Structure du Bloc IV. Quatre ensembles : l'appel à l'attachement ferme (al-iʿtiṣām) au lien d'Allaah et à ne pas se diviser, avec l'image des visages blanchis et noircis (S3:100–107) ; le rappel de la meilleure umma et de ses conditions (S3:108–115) ; la mise en garde contre la biṭāna — les confidents pris hors de la communauté des croyants (S3:116–120) ; l'ouverture du récit de Badr, avec la première mention explicite du secours par les malāʾika (S3:121–129). C'est dans ce bloc que se trouve S3:103, verset-pivot du troisième fil identifié pour cette sourate — al-iʿtiṣām — et que le verbe *bayyana* (rendre manifeste) revient à deux reprises (S3:103, S3:118), en écho direct au fil de la clarification déjà rencontré en S3:71 et à venir en S3:187.
Sommaire du bloc
| Réf. |
Titre thématique |
| S.3:100 |
Obéir à un groupe qui ramène au kufr |
| S.3:101 |
S’attacher fermement à Allaah — le chemin droit |
| S.3:102 |
Se constituer une taqwā d’Allaah comme il convient |
| S.3:103 |
Al-iʿtiṣām — le lien d’Allaah, ne pas se diviser |
| S.3:104–105 |
La umma qui ordonne le maʿrūf |
| S.3:106–107 |
Visages blanchis et noircis |
| S.3:108–109 |
Les āyāt récitées avec le ḥaqq |
| S.3:110 |
La meilleure umma — trois conditions |
| S.3:111–112 |
Abaissement et détresse — sauf le lien d’Allaah et des gens |
| S.3:113–115 |
La distinction parmi les Ahl al-Kitāb |
| S.3:116–117 |
Les kāfirūn — l’exemple du vent glacial |
| S.3:118 |
Ne pas prendre de biṭāna hors des croyants |
| S.3:119 |
Un amour à sens unique — la rage dissimulée |
| S.3:120 |
Patience et taqwā face à leur manœuvre |
| S.3:121–122 |
Les postes de combat — s’en remettre à Allaah |
| S.3:123 |
Le secours à Badr malgré la faiblesse |
| S.3:124–126 |
Le secours par les malāʾika |
| S.3:127–129 |
Pardon ou châtiment — cela appartient à Allaah |
L'attachement ferme au lien d'Allaah, visages blanchis et noircis · S3:100–107
S.3:100
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ إِن تُطِيعُوا۟ فَرِيقًا مِّنَ ٱلَّذِينَ أُوتُوا۟ ٱلْكِتَـٰبَ يَرُدُّوكُم بَعْدَ إِيمَـٰنِكُمْ كَـٰفِرِينَ
Yā-ayyuhā lladhīna āmanū in tuṭīʿū farīqan mina lladhīna ūtu l-kitāba yaruddūkum baʿda īmānikum kāfirīn
Ô vous qui avez cru, si vous obéissez à un groupe parmi ceux à qui le Kitāb a été donné, ils vous feront revenir, après votre foi, à refuser de reconnaître.
S.3:101
وَكَيْفَ تَكْفُرُونَ وَأَنتُمْ تُتْلَىٰ عَلَيْكُمْ ءَايَـٰتُ ٱللَّهِ وَفِيكُمْ رَسُولُهُۥ ۗ وَمَن يَعْتَصِم بِٱللَّهِ فَقَدْ هُدِىَ إِلَىٰ صِرَٰطٍ مُّسْتَقِيمٍ
Wa-kayfa takfurūna wa-antum tutlā ʿalaykum āyātu llāhi wa-fīkum rasūluh — wa-man yaʿtaṣim billāhi fa-qad hudiya ilā ṣirāṭin mustaqīm
Et comment refuseriez-vous de reconnaître, alors qu’on vous récite les āyāt d’Allaah, et que Son rasūl est parmi vous ? Quiconque s’attache fermement à Allaah est certes guidé vers un chemin droit.
S.3:102
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ حَقَّ تُقَاتِهِۦ وَلَا تَمُوتُنَّ إِلَّا وَأَنتُم مُّسْلِمُونَ
Yā-ayyuhā lladhīna āmanū ttaqu llāha ḥaqqa tuqātihi wa-lā tamūtunna illā wa-antum muslimūn
Ô vous qui avez cru, constituez-vous, envers Allaah, la taqwā qui Lui est due, et ne mourez qu’en étant muslimūn.
