l'ensemble de ce qu'il a lui-même accompli. Le sujet de cette expression est ici un humain quelconque (le pronom « tu/tes » s'adresse à l'être humain dont il vient d'être question), non Allaah.
laysa bi-ẓallāmin li-l-ʿabīd
formule identique à S3:182 et S8:51 — traduction reprise à l'identique.

Qui adore Allaah sur un bord · S22:11–13

S.22:11 · Qui adore Allaah sur un bord

Point de méthode — S22:11, ʿalā ḥarf. La racine ḥ-r-f (Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha ; Ibn Manẓūr, Lisān al-ʿArab) désigne d’abord le bord tranchant, l’extrémité ou l’arête d’une chose — le bord d’une montagne, le tranchant d’une lame, la lettre elle-même (ḥarf au sens grammatical, un bord/une limite du mot). Appliquée ici à l’adoration, l’image est celle d’une position instable, tenue sur une seule arête, prête à basculer d’un côté ou de l’autre selon ce qui arrive — non un bord géographique ni un lieu, mais une posture d’équilibre précaire. Ce Bloc rend l’expression par « sur un bord », en gardant l’image du déséquilibre plutôt que de la remplacer par une glose explicative (« de façon conditionnelle ») qui effacerait la métaphore du texte.

S.22:11
وَمِنَ النَّاسِ مَنْ يَعْبُدُ اللَّهَ عَلَىٰ حَرْفٍ ۖ فَإِنْ أَصَابَهُ خَيْرٌ اطْمَأَنَّ بِهِ ۖ وَإِنْ أَصَابَتْهُ فِتْنَةٌ انْقَلَبَ عَلَىٰ وَجْهِهِ خَسِرَ الدُّنْيَا وَالْآخِرَةَ ۚ ذَٰلِكَ هُوَ الْخُسْرَانُ الْمُبِينُ
Wa-mina n-nāsi man yaʿbudu llāha ʿalā ḥarfin fa-in aṣābahu khayrun iṭmaʾanna bihi wa-in aṣābathu fitnatun inqalaba ʿalā wajhihi khasira d-dunyā wa-l-ākhirata dhālika huwa l-khusrānu l-mubīn Et parmi les gens, il en est qui adore Allaah sur un bord (ʿalā ḥarf) : si un bien l’atteint, il s’en apaise (iṭmaʾanna) ; mais si une épreuve (fitna) l’atteint, il se retourne complètement (inqalaba ʿalā wajhihi), perdant (khasira) ce monde et l’Ākhira — cela, c’est la perte manifeste (al-khusrān al-mubīn).
Notes lexicales
ʿalā ḥarfin
voir le callout ci-dessus.
iṭmaʾanna
racine *ṭ-m-ʾ-n* : trouver le repos, l'apaisement après une inquiétude.
inqalaba ʿalā wajhihi
« se retourner sur son visage » — idiome pour le revirement complet, le demi-tour total. *Wajh* (le visage) a ici pour sujet un être humain, non Allaah.
khasira d-dunyā wa-l-ākhirata
même racine *kh-s-r* que *qad khasira lladhīna kadhdhabū bi-liqāʾi llāh* (S6:31, S10:45), ici appliquée directement à la double perte de ce monde et de l'autre.

S.22:12 · Il invoque ce qui ne nuit ni ne profite

S.22:12
يَدْعُو مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَضُرُّهُ وَمَا لَا يَنْفَعُهُ ۚ ذَٰلِكَ هُوَ الضَّلَالُ الْبَعِيدُ
Yadʿū min dūni llāhi mā lā yaḍurruhu wa-mā lā yanfaʿuhu dhālika huwa ḍ-ḍalālu l-baʿīd Il invoque, en dehors d’Allaah, ce qui ne lui nuit (yaḍurruhu) ni ne lui profite (yanfaʿuhu) — cela, c’est l’égarement lointain (aḍ-ḍalāl al-baʿīd).
Notes lexicales
mā lā yaḍurruhu wa-mā lā yanfaʿuhu
couple de forme proche en S6:71 : l'incapacité radicale, pour ce qui est invoqué en dehors d'Allaah, de nuire ou de profiter — critère récurrent de l'inconsistance du *shirk*.

