Structure du Bloc III. Cinq ensembles. D’abord l’ouverture du récit : Ibrāhīm, déjà détenteur de son rushd avant même ce moment, interroge son père et son peuple sur les représentations (tamāthīl) auxquelles ils s’attachent, et affirme leur égarement et celui de leurs pères (S21:51–54). Puis l’échange où ils le soupçonnent de jouer, et où il désigne le Rabb des cieux et de la terre, Ce qui les a fait exister — avant de jurer, par Allaah, de ruser contre leurs idoles dès qu’ils auront tourné le dos (S21:55–57). Puis les idoles mises en fragments sauf la plus grande, l’accusation portée contre Ibrāhīm, le procès public, sa réponse qui renvoie la question aux idoles elles-mêmes, et le double retournement de son peuple — un instant sur eux-mêmes, puis dans l’obstination (S21:58–67). Puis l’ordre de le brûler, le feu rendu sans nuisance par l’ordre d’Allaah, et le stratagème qui se retourne contre ses auteurs (S21:68–70). Enfin le sauvetage d’Ibrāhīm et de Lūṭ vers la terre où fut placée la baraka, le don d’Isḥāq et de Yaʿqūb, tous deux faits imams qui guident par l’ordre d’Allaah, et Lūṭ, détenteur de ḥukm et de ʿilm, sauvé de la cité qui commettait les khabāʾith (S21:71–75).

Avertissement de méthode. Cette traduction procède par analyse linguistique pure — racines arabes, grammaire, dictionnaires classiques (Kitāb al-ʿAyn, Maqāyīs al-Lugha, Lisān al-ʿArab) — sans recours aux tafsīrs classiques ou modernes ni aux habits culturels déjà posés sur le texte, ni au récit qu’une partie de la tradition biographique ajoute à ce que le texte affirme lui-même (notamment sur S21:63, ci-dessous, où une partie de la littérature exégétique discute si la réponse d’Ibrāhīm constitue un kidhb — un énoncé contraire au fait ; ce Bloc isole strictement ce que le texte dit et tait, sans importer cette discussion comme une donnée de ce verset).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.21:51 Ibrāhīm, détenteur de son rushd dès auparavant
S.21:52 « Que sont ces tamāthīl auxquelles vous vous attachez ? »
S.21:53 « Nous avons trouvé nos pères leur rendant un culte »
S.21:54 « Vous étiez, vous et vos pères, dans un égarement manifeste »
S.21:55 « Es-tu venu avec le ḥaqq, ou joues-tu ? »
S.21:56 Le Rabb des cieux et de la terre, Ce qui les a fait exister
S.21:57 Le serment : « Je ruserai contre vos idoles »
S.21:58 Les idoles mises en fragments, sauf la plus grande
S.21:59 « Qui a fait cela à nos dieux ? »
S.21:60 « Un jeune homme nommé Ibrāhīm les évoquait »
S.21:61 « Amenez-le sous les yeux des gens »
S.21:62 « Est-ce toi, ô Ibrāhīm ? »
S.21:63 « C’est la plus grande d’entre elles — interrogez-les »
S.21:64 Ils se retournent sur eux-mêmes : « C’est vous les ẓālimūn »
S.21:65 L’obstination : « Tu sais bien qu’elles ne parlent pas »
S.21:66–67 « Rendre un culte à ce qui ne sert ni ne nuit ? Fi de vous ! »
S.21:68 « Brûlez-le, secourez vos dieux ! »
S.21:69 « Ô feu, sois fraîcheur et paix sur Ibrāhīm »
S.21:70 Le stratagème retourné — les plus grands perdants
S.21:71 Le sauvetage vers la terre où fut placée la baraka
S.21:72 Isḥāq, et Yaʿqūb en surcroît — tous deux rendus droits
S.21:73 Des imams qui guident par Notre ordre — ṣalāt et zakāt inspirées
S.21:74 Lūṭ, ḥukm et ʿilm — sauvé de la cité des khabāʾith
S.21:75 Son entrée dans Notre raḥma

Ibrāhīm, déjà guidé, face aux représentations de son peuple et de son père · S21:51–54

