Structure du Bloc II. Quatre récits enchaînés, tous rattachés au même principe déjà posé au Bloc I : l’épreuve qui distingue le véridique du menteur. D’abord Nūḥ, envoyé vers son peuple, demeuré parmi eux neuf cent cinquante ans, puis le ṭūfān qui saisit les ẕālimūn — Nūḥ et les occupants du bateau sauvés, le bateau lui-même devenu un signe pour les ʿālamīn (S29:14–15). Puis Ibrāhīm appelant son peuple à l’adoration exclusive d’Allaah, dénonçant les idoles — incapables de fournir le moindre rizq — et la fabrication d’un ifk, avant d’avertir que d’autres nations ont déjà démenti, et que la seule charge du rasūl est la transmission manifeste (S29:16–18). Puis un développement sur la création : l’invitation à observer comment Allaah commence la création puis la répète, l’ordre donné de parcourir la terre pour le constater, l’annonce d’une seconde mise en existence, le pouvoir absolu d’Allaah sur toute chose, le châtiment et la miséricorde distribués selon Sa volonté, l’impossibilité d’échapper où que ce soit, et le sort de qui rejette les āyāt et la rencontre d’Allaah (S29:19–23). Enfin le retour au récit d’Ibrāhīm : la réponse de son peuple — le tuer ou le brûler —, le sauvetage du feu, son constat que les idoles ne tiennent qu’une affection passagère vouée à se retourner en reniement et en malédiction mutuelle au Jour de la Résurrection, la foi de Lūṭ, la déclaration d’Ibrāhīm sur sa propre hijra vers son Rabb, et la clôture sur le don d’Isḥāq et de Yaʿqūb, la nubuwwa et le Kitāb placés dans sa descendance (S29:24–27).

Avertissement de méthode. (1) S29:24 : la scène du sauvetage d’Ibrāhīm hors du feu est ici seulement résumée (fa-anjāhu llāhu mina n-nāri) ; son détail (le feu rendu sans nuisance) appartient à un autre passage, déjà traduit et publié — voir la note dédiée, qui ne l’importe pas dans la lecture de ce seul verset. (2) S29:26, fa-āmana lahu Lūṭun : construction grammaticale précise (āmana suivi de lahu, non de bihi), analysée pour elle-même sans emprunt à la tradition narrative extra-coranique sur l’identité ou la parenté de Lūṭ, que ce texte ne mentionne pas. (3) S29:19–20 : le passage de la racine kh-l-q (S29:19) à la racine n-sh-ʾ (S29:20) pour désigner la création seconde est signalé comme un fait de vocabulaire propre au texte, sans qu’aucune doctrine ne soit tranchée au-delà de ce que ce changement de mot permet d’observer.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.29:14 Nūḥ envoyé — neuf cent cinquante ans — le ṭūfān saisit les ẕālimūn
S.29:15 Nūḥ et les occupants du bateau sauvés — un signe pour les ʿālamīn
S.29:16 Ibrāhīm à son peuple : « Adorez Allaah, prémunissez-vous de Lui »
S.29:17 Les idoles sans rizq — un ifk fabriqué — chercher le rizq auprès d’Allaah
S.29:18 Si vous démentez — d’autres l’ont fait avant vous — la seule charge du rasūl
S.29:19–20 Voir comment Allaah commence la création, puis la répète — l’autre genèse
S.29:21 Il châtie qui Il veut, Il fait miséricorde à qui Il veut
S.29:22 Nul n’échappe, ni dans la terre ni dans le ciel — nul walī ni naṣīr
S.29:23 Qui rejette les āyāt et la rencontre d’Allaah désespère de Sa raḥma
S.29:24 « Tuez-le ou brûlez-le » — Allaah le sauve du feu
S.29:25 Les idoles, une affection vouée au reniement et à la malédiction mutuelle
S.29:26 Lūṭ croit en lui — « Je suis un émigré vers mon Rabb »
S.29:27 Isḥāq et Yaʿqūb donnés — la nubuwwa et le Kitāb placés dans sa descendance