S.3:103
وَٱعْتَصِمُوا۟ بِحَبْلِ ٱللَّهِ جَمِيعًا وَلَا تَفَرَّقُوا۟ ۚ وَٱذْكُرُوا۟ نِعْمَتَ ٱللَّهِ عَلَيْكُمْ إِذْ كُنتُمْ أَعْدَآءً فَأَلَّفَ بَيْنَ قُلُوبِكُمْ فَأَصْبَحْتُم بِنِعْمَتِهِۦٓ إِخْوَٰنًا وَكُنتُمْ عَلَىٰ شَفَا حُفْرَةٍ مِّنَ ٱلنَّارِ فَأَنقَذَكُم مِّنْهَا ۗ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ ٱللَّهُ لَكُمْ ءَايَـٰتِهِۦ لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ
Wa-ʿtaṣimū bi-ḥabli llāhi jamīʿan wa-lā tafarraqū — wa-dhkurū niʿmata llāhi ʿalaykum idh kuntum aʿdāʾan fa-allafa bayna qulūbikum fa-aṣbaḥtum bi-niʿmatihi ikhwānan wa-kuntum ʿalā shafā ḥufratin mina l-nāri fa-anqadhakum minhā — ka-dhālika yubayyinu llāhu lakum āyātihi laʿallakum tahtadūn
Attachez-vous fermement, tous ensemble, au lien d’Allaah, et ne vous divisez pas — rappelez-vous le bienfait d’Allaah sur vous : vous étiez ennemis, et Il a réuni vos cœurs, si bien que vous êtes devenus, par Son bienfait, des frères — vous étiez au bord d’une fosse de feu, et Il vous en a sauvés. Ainsi Allaah vous rend manifestes Ses āyāt — peut-être serez-vous guidés.
S.3:104–105
وَلْتَكُن مِّنكُمْ أُمَّةٌ يَدْعُونَ إِلَى ٱلْخَيْرِ وَيَأْمُرُونَ بِٱلْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ ٱلْمُنكَرِ ۚ وَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلْمُفْلِحُونَ وَلَا تَكُونُوا۟ كَٱلَّذِينَ تَفَرَّقُوا۟ وَٱخْتَلَفُوا۟ مِنۢ بَعْدِ مَا جَآءَهُمُ ٱلْبَيِّنَـٰتُ ۚ وَأُو۟لَـٰٓئِكَ لَهُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ
Wa-l-takun minkum ummatun yadʿūna ila l-khayri wa-yaʾmurūna bi-l-maʿrūfi wa-yanhawna ʿani l-munkari — wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn — wa-lā takūnū ka-lladhīna tafarraqū wa-khtalafū min baʿdi mā jāʾahumu l-bayyinātu — wa-ulāʾika lahum ʿadhābun ʿaẓīm
Que se constitue parmi vous une umma qui appelle vers le khayr, qui ordonne le maʿrūf et interdit le munkar — ceux-là sont les mufliḥūn. Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et sont entrés en désaccord après que les bayyināt leur sont parvenues — ceux-là ont un châtiment immense.
S.3:106–107
يَوْمَ تَبْيَضُّ وُجُوهٌ وَتَسْوَدُّ وُجُوهٌ ۚ فَأَمَّا ٱلَّذِينَ ٱسْوَدَّتْ وُجُوهُهُمْ أَكَفَرْتُم بَعْدَ إِيمَـٰنِكُمْ فَذُوقُوا۟ ٱلْعَذَابَ بِمَا كُنتُمْ تَكْفُرُونَ وَأَمَّا ٱلَّذِينَ ٱبْيَضَّتْ وُجُوهُهُمْ فَفِى رَحْمَةِ ٱللَّهِ هُمْ فِيهَا خَـٰلِدُونَ
Yawma tabyaḍḍu wujūhun wa-taswaddu wujūh — fa-ammā lladhīna swaddat wujūhuhum a-kafartum baʿda īmānikum fa-dhūqu l-ʿadhāba bi-mā kuntum takfurūn — wa-ammā lladhīna byaḍḍat wujūhuhum fa-fī raḥmati llāhi hum fīhā khālidūn
Le jour où des visages blanchiront et des visages noirciront — quant à ceux dont les visages auront noirci : « Avez-vous refusé de reconnaître après votre foi ? Goûtez donc le châtiment pour avoir refusé de reconnaître. » Quant à ceux dont les visages auront blanchi, ils seront dans la raḥma d’Allaah, y demeurant.