S.21:51 · Ibrāhīm, détenteur de son rushd dès auparavant

S.21:51
۞ وَلَقَدْ آتَيْنَا إِبْرَاهِيمَ رُشْدَهُ مِنْ قَبْلُ وَكُنَّا بِهِ عَالِمِينَ
Wa-la-qad ātaynā ibrāhīma rushdahu min qablu wa-kunnā bihi ʿālimīn Et Nous avons certes donné à Ibrāhīm son rushd dès auparavant — et Nous étions, à son sujet, pleinement savants (ʿālimīn).
Notes lexicales
rushdahu
racine *r-sh-d* (voir S4:6, le *rushd* du *yatīm* ; S18:66, le *rushd* distingué du *bulūgh*) : la droiture du jugement, la maturité du discernement qui oriente vers ce qui convient — exact opposé de *ghayy* (l'égarement volontaire). **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas l'âge ni les circonstances de cette maturité accordée « dès auparavant » (*min qablu*) — avant les événements que ce Bloc rapporte.

S.21:52 · « Que sont ces tamāthīl auxquelles vous vous attachez ? »

S.21:52
إِذْ قَالَ لِأَبِيهِ وَقَوْمِهِ مَا هَٰذِهِ التَّمَاثِيلُ الَّتِي أَنْتُمْ لَهَا عَاكِفُونَ
Idh qāla li-abīhi wa-qawmihi mā hādhihi t-tamāthīlu llatī antum lahā ʿākifūn Quand il dit à son père et à son peuple : « Que sont ces représentations (tamāthīl) auxquelles vous vous attachez avec constance (ʿākifūn) ? »
Notes lexicales
tamāthīl
pluriel de *timthāl*, racine *m-th-l* : la forme façonnée à la ressemblance d'une chose — une image taillée, une représentation. Même racine que *mathal* (la comparaison, la parabole), mais désignant ici un objet concret façonné, non un énoncé de langage.
ʿākifūn
racine *ʿ-k-f* (voir S2:125, S7:138, S20:91/97) : l'attachement constant, la fixation durable auprès d'une chose.

S.21:53 · « Nous avons trouvé nos pères leur rendant un culte »

S.21:53
قَالُوا وَجَدْنَا آبَاءَنَا لَهَا عَابِدِينَ
Qālū wajadnā ābāʾanā lahā ʿābidīn Ils dirent : « Nous avons trouvé nos pères leur rendant un culte (ʿābidīn). »

S.21:54 · « Vous étiez, vous et vos pères, dans un égarement manifeste »

S.21:54
قَالَ لَقَدْ كُنْتُمْ أَنْتُمْ وَآبَاؤُكُمْ فِي ضَلَالٍ مُبِينٍ
Qāla la-qad kuntum antum wa-ābāʾukum fī ḍalālin mubīn Il dit : « Vous avez certes été, vous et vos pères, dans un égarement manifeste (ḍalālin mubīn). »
Notes lexicales
ḍalālin mubīn
formule récurrente dans le Coran. **Dit** : Ibrāhīm étend ici explicitement le constat d'égarement du peuple à leurs pères eux-mêmes — la seule antériorité d'une pratique n'en fonde pas, pour lui, la validité, en écho direct à l'argument invoqué par son peuple au verset précédent (« nous avons trouvé nos pères »).

« Es-tu venu avec le ḥaqq ? » — le Rabb des cieux et de la terre, le serment contre les idoles · S21:55–57

S.21:55 · « Es-tu venu avec le ḥaqq, ou joues-tu ? »

S.21:55
قَالُوا أَجِئْتَنَا بِالْحَقِّ أَمْ أَنْتَ مِنَ اللَّاعِبِينَ
Qālū a-jiʾtanā bi-l-ḥaqqi am anta mina l-lāʿibīn Ils dirent : « Es-tu venu à nous avec le ḥaqq, ou es-tu de ceux qui jouent (al-lāʿibīn) ? »