Nūḥ : neuf cent cinquante ans d’appel, le ṭūfān, le signe du bateau · S29:14–15

S.29:14 · Nūḥ envoyé, le ṭūfān saisit son peuple ẕālim

S.29:14
وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَىٰ قَوْمِهِ فَلَبِثَ فِيهِمْ أَلْفَ سَنَةٍ إِلَّا خَمْسِينَ عَامًا فَأَخَذَهُمُ الطُّوفَانُ وَهُمْ ظَالِمُونَ
Wa-la-qad arsalnā nūḥan ilā qawmihi fa-labitha fīhim alfa sanatin illā khamsīna ʿāman fa-akhadhahumu ṭ-ṭūfānu wa-hum ẕālimūn Et Nous avons certes envoyé Nūḥ vers son peuple (qawmihi) ; il demeura (labitha) parmi eux mille ans, moins cinquante années — puis le ṭūfān les saisit (akhadhahumu), alors qu’ils étaient ẕālimūn (injustes).
Notes lexicales
alfa sanatin illā khamsīna ʿāman
le texte emploie, dans la même phrase, deux mots distincts pour « année » : *sana* (pluriel *sanawāt*/*sinīn*) pour les mille premières, *ʿām* pour les cinquante soustraites. Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) rattache *sana* à l'idée d'un changement, d'une usure que le temps imprime — ce mot sert ailleurs,, pour compter des années de disette ou d'épreuve (S12:47–49, non encore traduit) ; *ʿām*, racine distincte, désigne plus largement le cycle annuel sans cette connotation particulière. **Non-dit** : ce seul verset ne dit pas pourquoi deux mots différents sont employés pour une même durée — ce Bloc relève ce fait lexical, attesté par les dictionnaires anciens eux-mêmes, sans trancher s'il porte ou non une insistance voulue sur la dureté de ces années.
fa-akhadhahumu ṭ-ṭūfān
racine *ṭ-w-f* : ce qui circule, entoure, encercle entièrement — d'où *ṭūfān*, ce qui submerge et enveloppe sans reste. Ce même mot désigne, en S7:133 (étude déjà publiée), l'un des cinq signes envoyés sur le peuple de Firʿawn, distinct de l'événement nommé ici. **Non-dit** : ce seul verset ne précise pas la nature matérielle de ce *ṭūfān* (eau, pluie ou autre) — il affirme seulement qu'il « saisit » (*akhadha*, verbe employé ailleurs pour d'autres formes de châtiment soudain) ce peuple, resté qualifié de *ẕālim* jusqu'à cet instant même.
wa-hum ẕālimūn
racine *ẕ-l-m*, très largement établie : placer une chose hors de sa juste mesure. **Dit** : la formule finale rattache explicitement la saisie de ce peuple à son propre *ẕulm* persistant, selon une construction déjà rencontrée pour d'autres peuples détruits (« *fa-akhadhahumu l-ʿadhābu wa-hum ẕālimūn* »).

S.29:15 · Nūḥ et les occupants du bateau sauvés — un signe pour les ʿālamīn

S.29:15
فَأَنْجَيْنَاهُ وَأَصْحَابَ السَّفِينَةِ وَجَعَلْنَاهَا آيَةً لِلْعَالَمِينَ
Fa-anjaynāhu wa-aṣḥāba s-safīnati wa-jaʿalnāhā āyatan li-l-ʿālamīn Nous le sauvâmes alors (anjaynāhu), lui et les occupants du bateau (aṣḥāba s-safīnati), et Nous fîmes de celui-ci un signe (āya) pour les ʿālamīn.
Notes lexicales
aṣḥāba s-safīnati
*safīna*, racine *s-f-n*, précédent établi (S18:71/79, étude déjà publiée) : le bateau.
wa-jaʿalnāhā āyatan li-l-ʿālamīn
Point de grammaire : le pronom féminin *-hā* reprend *as-safīna* (le bateau), nom féminin — c'est donc le bateau lui-même, et non l'épisode pris dans son ensemble ni Nūḥ, que le texte désigne nommément comme devenu *āya*. *Al-ʿālamīn*, précédent extensivement établi (S29:6, Bloc I de cette même sourate). Non-dit : ce seul verset ne précise pas en quoi consiste exactement ce signe au-delà du fait même d'avoir subsisté comme sauvetage.