Note de vigilance méthodologique — visages blanchis/noircis (S3:106–107). Cette image ne décrit pas une caractéristique physique ou ethnique de personnes vivantes : elle appartient à un registre eschatologique récurrent dans le corpus, où l'éclat ou l'assombrissement du visage figure un état intérieur au Jour de la Résurrection (comparer S80:38–41 : des visages « rayonnants » et des visages « couverts de poussière, recouverts de noirceur »). Le blanchiment et le noircissement sont ici des signes d'un jugement moral (fidélité ou reniement après la foi), non une hiérarchie fondée sur l'apparence — lire ce verset autrement serait importer une catégorie étrangère au texte.
Note lexicale — k-f-r, S3:100–101, S3:106–107. Voir l'étude dédiée Kāfir. Le marqueur « baʿda īmānikum » (après votre foi, S3:100, S3:106) et le rappel explicite de la récitation directe des āyāt (S3:101) désignent la dimension du refus délibéré après reconnaissance — le terme est alors rendu « refuser de reconnaître ». Ailleurs dans ce bloc (S3:111, S3:116, S3:127), en l'absence de ce type de marqueur, la forme reste translittérée (*kāfirūn*).
Notes lexicales
- ٱتَّقُوا۟ittaqū
- racine *w-q-y*, déjà établie (étude dédiée Les muttaqūn) : « ceux qui se constituent une protection, une mise à l'abri » — non simplement « les pieux ». Selon la méthode retenue ici, *taqwā* est conservé en translittération ; la forme verbale est rendue par « se constituer une taqwā », non par « se prémunir », afin de garder visible en français le nom d'action *taqwā* lui-même.
- ٱعْتَصِمُوا۟ / يَعْتَصِمiʿtaṣimū / yaʿtaṣim
- racine ʿ-ṣ-m : se retenir fermement à quelque chose, s'y accrocher pour ne pas tomber — verset-pivot du fil « Al-Iʿtiṣām » retenu comme hypothèse de titre pour cette sourate.
- حَبْلِ ٱللَّهِḥabli llāh
- le lien/la corde d'Allaah ; **non-dit** sur son référent exact (le Kitāb ? l'engagement pris ? la communauté de foi elle-même ?) — le texte ne le spécifie pas ici.
- يُبَيِّنُyubayyinu
- racine b-y-n (forme II) : rendre manifeste, faire apparaître clairement ce qui était voilé — même racine que *bayyināt* et que le futur verset S3:187 (*tubayyinunnahu*), fil de la clarification.
- تَفَرَّقُوا۟tafarraqū
- racine f-r-q : se séparer, se diviser — antonyme direct de l'unité recherchée par l'iʿtiṣām.
- ٱلْخَيْرِ / ٱلْمَعْرُوفِ / ٱلْمُنكَرِal-khayr / al-maʿrūf / al-munkar
- al-maʿrūf (S2:178 et suiv. : ce que la raison droite reconnaît comme juste, contenu non fixé) ; al-munkar, son opposé structurel : ce qui est rejeté par cette même reconnaissance.
Ce que le texte dit : l'unité de la communauté de foi est présentée comme la condition et la conséquence directe de l'attachement au lien d'Allaah — un bienfait historique concret (la réconciliation d'ennemis) sert d'illustration, non d'argument abstrait.
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La meilleure umma et ses conditions · S3:108–115
S.3:108–109
تِلْكَ ءَايَـٰتُ ٱللَّهِ نَتْلُوهَا عَلَيْكَ بِٱلْحَقِّ ۗ وَمَا ٱللَّهُ يُرِيدُ ظُلْمًا لِّلْعَـٰلَمِينَ وَلِلَّهِ مَا فِى ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَمَا فِى ٱلْأَرْضِ ۚ وَإِلَىٰ ٱللَّهِ تُرْجَعُ ٱلْأُمُورُ
Tilka āyātu llāhi natlūhā ʿalayka bi-l-ḥaqq — wa-mā llāhu yurīdu ẓulman li-l-ʿālamīn — wa-lillāhi mā fi l-samāwāti wa-mā fi l-arḍi — wa-ila llāhi turjaʿu l-umūr
Voilà les āyāt d’Allaah, Nous te les récitons avec le ḥaqq — Allaah ne veut aucune injustice pour les mondes. À Allaah appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre — c’est vers Allaah que reviennent toutes les affaires.