S.21:56 · Le Rabb des cieux et de la terre, Ce qui les a fait exister

S.21:56
قَالَ بَلْ رَبُّكُمْ رَبُّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الَّذِي فَطَرَهُنَّ وَأَنَا عَلَىٰ ذَٰلِكُمْ مِنَ الشَّاهِدِينَ
Qāla bal rabbukum rabbu s-samāwāti wa-l-arḍi lladhī faṭarahunna wa-anā ʿalā dhālikum mina sh-shāhidīn Il dit : « Bien plutôt, votre Rabb est le Rabb des cieux et de la terre, Ce qui les a fait exister (faṭarahunna) — et je suis, de cela, du nombre des témoins. »
Notes lexicales
rabbukum … lladhī faṭarahunna
Pour Allaah, *alladhī* est rendu par « Ce qui »/« Ce que » plutôt que par « Celui qui » (pronom masculin qui désigne une personne), afin d'exprimer un neutre aussi absolu que possible. *Faṭara*, racine *f-ṭ-r* (voir S6:14, S12:101) : faire exister par une ouverture originelle — distinct de *khalaqa* (façonner selon une mesure).

S.21:57 · Le serment : « Je ruserai contre vos idoles »

S.21:57
وَتَاللَّهِ لَأَكِيدَنَّ أَصْنَامَكُمْ بَعْدَ أَنْ تُوَلُّوا مُدْبِرِينَ
Wa-ta-llāhi la-akīdanna aṣnāmakum baʿda an tuwallū mudbirīn Et, par Allaah (ta-llāhi), je ruserai certainement (la-akīdanna) contre vos idoles (aṣnāmakum), une fois que vous aurez tourné le dos (tuwallū mudbirīn) !
Notes lexicales
ta-llāhi
particule de serment *ta-* (variante de *wa-*/*bi-*) ; voir S12:85 : « *ta-llāhi tafta'u* », « Par Allaah, tu ne cesseras… » : un serment humain ordinaire prenant Allaah à témoin — à distinguer de la construction *lā uqsimu bi-* (étude dédiée La particule lā devant uqsimu), qui ne concerne pas cette formule-ci.
la-akīdanna … aṣnāmakum
racine *k-y-d* (voir S3:120, S4:76, S20:60) : le stratagème, la manœuvre habile — distinct de *makr* (S3:54, S10:21). *Aṣnām* (voir S6:74, S7:138, S14:35) : les idoles taillées, objets de culte fabriqués.

Les idoles mises en fragments, le procès public, l’argument retourné · S21:58–67

S.21:58 · Les idoles mises en fragments, sauf la plus grande

S.21:58
فَجَعَلَهُمْ جُذَاذًا إِلَّا كَبِيرًا لَهُمْ لَعَلَّهُمْ إِلَيْهِ يَرْجِعُونَ
Fa-jaʿalahum judhādhan illā kabīran lahum laʿallahum ilayhi yarjiʿūn Il les mit alors en fragments (judhādhan), sauf la plus grande d’entre elles — peut-être reviendraient-ils vers elle [pour l’interroger].
Notes lexicales
judhādhan
racine *j-dh-dh* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : couper, briser en morceaux séparés.
laʿallahum ilayhi yarjiʿūn
**Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la finalité exacte visée par Ibrāhīm en épargnant la plus grande idole — le verset suivant (S21:63, ce Bloc) en révélera l'usage, par la réponse qu'il donne lors du procès.

S.21:59 · « Qui a fait cela à nos dieux ? »

S.21:59
قَالُوا مَنْ فَعَلَ هَٰذَا بِآلِهَتِنَا إِنَّهُ لَمِنَ الظَّالِمِينَ
Qālū man faʿala hādhā bi-ālihatinā innahu la-mina ẓ-ẓālimīn Ils dirent : « Qui a fait cela à nos dieux (ālihatinā) ? Il est certes du nombre des ẓālimūn. »
Notes lexicales
ālihatinā
« nos dieux » : comme en S21:36 (Bloc II), ce pluriel désigne nommément les fausses entités des polythéistes, non Allaah.