Ibrāhīm appelle son peuple — les idoles sans rizq, le balāgh du rasūl · S29:16–18

S.29:16 · « Adorez Allaah, prémunissez-vous de Lui »

Point de grammaire — une construction elliptique. Wa-Ibrāhīma, à l’accusatif, n’est rattaché à aucun verbe exprimé dans ce seul verset : la construction suppose un verbe sous-entendu du type « rappelle » (udhkur), fréquent dans la langue coranique pour introduire un nouveau récit sans en répéter l’amorce. Ce Bloc rend cette ellipse par « Et Ibrāhīm, quand il dit… », sans ajouter de verbe que le texte ne porte pas lui-même.

S.29:16
وَإِبْرَاهِيمَ إِذْ قَالَ لِقَوْمِهِ اعْبُدُوا اللَّهَ وَاتَّقُوهُ ۖ ذَٰلِكُمْ خَيْرٌ لَكُمْ إِنْ كُنْتُمْ تَعْلَمُونَ
Wa-ibrāhīma idh qāla li-qawmihi ʿbudū llāha wa-ttaqūhu — dhālikum khayrun lakum in kuntum taʿlamūn Et Ibrāhīm, quand il dit à son peuple : « Adorez (ʿbudū) Allaah, et prémunissez-vous (wa-ttaqūhu) de Lui — cela est meilleur pour vous, si vous le savez (taʿlamūn). »
Notes lexicales
iʿbudū … wa-ttaqūhu
couple déjà rencontré sous d'autres formes — l'adoration exclusive conjointe à la *taqwā* (se prémunir). Dit : la raison donnée (« cela est meilleur pour vous ») est elle-même conditionnée par le texte à une connaissance (*in kuntum taʿlamūn*) que ce seul verset ne détaille pas davantage.

S.29:17 · Les idoles sans rizq, un ifk fabriqué — chercher le rizq auprès d’Allaah

Point de cohérence intra-Bloc — une même racine, deux fabrications opposées. Le verbe employé ici pour « fabriquer » un ifk (takhluqūna) est tiré de la racine kh-l-q — la même racine que le nom al-khalq (la création), qui reviendra trois versets plus loin (S29:19–20, ce Bloc) pour désigner l’acte propre d’Allaah. Ce Bloc relève ce rapprochement lexical, fourni par le texte lui-même : d’un côté, une fabrication humaine, mensongère, portant sur un ifk ; de l’autre, la création véritable, dont l’origine et la répétition seront bientôt rappelées comme une question posée à l’observation. Aucune conclusion doctrinale n’est tirée au-delà de ce contraste de vocabulaire, que le texte construit lui-même par le choix de ce même verbe.