S.22:13 · Quel détestable allié, quel détestable compagnon

S.22:13
يَدْعُو لَمَنْ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ ۚ لَبِئْسَ الْمَوْلَىٰ وَلَبِئْسَ الْعَشِيرُ
Yadʿū la-man ḍarruhu aqrabu min nafʿihi la-biʾsa l-mawlā wa-la-biʾsa l-ʿashīr Il invoque certes celui dont le tort (ḍarruhu) est plus proche que le profit (nafʿuhu) — quel détestable allié (al-mawlā), quel détestable compagnon (al-ʿashīr) !
Notes lexicales
al-mawlā
racine *w-l-y* — ici appliqué, par antiphrase, à ce qui est pris pour protecteur en dehors d'Allaah, alors qu'il ne peut rien offrir de tel.
al-ʿashīr
racine *ʿ-sh-r* (la fréquentation, la compagnie assidue — d'où *ʿishra*, les relations intimes de la vie commune) : le proche compagnon.

Les croyants dans les jardins · S22:14

S.22:14 · Les croyants dans les jardins — Allaah fait ce qu’Il veut

S.22:14
إِنَّ اللَّهَ يُدْخِلُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ ۚ إِنَّ اللَّهَ يَفْعَلُ مَا يُرِيدُ
Inna llāha yudkhilu lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru inna llāha yafʿalu mā yurīd Allaah fait certes entrer ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites dans des jardins sous lesquels coulent les rivières — Allaah fait certes ce qu’Il veut (yafʿalu mā yurīd).
Notes lexicales
jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru
formule récurrente (S2, S3, S4, S5, *passim*).
yafʿalu mā yurīd
**Non-dit** : cette affirmation de la liberté souveraine d'Allaah rejoint la famille *mashīʾa*/*qadar* rencontrée aux Sourates 6, 8, 9, 10, 11, 13, 14, 15 et 16, sans y être tranchée — ce Bloc ne tire de ce seul verset aucune conclusion sur l'articulation entre cette liberté et la responsabilité humaine posée aux versets précédents (S22:9–11).

Le défi lancé à qui doute du secours — la descente du Qurʾān · S22:15–16

S.22:15 · Que celui qui doute du secours tende une corde vers le ciel

Crux syntaxique et référentiel — S22:15. Ce verset est d’une lecture difficile, et les grammairiens et lexicographes classiques en rapportent plusieurs constructions possibles, sans qu’aucune ne s’impose de façon certaine par la seule syntaxe. Deux éléments restent ouverts. Premier élément, le référent du pronom « le » dans « Allaah ne le secourra pas » : il peut désigner soit le nabī lui-même (celui dont il a été question dans les versets qui précèdent, dont certains dénégateurs doutaient qu’Allaah le fasse triompher), soit, de façon plus générale, quiconque doute d’obtenir par lui-même un secours. Second élément, le sens de l’image elle-même : « qu’il tende une corde (sabab) jusqu’au ciel, puis qu’il la coupe » peut se lire soit comme l’image d’une tentative vaine et absurde de couper court, depuis le ciel même, à la source d’un secours qui irriterait le doutant (une rage qu’aucun stratagème, fût-il dirigé contre le ciel, ne pourrait apaiser) ; soit, selon une autre lecture lexicographique rapportée par Ibn Manẓūr, comme l’image d’un geste de désespoir extrême (une pendaison au moyen de cette même corde), offert en défi à celui qui doute, pour qu’il voie si un tel acte ferait disparaître sa propre rage. Ce Bloc nomme les deux lectures sans trancher entre elles à partir de ce seul verset — aucune circonstance narrative extérieure au texte n’est importée pour en décider.

S.22:15
مَنْ كَانَ يَظُنُّ أَنْ لَنْ يَنْصُرَهُ اللَّهُ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ فَلْيَمْدُدْ بِسَبَبٍ إِلَى السَّمَاءِ ثُمَّ لْيَقْطَعْ فَلْيَنْظُرْ هَلْ يُذْهِبَنَّ كَيْدُهُ مَا يَغِيظُ
Man kāna yaẓunnu an lan yanṣurahu llāhu fi d-dunyā wa-l-ākhirati fa-l-yamdud bi-sababin ila s-samāʾi thumma l-yaqṭaʿ fa-l-yanẓur hal yudhhibanna kayduhu mā yaghīẓ Quiconque estime qu’Allaah ne le secourra (yanṣurahu) jamais, ni dans ce monde ni dans l’Ākhira — qu’il tende une corde (sabab) jusqu’au ciel, puis qu’il la coupe, et qu’il voie si son stratagème (kayduhu) fera disparaître ce qui l’enrage (mā yaghīẓu).
Notes lexicales
sababin
racine *s-b-b* — Ibn Manẓūr : tout moyen par lequel on relie une chose à une autre (une corde, un lien) ; de là, le sens dérivé et plus fréquent de « cause, moyen ». Ici, au sens concret, littéral. Voir le callout ci-dessus.
kayduhu
racine *k-y-d*, à distinguer de *makr* (voir S3:54 et S10:21) : le stratagème, le plan retors déployé pour parvenir à une fin.