S.3:110
كُنتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِٱلْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ ٱلْمُنكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِٱللَّهِ ۗ وَلَوْ ءَامَنَ أَهْلُ ٱلْكِتَـٰبِ لَكَانَ خَيْرًا لَّهُم ۚ مِّنْهُمُ ٱلْمُؤْمِنُونَ وَأَكْثَرُهُمُ ٱلْفَـٰسِقُونَ
Kuntum khayra ummatin ukhrijat li-l-nāsi taʾmurūna bi-l-maʿrūfi wa-tanhawna ʿani l-munkari wa-tuʾminūna billāh — wa-law āmana ahlu l-kitābi la-kāna khayran lahum — minhumu l-muʾminūna wa-aktharuhumu l-fāsiqūn
Vous êtes la meilleure umma jamais fait sortir pour les gens : vous ordonnez le maʿrūf, interdisez le munkar, et croyez en Allaah — et si les Ahl al-Kitāb avaient cru, cela aurait certes été meilleur pour eux ; parmi eux il y a des muʾminūn, mais la plupart d’entre eux sont fāsiqūn.
Note de non-généralisation méthodologique (S3:110). Le statut de « meilleure umma » n'est pas énoncé de façon inconditionnelle : il est immédiatement défini par trois actions présentes (ordonner le maʿrūf, interdire le munkar, croire en Allaah), non par une appartenance acquise une fois pour toutes. Lu isolément de ces conditions, le verset se prêterait à une lecture d'exceptionnalisme que le texte lui-même ne pose pas — la comparaison qui suit immédiatement (S3:112–115) distingue d'ailleurs explicitement, parmi les Ahl al-Kitāb eux-mêmes, une partie fidèle d'une majorité fāsiqa, ce qui interdit symétriquement de lire ce verset comme une disqualification collective de ces derniers.
S.3:111–112
لَن يَضُرُّوكُمْ إِلَّآ أَذًى ۖ وَإِن يُقَـٰتِلُوكُمْ يُوَلُّوكُمُ ٱلْأَدْبَارَ ثُمَّ لَا يُنصَرُونَ ضُرِبَتْ عَلَيْهِمُ ٱلذِّلَّةُ أَيْنَ مَا ثُقِفُوٓا۟ إِلَّا بِحَبْلٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَحَبْلٍ مِّنَ ٱلنَّاسِ وَبَآءُو بِغَضَبٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَضُرِبَتْ عَلَيْهِمُ ٱلْمَسْكَنَةُ ۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ كَانُوا۟ يَكْفُرُونَ بِـَٔايَـٰتِ ٱللَّهِ وَيَقْتُلُونَ ٱلْأَنۢبِيَآءَ بِغَيْرِ حَقٍّ ۚ ذَٰلِكَ بِمَا عَصَوا۟ وَّكَانُوا۟ يَعْتَدُونَ
Lan yaḍurrūkum illā adhā — wa-in yuqātilūkum yuwallūkumu l-adbāra thumma lā yunṣarūn — ḍuribat ʿalayhimu l-dhillatu ayna mā thuqifū illā bi-ḥablin mina llāhi wa-ḥablin mina l-nāsi wa-bāʾū bi-ghaḍabin mina llāhi wa-ḍuribat ʿalayhimu l-maskanatu — dhālika bi-annahum kānū yakfurūna bi-āyāti llāhi wa-yaqtulūna l-anbiyāʾa bi-ghayri ḥaqq — dhālika bi-mā ʿaṣaw wa-kānū yaʿtadūn
Ils ne vous nuiront que d’une nuisance légère — et s’ils vous combattent, ils vous tourneront le dos, puis ne seront pas secourus. L’abaissement s’est abattu sur eux, où qu’ils se trouvent, sauf par un lien venant d’Allaah et un lien venant des gens — ils sont retournés chargés de la colère d’Allaah, et la détresse s’est abattue sur eux. Cela, parce qu’ils étaient kāfirūn envers les āyāt d’Allaah et tuaient les anbiyāʾ sans droit — cela, parce qu’ils désobéissaient et transgressaient.