S.29:17
إِنَّمَا تَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ أَوْثَانًا وَتَخْلُقُونَ إِفْكًا ۚ إِنَّ الَّذِينَ تَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ لَا يَمْلِكُونَ لَكُمْ رِزْقًا فَابْتَغُوا عِنْدَ اللَّهِ الرِّزْقَ وَاعْبُدُوهُ وَاشْكُرُوا لَهُ ۖ إِلَيْهِ تُرْجَعُونَ
Innamā taʿbudūna min dūni llāhi awthānan wa-takhluqūna ifkan — inna lladhīna taʿbudūna min dūni llāhi lā yamlikūna lakum rizqan fa-btaghū ʿinda llāhi r-rizqa wa-ʿbudūhu wa-shkurū lahu — ilayhi turjaʿūn Vous n’adorez, en dehors d’Allaah, que des idoles (awthān), et vous fabriquez (takhluqūna) un ifk (un mensonge forgé par inversion du vrai). Ceux que vous adorez en dehors d’Allaah ne possèdent (lā yamlikūna) pour vous aucun rizq — recherchez donc (fa-btaghū) le rizq auprès d’Allaah, adorez-Le, et soyez-Lui reconnaissants (wa-shkurū) : c’est vers Lui que vous serez ramenés (turjaʿūn).
Notes lexicales
awthānan
racine *w-th-n*, précédent établi (S22:30, étude déjà publiée) : les idoles — conservé en translittération.
wa-takhluqūna ifkan
voir le callout ci-dessus pour la racine *kh-l-q*. *Ifk*, racine *a-f-k*, précédent exact établi (S24:11, S25:4) : Al-Khalīl (*Kitāb al-ʿAyn*) et Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) convergent sur le sens d'*inqilāb* — retourner, inverser le vrai en faux —, un mensonge d'une gravité distincte du simple *kadhib*. Conservé en translittération.
lā yamlikūna lakum rizqan … fa-btaghū ʿinda llāhi r-rizqa
*rizq*, conservé en translittération, précédent extensivement établi. Dit : le texte pose une alternative stricte entre deux directions de recherche — auprès des idoles (qui n'en possèdent aucune disposition) et auprès d'Allaah — sans qu'aucune troisième voie ne soit évoquée.
ilayhi turjaʿūn
racine *r-j-ʿ*, même principe que *ilayya marjiʿukum* (S29:8, Bloc I de cette sourate, où la note sur le neutre absolu de la direction vers Allaah a déjà été posée).

S.29:18 · Si vous démentez — la seule charge du rasūl

S.29:18
وَإِنْ تُكَذِّبُوا فَقَدْ كَذَّبَ أُمَمٌ مِنْ قَبْلِكُمْ ۖ وَمَا عَلَى الرَّسُولِ إِلَّا الْبَلَاغُ الْمُبِينُ
Wa-in tukadhdhibū fa-qad kadhdhaba umamun min qablikum — wa-mā ʿalā r-rasūli illā l-balāghu l-mubīn Et si vous démentez (tukadhdhibū), d’autres nations (umam) ont déjà démenti avant vous — et il n’incombe au rasūl que la transmission manifeste (al-balāgh al-mubīn).
Notes lexicales
al-balāghu l-mubīn
racine *b-l-gh*, précédent exact établi (S16:35/82, étude déjà publiée) : la transmission manifeste — seule charge que le texte reconnaisse lui-même au *rasūl*, à l'exclusion de toute responsabilité sur la réception qui en est faite.