S.22:16 · Le Qurʾān descendu en signes évidents

S.22:16
وَكَذَٰلِكَ أَنْزَلْنَاهُ آيَاتٍ بَيِّنَاتٍ وَأَنَّ اللَّهَ يَهْدِي مَنْ يُرِيدُ
Wa-ka-dhālika anzalnāhu āyātin bayyinātin wa-anna llāha yahdī man yurīd Et c’est ainsi que Nous l’avons fait descendre en signes évidents (āyātin bayyinātin) — et qu’Allaah guide qui Il veut.
Notes lexicales
yahdī man yurīd
**Non-dit** : même famille *mashīʾa*/*qadar* que S22:14 — non tranchée ici non plus.

Six groupes jugés au Jour de la Résurrection · S22:17

S.22:17 · Six groupes — Allaah tranchera entre eux

Point de méthode — S22:17, comparaison avec S2:62 et S5:69, sans les confondre. Ce verset énumère six groupes — ceux qui ont cru, ceux qui ont pratiqué le judaïsme (hādū), les ṣābiʾūn, les naṣārā, les Majūs, et ceux qui ont pratiqué le shirk (ashrakū) — et affirme qu’Allaah tranchera (yafṣilu) entre eux au Jour de la Résurrection. Dit : ce verset-ci ne pose pas la même structure que S2:62 et S5:69, qui promettaient, à quiconque parmi plusieurs de ces mêmes groupes aurait cru en Allaah et au Jour dernier et accompli un acte droit, l’absence de crainte et d’affliction. Ici, la structure est différente : le texte ne pose aucune clause conditionnelle (« quiconque parmi eux… ») et ne promet rien à aucun groupe — il affirme seulement qu’un jugement, un départage (faṣl), aura lieu entre les six groupes nommés, sans en préciser l’issue dans ce seul verset. Ce Bloc ne fusionne donc pas cette affirmation avec la promesse conditionnelle de S2:62 et S5:69, qui reste distincte et pleinement valable pour les individus qu’elle vise.

S.22:17
إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَادُوا وَالصَّابِئِينَ وَالنَّصَارَىٰ وَالْمَجُوسَ وَالَّذِينَ أَشْرَكُوا إِنَّ اللَّهَ يَفْصِلُ بَيْنَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ شَهِيدٌ
Inna lladhīna āmanū wa-lladhīna hādū wa-ṣ-ṣābiʾīna wa-n-naṣārā wa-l-majūsa wa-lladhīna ashrakū inna llāha yafṣilu baynahum yawma l-qiyāmati inna llāha ʿalā kulli shayʾin shahīd Ceux qui ont cru, ceux qui ont pratiqué le judaïsme, les ṣābiʾūn, les naṣārā, les Majūs, et ceux qui ont pratiqué le shirk — Allaah tranchera certes entre eux (yafṣilu baynahum) le Jour de la Résurrection : Allaah est certes, sur toute chose, témoin (shahīd).
Notes lexicales
hādū … aṣ-ṣābiʾīna … n-naṣārā
voir S2:62 et S5:69, et le callout ci-dessus pour la distinction de structure entre ces versets et celui-ci.
al-Majūsa
**Note de linguistique pure.** Unique occurrence de ce mot dans le Coran. Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) le relève comme un terme d'origine non arabe (*muʿarrab*, arabisé depuis une autre langue), désignant une communauté religieuse distincte nommément des quatre groupes précédents. **Non-dit** : ce seul verset, et ce seul mot, ne fournit aucune description doctrinale de ce groupe au-delà de sa désignation — ce Bloc n'importe aucune identification supplémentaire.
yafṣilu baynahum
racine *f-ṣ-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : séparer nettement une chose d'une autre, en distinguer la limite ; au sens juridique dérivé, trancher, départager.