S.21:60 · « Un jeune homme nommé Ibrāhīm les évoquait »

S.21:60
قَالُوا سَمِعْنَا فَتًى يَذْكُرُهُمْ يُقَالُ لَهُ إِبْرَاهِيمُ
Qālū samiʿnā fatan yadhkuruhum yuqālu lahu ibrāhīm Ils dirent : « Nous avons entendu un jeune homme (fatan) les évoquer [en mal] ; on l’appelle Ibrāhīm. »

S.21:61 · « Amenez-le sous les yeux des gens »

S.21:61
قَالُوا فَأْتُوا بِهِ عَلَىٰ أَعْيُنِ النَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَشْهَدُونَ
Qālū fa-ʾtū bihi ʿalā aʿyuni n-nāsi laʿallahum yashhadūn Ils dirent : « Amenez-le donc sous les yeux (aʿyun) des gens — peut-être témoigneront-ils. »
Notes lexicales
ʿalā aʿyuni n-nās
**Précision de méthode.** *Aʿyun*, pluriel de *ʿayn*, qualifie ici les gens eux-mêmes (« sous les yeux des gens », c'est-à-dire publiquement) — construction distincte de *bi-aʿyuninā* appliqué à Allaah (S11:37, S20:39), qui relève d'une note propre à cet autre emploi.

S.21:62 · « Est-ce toi, ô Ibrāhīm ? »

S.21:62
قَالُوا أَأَنْتَ فَعَلْتَ هَٰذَا بِآلِهَتِنَا يَا إِبْرَاهِيمُ
Qālū a-anta faʿalta hādhā bi-ālihatinā yā ibrāhīm Ils dirent : « Est-ce toi qui as fait cela à nos dieux, ô Ibrāhīm ? »

S.21:63 · « C’est la plus grande d’entre elles — interrogez-les »

Point théologiquement sensible — S21:63, la réponse d’Ibrāhīm. Dit : le texte rapporte qu’Ibrāhīm répond que c’est « la plus grande d’entre elles » qui a agi, et qu’il ajoute un impératif adressé à son peuple — « interrogez-les, si elles savent s’exprimer ». Non-dit : le texte ne qualifie à aucun moment cette réponse de kidhb (énoncé contraire au fait) ni ne la justifie explicitement comme une figure de style ; il ne nomme pas davantage la nature exacte de l’acte de langage accompli ici. Ce que ce Bloc ne tranche pas : une partie de la littérature exégétique range cette réponse, avec deux autres énoncés attribués à Ibrāhīm ailleurs dans le Coran, parmi des formulations étudiées sous l’angle de la tawriya (un énoncé à double entente, vrai sous un aspect) — une catégorie et un débat qui appartiennent à l’élaboration postérieure, non au seul texte de ce verset. Ce Bloc rapporte l’échange tel qu’il est formulé — une réponse qui renvoie l’interrogation aux idoles elles-mêmes, dont l’absurdité de les interroger est précisément l’argument qu’Ibrāhīm vise à faire ressortir (confirmé par la suite immédiate, S21:64–65, ce Bloc) — sans se prononcer sur la catégorie à laquelle cet énoncé appartiendrait.

S.21:63
قَالَ بَلْ فَعَلَهُ كَبِيرُهُمْ هَٰذَا فَاسْأَلُوهُمْ إِنْ كَانُوا يَنْطِقُونَ
Qāla bal faʿalahu kabīruhum hādhā fa-saʾalūhum in kānū yanṭiqūn Il dit : « C’est plutôt celle-ci, la plus grande d’entre elles, qui l’a fait — interrogez-les donc, si elles savent s’exprimer (yanṭiqūn) ! »
Notes lexicales
fa-saʾalūhum in kānū yanṭiqūn
racine *n-ṭ-q* : s'exprimer par la parole articulée. **Dit** : la condition posée (« si elles savent s'exprimer ») est elle-même la clé de l'argument — une idole ne parle pas, donc l'interroger est absurde, ce que le verset suivant confirme par le silence même du peuple d'Ibrāhīm.