La création première et seconde, le pouvoir absolu d’Allaah · S29:19–23

S.29:19–20 · Voir comment Allaah commence la création, puis la répète

S.29:19–20
أَوَلَمْ يَرَوْا كَيْفَ يُبْدِئُ اللَّهُ الْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُ ۚ إِنَّ ذَٰلِكَ عَلَى اللَّهِ يَسِيرٌ قُلْ سِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَانْظُرُوا كَيْفَ بَدَأَ الْخَلْقَ ۚ ثُمَّ اللَّهُ يُنْشِئُ النَّشْأَةَ الْآخِرَةَ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
A-wa-lam yarau kayfa yubdiʾu llāhu l-khalqa thumma yuʿīduhu — inna dhālika ʿalā llāhi yasīr — qul sīrū fi l-arḑi fa-nẕurū kayfa badaʾa l-khalqa — thumma llāhu yunshiʾu n-nashʾata l-ākhirata — inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr N’ont-ils donc pas vu comment Allaah commence (yubdiʾu) la création (al-khalq), puis la répète (yuʿīduhu) ? Cela est certes facile (yasīr) pour Allaah. Dis : « Parcourez la terre, et voyez comment Il a commencé (badaʾa) la création » — ensuite Allaah fera naître l’autre genèse (yunshiʾu n-nashʾata l-ākhirata). Allaah a pouvoir (qadīr) sur toute chose.
Notes lexicales
yubdiʾu l-khalqa thumma yuʿīduhu … badaʾa l-khalqa
*khalq*, racine *kh-l-q* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : mesurer, tailler selon une proportion déterminée, façonner. *Badaʾa*/*abdaʾa*, racine *b-d-ʾ* : commencer, faire exister pour la première fois. *ʿĀda*/*aʿāda*, racine *ʿ-w-d* : faire revenir, répéter. Dit : le texte pose une question d'observation — non une démonstration déjà conclue — invitant à constater, dans ce qui commence, le modèle de ce qui sera répété.
yunshiʾu n-nashʾata l-ākhirata
racine *n-sh-ʾ* — Lisān al-ʿArab : faire surgir, faire s'élever, faire croître à partir de rien de visible, comme un nuage qui s'élève à l'horizon ou un être qui grandit. Distincte de *kh-l-q* (façonner selon une mesure), cette racine insiste sur la survenue, l'élévation d'une existence plutôt que sur l'acte de la proportionner. Sans équivalent français d'un seul mot qui porte ce sens précis, ce Bloc rend *an-nashʾata l-ākhirata* par « l'autre genèse », conservant *nashʾa* en note pour qui voudrait la racine exacte. Non-dit : ce seul verset ne dit pas pourquoi le texte change de racine entre S29:19 (*khalq*) et S29:20 (*nashʾa*) pour ce qui est, dans les deux cas, la mise en existence d'une création — ce Bloc relève seulement cette variation, attestée par le texte lui-même, sans en tirer de doctrine distincte.
qadīr
racine *q-d-r*, extensivement établie — conservé en translittération.

S.29:21 · Il châtie qui Il veut, Il fait miséricorde à qui Il veut

S.29:21
يُعَذِّبُ مَنْ يَشَاءُ وَيَرْحَمُ مَنْ يَشَاءُ ۖ وَإِلَيْهِ تُقْلَبُونَ
Yuʿadhdhibu man yashāʾu wa-yarḥamu man yashāʾu — wa-ilayhi tuqlabūn Il châtie (yuʿadhdhibu) qui Il veut, et Il fait miséricorde (yarḥamu) à qui Il veut — et c’est vers Lui que vous serez retournés (tuqlabūn).
Notes lexicales
wa-ilayhi tuqlabūn
racine *q-l-b* : retourner, faire pivoter — verbe distinct de *rajaʿa* (*turjaʿūn*, S29:17, ce Bloc) et de *rajaʿa* au nom d'action (*marjiʿukum*, S29:8, Bloc I), mais désignant le même retour vers Allaah déjà nommé par ces deux autres racines. Point de style, sans portée doctrinale distincte : variation lexicale propre au texte, non trois doctrines différentes du retour.

S.29:22 · Nul n’échappe, ni dans la terre ni dans le ciel

S.29:22
وَمَا أَنْتُمْ بِمُعْجِزِينَ فِي الْأَرْضِ وَلَا فِي السَّمَاءِ ۖ وَمَا لَكُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ
Wa-mā antum bi-muʿjizīna fi l-arḑi wa-lā fi s-samāʾi — wa-mā lakum min dūni llāhi min waliyyin wa-lā naṣīr Et vous n’êtes pas de ceux qui peuvent échapper (bi-muʿjizīna), ni dans la terre ni dans le ciel — et vous n’avez, en dehors d’Allaah, ni walī (allié protecteur) ni naṣīr (secoureur).
Notes lexicales
bi-muʿjizīn
racine *ʿ-j-z*, précédent établi (S11:33, étude déjà publiée : « *wa-mā antum bi-muʿjizīn* », rendu « ceux capables de l'empêcher », à propos d'un châtiment déterminé). Ici, la portée est posée à l'absolu — aucune échappée, nulle part, à la puissance d'Allaah — plutôt que la prévention d'un seul événement nommé.
min waliyyin wa-lā naṣīr
*walī*, racine *w-l-y* (ce qui a charge ou proximité protectrice) ; *naṣīr*, racine *n-ṣ-r* (le secours) — couple déjà rencontré sous des formes voisines.