S.3:113–115
لَيْسُوا۟ سَوَآءً ۗ مِّنْ أَهْلِ ٱلْكِتَـٰبِ أُمَّةٌ قَآئِمَةٌ يَتْلُونَ ءَايَـٰتِ ٱللَّهِ ءَانَآءَ ٱلَّيْلِ وَهُمْ يَسْجُدُونَ يُؤْمِنُونَ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْـَٔاخِرِ وَيَأْمُرُونَ بِٱلْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ ٱلْمُنكَرِ وَيُسَـٰرِعُونَ فِى ٱلْخَيْرَٰتِ وَأُو۟لَـٰٓئِكَ مِنَ ٱلصَّـٰلِحِينَ وَمَا يَفْعَلُوا۟ مِنْ خَيْرٍ فَلَن يُكْفَرُوهُ ۗ وَٱللَّهُ عَلِيمٌۢ بِٱلْمُتَّقِينَ
Laysū sawāʾan — min ahli l-kitābi ummatun qāʾimatun yatlūna āyāti llāhi ānāʾa l-layli wa-hum yasjudūn — yuʾminūna billāhi wa-l-yawmi l-ākhiri wa-yaʾmurūna bi-l-maʿrūfi wa-yanhawna ʿani l-munkari wa-yusāriʿūna fi l-khayrāti wa-ulāʾika mina l-ṣāliḥīn — wa-mā yafʿalū min khayrin fa-lan yukfarūh — wa-llāhu ʿalīmun bi-l-muttaqīn
Ils ne sont pas tous égaux : parmi les Ahl al-Kitāb, il y a une umma droite qui récite les āyāt d’Allaah aux heures de la nuit, en se prosternant. Ils croient en Allaah et au Jour Dernier, ordonnent le maʿrūf, interdisent le munkar, et se hâtent vers les khayrāt — ceux-là sont parmi les ṣāliḥūn. Et le bien qu’ils font ne sera jamais recouvert — Allaah connaît parfaitement les muttaqūn.
Notes lexicales
- فَلَن يُكْفَرُوهُfa-lan yukfarūh
- passif de la racine k-f-r : littéralement « ne sera jamais recouvert/nié » — jeu lexical délibéré sur la même racine que le kufr reproché ailleurs dans le bloc, appliqué ici en négation à la reconnaissance du bien accompli.
- ٱلذِّلَّة / ٱلْمَسْكَنَةal-dhilla / al-maskana
- l'abaissement et la détresse, deux états distincts frappant les mêmes personnes ; racines dh-l-l et s-k-n.
- حَبْلٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَحَبْلٍ مِّنَ ٱلنَّاسِḥablin mina llāhi wa-ḥablin mina l-nās
- deux protections distinctes évoquées côte à côte, sans que le texte précise davantage leur nature exacte dans ce contexte. Voir aussi l'étude dédiée Muttaqūn pour un traitement approfondi de ce terme récurrent.
Ce que le texte dit : parmi les Ahl al-Kitāb eux-mêmes, une distinction nette est établie entre une partie fidèle et décrite en termes très positifs, et une majorité qualifiée de fāsiqa — le jugement porté n'est à aucun moment collectif ou indifférencié.
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La biṭāna à ne pas prendre · S3:116–120
S.3:116–117
إِنَّ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ لَن تُغْنِىَ عَنْهُمْ أَمْوَٰلُهُمْ وَلَآ أَوْلَـٰدُهُم مِّنَ ٱللَّهِ شَيْـًٔا ۖ وَأُو۟لَـٰٓئِكَ أَصْحَـٰبُ ٱلنَّارِ ۚ هُمْ فِيهَا خَـٰلِدُونَ مَثَلُ مَا يُنفِقُونَ فِى هَـٰذِهِ ٱلْحَيَوٰةِ ٱلدُّنْيَا كَمَثَلِ رِيحٍ فِيهَا صِرٌّ أَصَابَتْ حَرْثَ قَوْمٍ ظَلَمُوٓا۟ أَنفُسَهُمْ فَأَهْلَكَتْهُ ۚ وَمَا ظَلَمَهُمُ ٱللَّهُ وَلَـٰكِنْ أَنفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ
Inna lladhīna kafarū lan tughniya ʿanhum amwāluhum wa-lā awlāduhum mina llāhi shayʾan — wa-ulāʾika aṣḥābu l-nāri hum fīhā khālidūn — mathalu mā yunfiqūna fī hādhihi l-ḥayāti l-dunyā ka-mathali rīḥin fīhā ṣirrun aṣābat ḥartha qawmin ẓalamū anfusahum fa-ahlakathu — wa-mā ẓalamahumu llāhu wa-lākin anfusahum yaẓlimūn
Ceux qui sont kāfirūn, ni leurs biens ni leurs enfants ne leur seront d’aucun secours contre ce qui vient d’Allaah — ceux-là sont les gens du Feu, ils y demeurent. L’exemple de ce qu’ils dépensent dans cette vie d’ici-bas est comme l’exemple d’un vent chargé de froid glacial qui atteint la récolte d’un peuple qui s’est fait tort à lui-même, et la détruit — Allaah ne leur a fait aucun tort, mais c’est à eux-mêmes qu’ils font tort.