La prosternation universelle · S22:18

S.22:18 · La prosternation universelle

S.22:18
أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ يَسْجُدُ لَهُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَمَنْ فِي الْأَرْضِ وَالشَّمْسُ وَالْقَمَرُ وَالنُّجُومُ وَالْجِبَالُ وَالشَّجَرُ وَالدَّوَابُّ وَكَثِيرٌ مِنَ النَّاسِ ۖ وَكَثِيرٌ حَقَّ عَلَيْهِ الْعَذَابُ ۗ وَمَنْ يُهِنِ اللَّهُ فَمَا لَهُ مِنْ مُكْرِمٍ ۚ إِنَّ اللَّهَ يَفْعَلُ مَا يَشَاءُ ۩
A-lam tara anna llāha yasjudu lahu man fi s-samāwāti wa-man fi l-arḍi wa-sh-shamsu wa-l-qamaru wa-n-nujūmu wa-l-jibālu wa-sh-shajaru wa-d-dawābbu wa-kathīrun mina n-nāsi wa-kathīrun ḥaqqa ʿalayhi l-ʿadhābu wa-man yuhini llāhu fa-mā lahu min mukrimin inna llāha yafʿalu mā yashāʾ N’as-tu pas vu que c’est devant Allaah que se prosterne (yasjudu) qui est dans les cieux et qui est sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les êtres en mouvement (ad-dawābb), et beaucoup de gens — tandis que, pour beaucoup, le châtiment s’est avéré (ḥaqqa) ? Et quiconque Allaah humilie (yuhin), nul ne peut l’honorer (mukrim) — Allaah fait certes ce qu’Il veut.
Notes lexicales
yasjudu lahu man fi s-samāwāti wa-man fi l-arḍi
voir *wa-li-llāhi yasjudu man fi s-samāwāti wa-l-arḍi ṭawʿan wa-karhan* (S13:15) et *wa-lillāhi yasjudu mā fi s-samāwāti wa-mā fi l-arḍi min dābbatin wa-l-malāʾikatu* (S16:49). **Dit** : cette « prosternation » étendue aux astres, aux montagnes, aux arbres et aux êtres en mouvement désigne la soumission de tout ce qui est créé à l'ordre voulu par Allaah pour chaque chose — un registre de soumission cosmique, non un acte de conscience rituelle comparable à celui des humains ou des *malāʾika* — cohérent avec ce qui est dit des ombres elles-mêmes « prosternées » (S16:48).
ad-dawābbu
voir S16:49 : tout être animé qui se meut sur la terre.
yuhini … mukrim
racine *h-w-n* (l'humiliation, l'abaissement) et racine *k-r-m* (l'honneur ; voir S17:62 et S17:70) : deux racines mises en regard, l'une niant ce que l'autre affirmerait.
۩
marque de prosternation (*sajda*) du texte coranique — conservée dans le champ `ar=`, comme pour S13:15.

Les deux groupes adverses · S22:19–22

S.22:19–20 · Les deux groupes adverses — vêtements de feu, eau bouillante

Point de transparence — l’identité des « deux groupes adverses ». Dit : le texte nomme directement un seul des deux groupes — « ceux qui ont commis le kufr » — et décrit son sort. Non-dit : il ne nomme pas explicitement le second groupe ; la structure même du duel (« ces deux-là sont des adversaires qui se sont disputés au sujet de leur Rabb ») implique, par contraste, un second groupe qui aurait cru — cohérent avec l’énumération qui précède immédiatement (S22:17). Ce Bloc ne va pas au-delà de ce que la structure du texte permet d’inférer, et n’importe aucune identification circonstancielle plus précise (par exemple à des individus ou des batailles nommément désignés ailleurs).

S.22:19
۞ هَٰذَانِ خَصْمَانِ اخْتَصَمُوا فِي رَبِّهِمْ ۖ فَالَّذِينَ كَفَرُوا قُطِّعَتْ لَهُمْ ثِيَابٌ مِنْ نَارٍ يُصَبُّ مِنْ فَوْقِ رُءُوسِهِمُ الْحَمِيمُ
Hādhāni khaṣmāni khtaṣamū fī rabbihim fa-lladhīna kafarū quṭṭiʿat lahum thiyābun min nārin yuṣabbu min fawqi ruʾūsihimu l-ḥamīm Voici deux groupes adversaires (khaṣmāni) qui se sont disputés (ikhtaṣamū) au sujet de leur Rabb : ceux qui ont commis le kufr — des vêtements de feu (thiyābun min nār) leur seront taillés (quṭṭiʿat), et l’on versera, par-dessus leurs têtes, une eau bouillante (al-ḥamīm).
Notes lexicales
khaṣmāni khtaṣamū
racine *kh-ṣ-m* — Ibn Manẓūr : la dispute entre deux parties opposées, chacune défendant sa position. Voir le callout ci-dessus.
quṭṭiʿat lahum thiyābun min nārin
racine *q-ṭ-ʿ* (couper, tailler) à la forme passive intensive — l'image est celle d'un vêtement taillé sur mesure, comme on tisse un habit, mais fait de feu.
al-ḥamīm
voir *lahum sharābun min ḥamīmin* (S6:70) : l'eau portée à ébullition.