S.29:23 · Qui rejette les āyāt et la rencontre d’Allaah désespère de Sa raḥma

S.29:23
وَالَّذِينَ كَفَرُوا بِآيَاتِ اللَّهِ وَلِقَائِهِ أُولَٰئِكَ يَئِسُوا مِنْ رَحْمَتِي وَأُولَٰئِكَ لَهُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ
Wa-lladhīna kafarū bi-āyāti llāhi wa-liqāʾihi ulāʾika yaʾisū min raḥmatī wa-ulāʾika lahum ʿadhābun alīm Et ceux qui rejettent (kafarū) les āyāt d’Allaah et Sa rencontre (liqāʾ) — ceux-là désespèrent (yaʾisū) de Ma raḥma, et ceux-là ont un châtiment (ʿadhāb) douloureux (alīm).
Notes lexicales
liqāʾihi
Cohérence intra-coranique : ce verset referme en antithèse directe ce qui avait été ouvert en S29:5 (Bloc I de cette sourate) — là, l'espérance de qui espère la rencontre (*liqāʾ*) d'Allaah ; ici, le désespoir de qui la rejette.
yaʾisū min raḥmatī
racine *y-ʾ-s*, précédent établi (S5:82, étude déjà publiée, le même verbe pour un objet distinct) : perdre tout espoir d'atteindre quelque chose.

Le rejet d’Ibrāhīm, le feu, la rupture promise, Lūṭ, l’héritage prophétique · S29:24–27

S.29:24 · « Tuez-le ou brûlez-le » — Allaah le sauve du feu

Point de méthode — ce que ce verset dit, et ce qu’il ne fait que résumer. Dit : la seule réponse (jawāb) rapportée du peuple d’Ibrāhīm est cette double proposition — le tuer ou le brûler — suivie du constat que « Allaah le sauva du feu » (fa-anjāhu llāhu mina n-nāri). Non-dit : ce seul verset ne décrit en rien comment ce sauvetage eut lieu. Cette scène — le feu rendu sans nuisance — appartient à un autre passage, déjà traduit et publié (S21:68–70) : ce Bloc n’importe pas ce détail dans la lecture de ce seul verset, qui se limite à l’affirmer comme un fait acquis, sans le développer.

S.29:24
فَمَا كَانَ جَوَابَ قَوْمِهِ إِلَّا أَنْ قَالُوا اقْتُلُوهُ أَوْ حَرِّقُوهُ فَأَنْجَاهُ اللَّهُ مِنَ النَّارِ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
Fa-mā kāna jawāba qawmihi illā an qālū qtulūhu aw ḥarriqūhu fa-anjāhu llāhu mina n-nāri — inna fī dhālika la-āyātin li-qawmin yuʾminūn La réponse (jawāb) de son peuple ne fut alors que de dire : « Tuez-le (qtulūhu), ou brûlez-le (ḥarriqūhu) ! » — mais Allaah le sauva (anjāhu) du feu. Il y a certes là des āyāt pour un peuple qui croit (yuʾminūn).
Notes lexicales
jawāba qawmihi
racine *j-w-b* : la réponse. Dit : le texte qualifie cette seule proposition de mise à mort comme l'intégralité de la « réponse » du peuple — aucune autre forme de réfutation argumentée ne lui est opposée, selon ce seul verset.
qtulūhu aw ḥarriqūhu … fa-anjāhu llāhu mina n-nāri
voir le callout ci-dessus.