S.21:64–65 · Le double retournement : sur eux-mêmes, puis dans l’obstination

S.21:64
فَرَجَعُوا إِلَىٰ أَنْفُسِهِمْ فَقَالُوا إِنَّكُمْ أَنْتُمُ الظَّالِمُونَ
Fa-rajaʿū ilā anfusihim fa-qālū innakum antumu ẓ-ẓālimūn Ils se retournèrent alors sur eux-mêmes (rajaʿū ilā anfusihim) et dirent [entre eux] : « C’est vous, assurément, les ẓālimūn. »
S.21:65
ثُمَّ نُكِسُوا عَلَىٰ رُءُوسِهِمْ لَقَدْ عَلِمْتَ مَا هَٰؤُلَاءِ يَنْطِقُونَ
Thumma nukisū ʿalā ruʾūsihim la-qad ʿalimta mā hāʾulāʾi yanṭiqūn Puis ils furent retournés sur leurs têtes (nukisū ʿalā ruʾūsihim) : « Tu sais bien que celles-ci ne s’expriment pas ! »
Notes lexicales
rajaʿū ilā anfusihim
**Dit** : un instant de lucidité est explicitement rapporté — un aveu intérieur et mutuel de leur propre tort.
nukisū ʿalā ruʾūsihim
racine *n-k-s* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : retourner une chose, la renverser tête en bas, la ramener à son état antérieur. **Dit** : cette image rapporte un retour brusque à l'obstination après l'instant de lucidité du verset précédent — un reniement de ce qu'ils venaient eux-mêmes de reconnaître, non une simple hésitation.

S.21:66–67 · « Rendre un culte à ce qui ne sert ni ne nuit ? Fi de vous ! »

S.21:66
قَالَ أَفَتَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَنْفَعُكُمْ شَيْئًا وَلَا يَضُرُّكُمْ
Qāla a-fa-taʿbudūna min dūni llāhi mā lā yanfaʿukum shayʾan wa-lā yaḍurrukum Il dit : « Rendez-vous donc un culte, en dehors d’Allaah, à ce qui ne vous est d’aucune utilité (lā yanfaʿukum) et ne vous nuit (lā yaḍurrukum) en rien ? »
S.21:67
أُفٍّ لَكُمْ وَلِمَا تَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ ۖ أَفَلَا تَعْقِلُونَ
Uffin lakum wa-li-mā taʿbudūna min dūni llāhi a-fa-lā taʿqilūn Fi (uffin) de vous, et de ce à quoi vous rendez un culte en dehors d’Allaah ! Ne raisonnez-vous donc pas (a-fa-lā taʿqilūn) ?
Notes lexicales
uffin
interjection exprimant l'exaspération, le moindre souffle d'impatience — voir l'étude Les rapports aux parents, S17:23, où ce même terme est interdit à l'enfant envers ses parents. **Note de registre** : l'emploi est ici radicalement différent — ce n'est pas un manquement reproché à un croyant envers ses parents, mais l'exaspération d'un *nabī* devant le culte rendu à ce qui ne peut ni servir ni nuire ; ce Bloc ne fond pas les deux emplois, qui ne partagent que le mot.

« Brûlez-le ! » — le feu rendu sans nuisance, le stratagème retourné · S21:68–70

S.21:68 · « Brûlez-le, secourez vos dieux ! »

S.21:68
قَالُوا حَرِّقُوهُ وَانْصُرُوا آلِهَتَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ فَاعِلِينَ
Qālū ḥarriqūhu wa-nṣurū ālihatakum in kuntum fāʿilīn Ils dirent : « Brûlez-le (ḥarriqūhu), et portez secours à vos dieux, si vous voulez agir ! »

S.21:69 · « Ô feu, sois fraîcheur et paix sur Ibrāhīm »

Crux lexical — S21:69, bardan wa-salāman. Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) et Ibn Manẓūr (Lisān al-ʿArab) relèvent que bard (la fraîcheur, le froid) peut lui-même, à l’excès, constituer un mal (le froid qui brûle ou qui tue) — d’où, pour une partie des lexicographes classiques, la fonction de salāman (la paix, l’absence de nuisance) accolé immédiatement : non une simple redondance, mais une précision qui écarte l’excès inverse. Dit : le texte affirme que le feu a cessé de nuire à Ibrāhīm. Non-dit : il ne détaille pas l’état physique exact du feu lui-même (chaleur neutralisée, ou froid lui-même tempéré) au-delà de cette double qualification.