S.22:20
يُصْهَرُ بِهِ مَا فِي بُطُونِهِمْ وَالْجُلُودُ
Yuṣharu bihi mā fī buṭūnihim wa-l-julūd Par elle sera fondu (yuṣharu) ce qui est dans leurs ventres (buṭūn), ainsi que leurs peaux (al-julūd).
Notes lexicales
yuṣharu
racine *ṣ-h-r* — Ibn Manẓūr : faire fondre, liquéfier par la chaleur (comme on fait fondre un métal).
buṭūnihim … al-julūd
termes anatomiques ordinaires : les ventres, les peaux.

S.22:21–22 · Maillets de fer — nul moyen de sortir

S.22:21
وَلَهُمْ مَقَامِعُ مِنْ حَدِيدٍ
Wa-lahum maqāmiʿu min ḥadīd Et pour eux, des maillets de fer (maqāmiʿ min ḥadīd).
Notes lexicales
maqāmiʿu
racine *q-m-ʿ* — Ibn Fāris : frapper pour soumettre, abattre par la force. *Maqmaʿa*, l'instrument qui sert à cela — un maillet, une masse.
ḥadīd
le fer.

S.22:22
كُلَّمَا أَرَادُوا أَنْ يَخْرُجُوا مِنْهَا مِنْ غَمٍّ أُعِيدُوا فِيهَا وَذُوقُوا عَذَابَ الْحَرِيقِ
Kullamā arādū an yakhrujū minhā min ghammin uʿīdū fīhā wa-dhūqū ʿadhāba l-ḥarīq Chaque fois qu’ils voudront en sortir, [poussés] par l’angoisse (ghamm), ils y seront ramenés (uʿīdū) : « Goûtez le châtiment de l’Embrasement ! »
Notes lexicales
ghammin
racine *gh-m-m* — Ibn Manẓūr : ce qui couvre, recouvre et oppresse (même image que *ghaym*, le nuage qui couvre le ciel) ; de là, l'angoisse qui étreint.

Les croyants, en contraste · S22:23–24

S.22:23 · Les croyants — bracelets d’or, perles, soie

S.22:23
إِنَّ اللَّهَ يُدْخِلُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ يُحَلَّوْنَ فِيهَا مِنْ أَسَاوِرَ مِنْ ذَهَبٍ وَلُؤْلُؤًا ۖ وَلِبَاسُهُمْ فِيهَا حَرِيرٌ
Inna llāha yudkhilu lladhīna āmanū wa-ʿamilū ṣ-ṣāliḥāti jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru yuḥallawna fīhā min asāwira min dhahabin wa-luʾluʾan wa-libāsuhum fīhā ḥarīr Allaah fait certes entrer ceux qui ont cru et accompli les œuvres droites dans des jardins sous lesquels coulent les rivières ; ils y seront parés de bracelets (asāwir) d’or et de perles (luʾluʾ), et leur vêtement y sera de soie (ḥarīr).
Notes lexicales
yuḥallawna fīhā min asāwira min dhahabin
formule identique à S18:30–31 (*yuḥallawna fīhā min asāwira min dhahabin wa-yalbasūna thiyāban khuḍran min sundusin wa-istabraqin*).
luʾluʾan
les perles.
ḥarīrun
la soie en tant que matière — à distinguer de *sundus* et *istabraq* (S18:30–31), qui désignent des tissus de soie particuliers (soie fine, brocart épais) ; ici le terme générique.

S.22:24 · Guidés vers la bonne parole, vers le chemin d’al-Ḥamīd

S.22:24
وَهُدُوا إِلَى الطَّيِّبِ مِنَ الْقَوْلِ وَهُدُوا إِلَىٰ صِرَاطِ الْحَمِيدِ
Wa-hudū ila ṭ-ṭayyibi mina l-qawli wa-hudū ilā ṣirāṭi l-ḥamīd Et ils auront été guidés vers la bonne parole (aṭ-ṭayyib mina l-qawl), et guidés vers le chemin d’al-Ḥamīd.
Notes lexicales
aṭ-ṭayyibi mina l-qawli
racine *ṭ-y-b*, même racine que *kalimatan ṭayyibatan* (S14:24, la parabole de la bonne parole). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le contenu exact de cette « bonne parole » — ce Bloc n'importe aucune identification (par exemple à une formule particulière) au-delà du terme lui-même.
ṣirāṭi l-Ḥamīd
*al-Ḥamīd*, racine *ḥ-m-d* (avec *ḥāʾ* — voir la note de vigilance orthographique à S22:5 pour la distinguer de *hāmida*, racine en *hāʾ*) : ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah, conservé en translittération plutôt que traduit par « le Loué », qui figerait en adjectif ce qui reste un Nom.

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