S.3:118
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تَتَّخِذُوا۟ بِطَانَةً مِّن دُونِكُمْ لَا يَأْلُونَكُمْ خَبَالًا وَدُّوا۟ مَا عَنِتُّمْ قَدْ بَدَتِ ٱلْبَغْضَآءُ مِنْ أَفْوَٰهِهِمْ وَمَا تُخْفِى صُدُورُهُمْ أَكْبَرُ ۚ قَدْ بَيَّنَّا لَكُمُ ٱلْـَٔايَـٰتُ ۖ إِن كُنتُمْ تَعْقِلُونَ
Yā-ayyuhā lladhīna āmanū lā tattakhidhū biṭānatan min dūnikum lā yaʾlūnakum khabālan waddū mā ʿanittum qad badati l-baghḍāʾu min afwāhihim wa-mā tukhfī ṣudūruhum akbar — qad bayyannā lakumu l-āyātu in kuntum taʿqilūn
Ô vous qui avez cru, ne prenez pas comme confidents intimes (biṭāna) des gens en dehors de vous : ils ne vous épargnent aucun effort pour vous corrompre, ils voudraient votre perte — la haine est déjà apparue de leurs bouches, et ce que dissimulent leurs poitrines est plus grand encore. Nous vous avons déjà rendu les āyāt manifestes, si vous raisonnez.
S.3:119
هَـٰٓأَنتُمْ أُو۟لَآءِ تُحِبُّونَهُمْ وَلَا يُحِبُّونَكُمْ وَتُؤْمِنُونَ بِٱلْكِتَـٰبِ كُلِّهِۦ وَإِذَا لَقُوكُمْ قَالُوٓا۟ ءَامَنَّا وَإِذَا خَلَوْا۟ عَضُّوا۟ عَلَيْكُمُ ٱلْأَنَامِلَ مِنَ ٱلْغَيْظِ ۚ قُلْ مُوتُوا۟ بِغَيْظِكُمْ ۗ إِنَّ ٱللَّهَ عَلِيمٌۢ بِذَاتِ ٱلصُّدُورِ
Hā-antum ulāʾi tuḥibbūnahum wa-lā yuḥibbūnakum wa-tuʾminūna bi-l-kitābi kullihi wa-idhā laqūkum qālū āmannā wa-idhā khalaw ʿaḍḍū ʿalaykumu l-anāmila mina l-ghayẓi — qul mūtū bi-ghayẓikum — inna llāha ʿalīmun bi-dhāti l-ṣudūr
Vous voilà, vous les aimez, et ils ne vous aiment pas — vous croyez en tout le Kitāb, et quand ils vous rencontrent ils disent : « Nous avons cru », et quand ils se retrouvent seuls, ils se mordent les doigts de rage contre vous. Dis : « Mourez de votre rage. » Allaah connaît parfaitement ce que renferment les poitrines.
S.3:120
إِن تَمْسَسْكُمْ حَسَنَةٌ تَسُؤْهُمْ وَإِن تُصِبْكُمْ سَيِّئَةٌ يَفْرَحُوا۟ بِهَا ۖ وَإِن تَصْبِرُوا۟ وَتَتَّقُوا۟ لَا يَضُرُّكُمْ كَيْدُهُمْ شَيْـًٔا ۗ إِنَّ ٱللَّهَ بِمَا يَعْمَلُونَ مُحِيطٌ
In tamsaskum ḥasanatun tasuʾhum wa-in tuṣibkum sayyiʾatun yafraḥū bihā — wa-in taṣbirū wa-tattaqū lā yaḍurrukum kayduhum shayʾan — inna llāha bi-mā yaʿmalūna muḥīṭ
Si un bien vous atteint, cela les attriste ; si un mal vous atteint, ils s’en réjouissent — mais si vous êtes patients et vous constituez une taqwā, leur manœuvre ne vous nuira en rien. Allaah embrasse totalement ce qu’ils font.