S.21:69
قُلْنَا يَا نَارُ كُونِي بَرْدًا وَسَلَامًا عَلَىٰ إِبْرَاهِيمَ
Qulnā yā nāru kūnī bardan wa-salāman ʿalā ibrāhīm Nous avons dit : « Ô feu, sois fraîcheur (bardan) et paix (salāman) pour Ibrāhīm ! »

S.21:70 · Le stratagème retourné — les plus grands perdants

S.21:70
وَأَرَادُوا بِهِ كَيْدًا فَجَعَلْنَاهُمُ الْأَخْسَرِينَ
Wa-arādū bihi kaydan fa-jaʿalnāhumu l-akhsarīn Et ils voulurent, contre lui, un stratagème (kaydan) — mais Nous avons fait d’eux les plus grands perdants (al-akhsarīn).
Notes lexicales
al-akhsarīn
forme élative (schème *afʿal*) de la racine *kh-s-r* (voir S2:27, *al-khāsirūn*, « les perdants ») : ici au superlatif, « les plus grands perdants » — un stratagème (*kayd*, même racine que celui qu'Ibrāhīm avait lui-même annoncé en S21:57, ce Bloc) retourné contre ceux qui l'avaient conçu.

Le sauvetage vers la terre où fut placée la baraka, Isḥāq et Yaʿqūb, les imams, Lūṭ et la cité des khabāʾith · S21:71–75

S.21:71 · Le sauvetage vers la terre où fut placée la baraka

S.21:71
وَنَجَّيْنَاهُ وَلُوطًا إِلَى الْأَرْضِ الَّتِي بَارَكْنَا فِيهَا لِلْعَالَمِينَ
Wa-najjaynāhu wa-lūṭan ila l-arḍi llatī bāraknā fīhā li-l-ʿālamīn Et Nous l’avons sauvé, lui et Lūṭ, vers la terre dans laquelle Nous avons placé la baraka (bāraknā fīhā) pour les mondes.
Notes lexicales
bāraknā fīhā
racine *b-r-k*, Forme III active (*bāraka* : placer la *baraka* sur ou dans une chose) — voir l'étude Baraka et tabarruk, qui cite nommément cette construction (S17:1, S37:113) : Allaah agit comme source qui place la *baraka*, la terre ou la personne visée la reçoit — forme distincte de *tabāraka* (Forme VI, réservée à Allaah seul comme source jamais comme récepteur) et de *mubārak* (participe passif, le récepteur qualifié). Ce Bloc ne confond pas les trois formes de la même racine.

S.21:72 · Isḥāq, et Yaʿqūb en surcroît — tous deux rendus droits

S.21:72
وَوَهَبْنَا لَهُ إِسْحَاقَ وَيَعْقُوبَ نَافِلَةً ۖ وَكُلًّا جَعَلْنَا صَالِحِينَ
Wa-wahabnā lahu isḥāqa wa-yaʿqūba nāfilatan wa-kullan jaʿalnā ṣāliḥīn Et Nous lui avons fait don (wahabnā) d’Isḥāq, et de Yaʿqūb en surcroît (nāfilatan) — et de chacun Nous avons fait un homme droit (ṣāliḥīn).
Notes lexicales
nāfilatan
racine *n-f-l* : ce qui s'ajoute au-delà de ce qui était attendu ou demandé, un surcroît. **Deux lectures lexicographiques attestées, non tranchées par ce seul verset** : (1) *nāfila* qualifie Yaʿqūb seul, comme un don supplémentaire non demandé, venant s'ajouter à Isḥāq ; (2) *nāfila* qualifie les deux ensemble, comme un surcroît au regard du cours ordinaire de la vie (l'âge avancé d'Ibrāhīm). Ce Bloc nomme les deux lectures sans en écarter aucune.