S.29:25 · Les idoles, une affection vouée au reniement et à la malédiction mutuelle

Point de cohérence intra-Bloc — un troisième emploi, distinct, de la racine k-f-r dans ce seul Bloc. Ce Bloc a déjà rencontré cette racine à deux reprises sous un sens étranger au kufr théologique : le recouvrement des mauvaises actions (nukaffiranna, S29:7, Bloc I). Ici, yakfuru baʿḑukum bi-baʿḑin porte sur un troisième emploi, lui aussi distinct : non plus Allaah effaçant une faute, non plus le refus de reconnaître Allaah, mais le reniement mutuel entre créatures — les uns désavouant les autres au Jour de la Résurrection, après s’être partagé, en cette vie, l’affection que les idoles prétendaient leur procurer. Trois emplois d’une même racine, trois référents distincts, qu’aucune confusion ne doit mêler.

S.29:25
وَقَالَ إِنَّمَا اتَّخَذْتُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ أَوْثَانًا مَوَدَّةَ بَيْنِكُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ۖ ثُمَّ يَوْمَ الْقِيَامَةِ يَكْفُرُ بَعْضُكُمْ بِبَعْضٍ وَيَلْعَنُ بَعْضُكُمْ بَعْضًا وَمَأْوَاكُمُ النَّارُ وَمَا لَكُمْ مِنْ نَاصِرِينَ
Wa-qāla innamā ttakhadhtum min dūni llāhi awthānan mawaddata baynikum fi l-ḥayāti d-dunyā — thumma yawma l-qiyāmati yakfuru baʿḑukum bi-baʿḑin wa-yalʿanu baʿḑukum baʿḑan wa-maʾwākumu n-nāru wa-mā lakum min nāṣirīn Et il dit : « Vous n’avez pris, en dehors d’Allaah, des idoles (awthān) que pour une affection (mawadda) entre vous, dans la vie d’ici-bas — puis, au Jour de la Résurrection, les uns d’entre vous renieront les autres (yakfuru baʿḑukum bi-baʿḑin), et les uns maudiront les autres (yalʿanu baʿḑukum baʿḑan) ; votre refuge (maʾwā) sera le Feu, et vous n’aurez aucun secoureur (nāṣirīn). »
Notes lexicales
mawaddata baynikum
racine *w-d-d*, précédent établi (S5:82, étude déjà publiée) : l'affection, l'attachement bienveillant. Dit : Ibrāhīm ne nie pas que les idoles procurent un lien social réel entre ceux qui les adorent ensemble — il affirme seulement que ce lien ne porte que sur la vie d'ici-bas, et qu'il se retournera au Jour de la Résurrection.
yakfuru baʿḑukum bi-baʿḑin
voir le callout ci-dessus.
yalʿanu baʿḑukum baʿḑan
racine *l-ʿ-n* : maudire. Rendu ici par un verbe français direct, le mot disposant d'un équivalent fidèle, à la différence du nom *laʿna* conservé ailleurs en translittération pour certains emplois techniques.

S.29:26 · Lūṭ croit en lui — « Je suis un émigré vers mon Rabb »

Point de grammaire — āmana lahu, non āmana bihi. Le texte emploie ici une construction précise : āmana (croire) suivi de la préposition lahu (« pour lui »/« à lui »), et non de bihi (« en lui »), plus courante pour exprimer la foi en un message ou en une personne. Dit : cette construction porte, au minimum, l’idée que Lūṭ répondit favorablement à l’appel d’Ibrāhīm — une adhésion à ce qu’il annonçait. Non-dit : ce seul verset ne précise ni la nature exacte de ce lien (parenté, simple adhésion de foi, compagnonnage), ni aucune autre circonstance ; ce Bloc n’importe pas, à cet endroit, l’identification traditionnelle de Lūṭ comme neveu d’Ibrāhīm, que ce texte ne mentionne pas. Le sujet du verbe qui suit, wa-qāla (« et il dit »), reste le plus naturellement Ibrāhīm — seul sujet nommé et discuté depuis S29:16 — Lūṭ n’étant ici que l’objet du verbe précédent.