Notes lexicales
- بِطَانَةًbiṭāna
- racine b-ṭ-n (intérieur, ce qui est proche du corps comme un vêtement de dessous) : le cercle de confidence la plus intime, non une catégorie ethnique ou religieuse générale — **non-dit** sur l'identité précise du groupe visé dans ce contexte, le texte qualifiant par le comportement (chercher la corruption, dissimuler l'hostilité) plutôt que par une appartenance nommée.
- لَا يَأْلُونَكُمْlā yaʾlūnakum
- racine ʾ-l-w : ne rien épargner, ne ménager aucun effort.
- قَدْ بَيَّنَّاqad bayyannā
- même racine b-y-n que S3:103, deuxième occurrence du verbe *bayyana* dans ce bloc.
- كَيْدُهُمْkayduhum
- racine k-y-d : manœuvre indirecte visant à nuire ; distinct de makr (S3:54) par la nuance d'hostilité plus marquée.
Ce que le texte dit : la mise en garde porte sur un comportement précis (dissimulation d'hostilité sous une profession de foi de façade), pas sur une catégorie de personnes désignée par avance.
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L'ouverture du récit de Badr · S3:121–129
S.3:121–122
وَإِذْ غَدَوْتَ مِنْ أَهْلِكَ تُبَوِّئُ ٱلْمُؤْمِنِينَ مَقَـٰعِدَ لِلْقِتَالِ ۗ وَٱللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ إِذْ هَمَّت طَّآئِفَتَانِ مِنكُمْ أَن تَفْشَلَا وَٱللَّهُ وَلِيُّهُمَا ۗ وَعَلَىٰ ٱللَّهِ فَلْيَتَوَكَّلِ ٱلْمُؤْمِنُونَ
Wa-idh ghadawta min ahlika tubawwiʾu l-muʾminīna maqāʿida li-l-qitāl — wa-llāhu Samīʿun ʿAlīm — idh hammat ṭāʾifatāni minkum an tafshalā wa-llāhu waliyyuhumā — wa-ʿala llāhi fa-l-yatawakkali l-muʾminūn
Et quand tu partis au matin, de chez toi, pour assigner aux muʾminūn des postes de combat — Allaah est Samīʿ, ʿAlīm. Quand deux groupes parmi vous faillirent perdre courage, alors qu’Allaah était leur walī — c’est sur Allaah que les muʾminūn doivent s’en remettre.
S.3:123
وَلَقَدْ نَصَرَكُمُ ٱللَّهُ بِبَدْرٍ وَأَنتُمْ أَذِلَّةٌ ۖ فَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ
Wa-la-qad naṣarakumu llāhu bi-Badrin wa-antum adhillatun — fa-ttaqu llāha laʿallakum tashkurūn
Allaah vous a certes secourus à Badr, alors que vous étiez faibles — constituez-vous donc une taqwā d’Allaah, peut-être serez-vous reconnaissants.
S.3:124–126
إِذْ تَقُولُ لِلْمُؤْمِنِينَ أَلَن يَكْفِيَكُمْ أَن يُمِدَّكُمْ رَبُّكُم بِثَلَـٰثَةِ ءَالَـٰفٍ مِّنَ ٱلْمَلَـٰٓئِكَةِ مُنزَلِينَ بَلَىٰٓ ۚ إِن تَصْبِرُوا۟ وَتَتَّقُوا۟ وَيَأْتُوكُم مِّن فَوْرِهِمْ هَـٰذَا يُمْدِدْكُمْ رَبُّكُم بِخَمْسَةِ ءَالَـٰفٍ مِّنَ ٱلْمَلَـٰٓئِكَةِ مُسَوِّمِينَ وَمَا جَعَلَهُ ٱللَّهُ إِلَّا بُشْرَىٰ لَكُمْ وَلِتَطْمَئِنَّ قُلُوبُكُم بِهِۦ ۗ وَمَا ٱلنَّصْرُ إِلَّا مِنْ عِندِ ٱللَّهِ ٱلْعَزِيزِ ٱلْحَكِيمِ
Idh taqūlu li-l-muʾminīna a-lan yakfiyakum an yumiddakum rabbukum bi-thalāthati ālāfin mina l-malāʾikati munzalīn — balā — in taṣbirū wa-tattaqū wa-yaʾtūkum min fawrihim hādhā yumdidkum rabbukum bi-khamsati ālāfin mina l-malāʾikati musawwimīn — wa-mā jaʿalahu llāhu illā bushrā lakum wa-li-taṭmaʾinna qulūbukum bihi — wa-mā l-naṣru illā min ʿindi llāhi l-ʿAzīzi l-Ḥakīm
Quand tu disais aux muʾminūn : « Ne vous suffit-il pas que votre Rabb vous assiste de trois mille malāʾika descendus ? » Bien plus : si vous êtes patients et vous constituez une taqwā, et qu’ils viennent contre vous à l’instant même, votre Rabb vous assistera de cinq mille malāʾika marqués distinctement. Allaah n’a fait cela que comme une bonne annonce pour vous, et pour que vos cœurs s’apaisent par cela — le secours ne vient que d’auprès d’Allaah, al-ʿAzīz, al-Ḥakīm.