S.21:73 · Des imams qui guident par Notre ordre — ṣalāt et zakāt inspirées

S.21:73
وَجَعَلْنَاهُمْ أَئِمَّةً يَهْدُونَ بِأَمْرِنَا وَأَوْحَيْنَا إِلَيْهِمْ فِعْلَ الْخَيْرَاتِ وَإِقَامَ الصَّلَاةِ وَإِيتَاءَ الزَّكَاةِ ۖ وَكَانُوا لَنَا عَابِدِينَ
Wa-jaʿalnāhum aʾimmatan yahdūna bi-amrinā wa-awḥaynā ilayhim fiʿla l-khayrāti wa-iqāma ṣ-ṣalāti wa-ītāʾa z-zakāti wa-kānū lanā ʿābidīn Et Nous avons fait d’eux des imams (aʾimma) qui guident par Notre ordre, et Nous leur avons inspiré par waḥy (awḥaynā) l’accomplissement des œuvres bonnes (fiʿl al-khayrāt), l’accomplissement de la ṣalāt et le don de la zakāt — et ils étaient, pour Nous, dans l’adoration (ʿābidīn).
Notes lexicales
aʾimmatan yahdūna bi-amrinā
pluriel de *imām*, racine *ʾ-m-m* (voir S11:17, S17:71 : ce qui est suivi comme référence). **Note de contraste** : là, un *imām* au singulier désignait ce qu'un groupe suit (un livre, un modèle) ; ici, le pluriel *aʾimma* est appliqué directement aux *nabī* eux-mêmes comme guides en exercice, « par Notre ordre » — deux applications distinctes de la même racine, que ce Bloc ne fond pas.
awḥaynā ilayhim fiʿla l-khayrāt
**Point de méthode.** La racine *w-ḥ-y* couvre un registre large — de l'instinct animal (S16:68) au message prophétique verbal — ; elle est ici étendue à l'action elle-même : l'accomplissement des œuvres bonnes est présenté comme objet de *waḥy*, non seulement son énoncé verbal. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas le mécanisme de cette inspiration à l'action.
iqāma ṣ-ṣalāti wa-ītāʾa z-zakāti
*ṣalāt* et *zakāt* conservés en translittération, faute d'équivalent français fidèle (voir S2:277).

S.21:74–75 · Lūṭ, ḥukm et ʿilm — sauvé de la cité des khabāʾith, son entrée dans la raḥma

S.21:74
وَلُوطًا آتَيْنَاهُ حُكْمًا وَعِلْمًا وَنَجَّيْنَاهُ مِنَ الْقَرْيَةِ الَّتِي كَانَتْ تَعْمَلُ الْخَبَائِثَ ۗ إِنَّهُمْ كَانُوا قَوْمَ سَوْءٍ فَاسِقِينَ
Wa-lūṭan ātaynāhu ḥukman wa-ʿilman wa-najjaynāhu mina l-qaryati llatī kānat taʿmalu l-khabāʾitha innahum kānū qawma sawʾin fāsiqīn Et Lūṭ — Nous lui avons donné ḥukm et ʿilm, et Nous l’avons sauvé de la cité (al-qarya) qui commettait les khabāʾith (les actes viciés) ; ils étaient certes un peuple de malfaisance (sawʾ), des fāsiqūn (transgresseurs).
S.21:75
وَأَدْخَلْنَاهُ فِي رَحْمَتِنَا ۖ إِنَّهُ مِنَ الصَّالِحِينَ
Wa-adkhalnāhu fī raḥmatinā innahu mina ṣ-ṣāliḥīn Et Nous l’avons fait entrer dans Notre raḥma — il est certes du nombre des ṣāliḥīn.
Notes lexicales
ḥukman wa-ʿilman
*ḥukm*, racine *ḥ-k-m* (voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur ; S12:80) : la capacité de trancher avec justesse, donnée ici à Lūṭ comme à d'autres figures.
al-khabāʾith
pluriel de *khabīth*, racine *kh-b-th* (voir S2:267, S3:179, S4:2, S5:100, S7:157) : ce qui est vicié, corrompu — antonyme de *ṭayyib*. **Non-dit** : ce seul verset ne détaille pas la nature précise de ces actes au-delà du terme lui-même — le récit correspondant (voir S7:80–84, S11:77–83) en nomme un aspect (*al-fāḥisha*, le fait d'aller aux hommes par désir en délaissant les femmes).
qawma sawʾin fāsiqīn
*sawʾ*, racine *s-w-ʾ* (le mal, la malfaisance) ; *fāsiqīn* (voir S2:26) : celui qui sort des limites posées.

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