S.29:26
فَآمَنَ لَهُ لُوطٌ ۘ وَقَالَ إِنِّي مُهَاجِرٌ إِلَىٰ رَبِّي ۖ إِنَّهُ هُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
Fa-āmana lahu lūṭun — wa-qāla innī muhājirun ilā rabbī — innahu huwa l-ʿazīzu l-ḥakīm Lūṭ crut alors en lui (āmana lahu) ; et [Ibrāhīm] dit : « Je suis un émigré (muhājir) vers mon Rabb — c’est Lui, al-ʿAzīz, al-Ḥakīm. »
Notes lexicales
fa-āmana lahu lūṭun
voir le callout ci-dessus.
innī muhājirun ilā rabbī
racine *h-j-r*, précédent établi (S4:100, étude déjà publiée : « *muhājiran ilā llāhi wa-rasūlihi* », rendu « en émigrant vers Allaah ») — rendu ici de la même manière, par « émigré », pour cet emploi verbal général ; distinct de l'usage technique du même mot comme désignation collective (*al-Muhājirūn*, S9:100, étude déjà publiée) que ce verset ne porte pas.
al-ʿazīzu l-ḥakīm
couple déjà rencontré sous cette forme conservée en translittération (étude déjà publiée) — ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah.

S.29:27 · Isḥāq et Yaʿqūb donnés — la nubuwwa et le Kitāb placés dans sa descendance

S.29:27
وَوَهَبْنَا لَهُ إِسْحَاقَ وَيَعْقُوبَ وَجَعَلْنَا فِي ذُرِّيَّتِهِ النُّبُوَّةَ وَالْكِتَابَ وَآتَيْنَاهُ أَجْرَهُ فِي الدُّنْيَا ۖ وَإِنَّهُ فِي الْآخِرَةِ لَمِنَ الصَّالِحِينَ
Wa-wahabnā lahu isḥāqa wa-yaʿqūba wa-jaʿalnā fī dhurriyyatihi n-nubuwwata wa-l-kitāba wa-ātaynāhu ajrahu fi d-dunyā — wa-innahu fi l-ākhirati la-mina ṣ-ṣāliḥīn Et Nous lui avons fait don (wahabnā) d’Isḥāq et de Yaʿqūb, et Nous avons placé, dans sa descendance (dhurriyyatihi), la nubuwwa et le Kitāb ; et Nous lui avons donné sa rétribution (ajrahu) dans la vie d’ici-bas — et il est certes, dans l’Au-delà (al-ākhira), parmi les ṣāliḥūn.
Notes lexicales
wahabnā lahu isḥāqa wa-yaʿqūba … n-nubuwwata wa-l-kitāb
précédent exact établi pour ce même don (S6:84, étude déjà publiée : « *wa-wahabnā lahu isḥāqa wa-yaʿqūba* ») et pour le triptyque (S6:89, étude déjà publiée : « *al-kitāba wa-l-ḥukma wa-n-nubuwwata* »). Non-dit : ce seul verset ne nomme que deux des trois éléments relevés en S6:89 — la *nubuwwa* et le Kitāb — sans mentionner le *ḥukm* ; ce Bloc ne l'y ajoute pas par extension, le texte de ce verset se limitant à ce qu'il énonce lui-même.
ajrahu fi d-dunyā
Non-dit : ce seul verset ne précise pas en quoi consiste cette rétribution reçue « dans la vie d'ici-bas » — il l'affirme sans la détailler.
la-mina ṣ-ṣāliḥīn
Cohérence intra-coranique : ce même aboutissement — être placé parmi les *ṣāliḥūn* — avait déjà été promis, en termes généraux, à quiconque croit et agit droitement (S29:9, Bloc I de cette sourate : « *la-nudkhilannahum fi ṣ-ṣāliḥīn* »). Ce verset referme ainsi, sur la figure d'Ibrāhīm lui-même, le principe énoncé en ouverture de la sourate.

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