S.3:127–129
لِيَقْطَعَ طَرَفًا مِّنَ ٱلَّذِينَ كَفَرُوٓا۟ أَوْ يَكْبِتَهُمْ فَيَنقَلِبُوا۟ خَآئِبِينَ لَيْسَ لَكَ مِنَ ٱلْأَمْرِ شَىْءٌ أَوْ يَتُوبَ عَلَيْهِمْ أَوْ يُعَذِّبَهُمْ فَإِنَّهُمْ ظَـٰلِمُونَ وَلِلَّهِ مَا فِى ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَمَا فِى ٱلْأَرْضِ ۚ يَغْفِرُ لِمَن يَشَآءُ وَيُعَذِّبُ مَن يَشَآءُ ۚ وَٱللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
Li-yaqṭaʿa ṭarafan mina lladhīna kafarū aw yakbitahum fa-yanqalibū khāʾibīn — laysa laka mina l-amri shayʾun aw yatūba ʿalayhim aw yuʿadhdhibahum fa-innahum ẓālimūn — wa-lillāhi mā fi l-samāwāti wa-mā fi l-arḍi — yaghfiru li-man yashāʾu wa-yuʿadhdhibu man yashāʾ — wa-llāhu Ghafūrun Raḥīm
Afin de retrancher une partie de ceux qui sont kāfirūn, ou de les humilier et qu’ils s’en retournent déçus. Tu n’as, dans cette affaire, aucune part — qu’Il revienne vers eux [en pardon] ou qu’Il les châtie, ils sont certes ẓālimūn. À Allaah appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre — Il pardonne à qui Il veut et châtie qui Il veut — Allaah est Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
- رَبّRabb
- racine r-b-b. Selon la méthode retenue ici, *Rabb* est conservé en translittération plutôt que traduit par « Seigneur » : la racine porte, dans son champ sémantique arabe, à la fois l'idée d'éducation et de croissance progressive (*tarbiya*) et celle de souveraineté sur ce qui est élevé et conduit à son plein accomplissement — un champ que le seul mot français « Seigneur » (registre féodal et d'autorité) ne couvre pas.
- يَتَوَكَّلِyatawakkal
- racine w-k-l : remettre une affaire à quelqu'un d'autre, s'en reposer sur lui pour son issue — première occurrence de ce verbe dans le corpus traduit sur ce site ; conservé « s'en remettre à » en français, sens fonctionnel de confiance active, non de passivité.
- مُسَوِّمِينَmusawwimīn
- racine s-w-m : marqués d'un signe distinctif reconnaissable.
- كَيْدkayd
- manœuvre indirecte visant à nuire, distincte de makr (S3:54) par une connotation d'hostilité plus directe.
- طَرَفًاṭarafan
- une extrémité, une partie délimitée — non la totalité.
Ce que le texte dit : le récit s'ouvre sur l'organisation du combat et le rappel de Badr comme précédent de secours divin malgré la faiblesse numérique — le bloc s'arrête avant le développement du récit d'Uḥud proprement dit, qui commence au verset suivant.
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Barāʾa du bloc
Cette traduction est conduite selon la méthode islamducoran.fr. Elle n'est pas prescriptive. Elle est révisable à la lumière du texte. L'unique garant de la compréhension est Allaah.
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