Structure du Bloc V. Cinq ensembles. D’abord le reproche adressé à ceux qui nient toute révélation — argument par le Kitāb donné à Mūsā — puis ce Kitāb-ci (le qurʾān), béni, confirmant ce qui le précède, pour avertir Umm al-Qurā et son pourtour (S6:91–92). Puis celui qui forge un mensonge contre Allaah ou prétend à une révélation qu’il n’a pas reçue, et la scène de la mort des injustes, comparaissant seuls devant Allaah, dénués de ce qu’ils prétendaient (S6:93–94). Puis une série de signes de la rubūbiyya (la souveraineté nourricière d’Allaah) : le grain et le noyau fendus, le vivant tiré du mort, l’aube fendue, la nuit pour repos, le soleil et la lune pour calcul, les étoiles pour se guider, l’origine unique de l’espèce humaine, l’eau descendue et la végétation qu’elle fait naître (S6:95–99). Puis le rejet du shirk qui fait des jinn des associés et forge à Allaah des fils et des filles, la négation du walad et de la ṣāḥiba, et le verset central sur ce que les vues ne saisissent pas de Lui (S6:100–103). Enfin les clairvoyances venues du Rabb, la responsabilité individuelle de qui voit ou reste aveugle, l’ordre de suivre la révélation, et le principe de ne pas insulter les objets d’un culte étranger de peur d’attirer, par ignorance, l’insulte sur Allaah Lui-même (S6:104–108).

Avertissement de méthode. (1) S6:91 : ce verset change d’interlocuteur en cours de phrase — de « ils ont dit » (3e personne) à « vous en faites des feuillets » et « vous avez été instruits » (2e personne) — sans que ce seul verset ne nomme le groupe visé par ce second « vous » ; ce déplacement grammatical est signalé sans lui assigner une identité que le texte ne fournit pas ici. (2) S6:100, taʿālā ʿammā yaṣifūn : la racine ʿ-l-w porte, à sa base, une image de hauteur — la même famille de sens que celle exclue pour al-Aʿlā (jamais « Le Très-Haut »). Ce Bloc traduit donc taʿālā par « transcende », qui porte le dépassement radical affirmé par le texte sans installer de position dans l’espace. (3) S6:101 : ce verset écarte pour Allaah, dans la même phrase, le walad et la ṣāḥiba — traitement identique à celui de walad en S4:171 (Bloc X, Sourate 4) : la négation porte sur le fait même d’engendrement et de ce qu’il suppose, sans qu’aucune glose affective ou humaine n’y soit ajoutée. (4) S6:103, lā tudrikuhu l-abṣāru wa-huwa yudriku l-abṣāra : verset pivot, de même poids méthodologique que yad Allaah (S5:64) et wajhu llāh (S6:52). La racine d-r-k porte le sens de saisir entièrement, rattraper, encercler par la compréhension — un sens plus fort et plus précis que la simple vue (ruʾya). Ce Bloc s’en tient strictement à ce que ce verbe pose : que la vue humaine ne saisit pas Allaah dans Sa totalité, tandis que Lui saisit toute vue — sans se prononcer, au-delà de ce que ce seul verset affirme, sur un débat théologique ultérieur (la possibilité d’une vision d’Allaah dans l’Ultime, distincte de cette saisie totale) qui déborde le périmètre de ce texte pris seul. (5) al-Laṭīf (S6:103) : nom conservé en translittération, voir la note dédiée, pour écarter tout glissement vers une connotation affective.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.6:91 Ils n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure — le Kitāb de Mūsā
S.6:92 Ce Kitāb-ci, béni — avertir Umm al-Qurā et son pourtour
S.6:93 Celui qui forge un mensonge contre Allaah — la scène de la mort
S.6:94 Vous voici venus à Nous seuls — les intercesseurs disparus
S.6:95 Ce qui fend le grain et le noyau — le vivant tiré du mort
S.6:96 Ce qui fend l’aube — la nuit pour repos, soleil et lune pour calcul
S.6:97 Les étoiles pour se guider dans les ténèbres de la terre et de la mer
S.6:98 L’origine unique — lieu d’établissement, lieu de dépôt confié
S.6:99 L’eau descendue, la végétation, les fruits semblables et dissemblables
S.6:100 Les jinn faits associés — fils et filles forgés sans savoir
S.6:101 Badīʿ des cieux et de la terre — nul walad, nulle ṣāḥiba
S.6:102 Voilà Allaah, votre Rabb — nul ilāh que Lui — wakīl sur toute chose
S.6:103 Les vues ne Le saisissent pas — Il saisit toute vue — al-Laṭīf, al-Khabīr
S.6:104 Des clairvoyances vous sont venues — la responsabilité de voir ou de rester aveugle
S.6:105 Nous diversifions les āyāt — « tu as étudié »
S.6:106 Suis ce qui t’a été révélé — détourne-toi des mushrikūn
S.6:107 Si Allaah avait voulu, ils n’auraient pas commis le shirk
S.6:108 N’insultez pas ce qu’ils invoquent, de peur qu’ils n’insultent Allaah

Le rejet de toute révélation réfuté, ce Kitāb-ci pour Umm al-Qurā · S6:91–92

S.6:91 · Ils n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure — le Kitāb de Mūsā

S.6:91
وَمَا قَدَرُوا اللَّهَ حَقَّ قَدْرِهِ إِذْ قَالُوا مَا أَنْزَلَ اللَّهُ عَلَىٰ بَشَرٍ مِنْ شَيْءٍ ۗ قُلْ مَنْ أَنْزَلَ الْكِتَابَ الَّذِي جَاءَ بِهِ مُوسَىٰ نُورًا وَهُدًى لِلنَّاسِ ۖ تَجْعَلُونَهُ قَرَاطِيسَ تُبْدُونَهَا وَتُخْفُونَ كَثِيرًا ۖ وَعُلِّمْتُمْ مَا لَمْ تَعْلَمُوا أَنْتُمْ وَلَا آبَاؤُكُمْ ۖ قُلِ اللَّهُ ۖ ثُمَّ ذَرْهُمْ فِي خَوْضِهِمْ يَلْعَبُونَ
Wa-mā qadarū llāha ḥaqqa qadrihi idh qālū mā anzala llāhu ʿalā basharin min shayʾin qul man anzala l-kitāba lladhī jāʾa bihi mūsā nūran wa-hudan li-n-nāsi tajʿalūnahu qarāṭīsa tubdūnahā wa-tukhfūna kathīran wa-ʿullimtum mā lam taʿlamū antum wa-lā ābāʾukum quli llāhu thumma dharhum fī khawḍihim yalʿabūn Ils n’ont pas estimé Allaah à Sa juste mesure (mā qadarū llāha ḥaqqa qadrihi), lorsqu’ils ont dit : « Allaah n’a rien fait descendre sur aucun être humain (bashar). » Dis : « Qui a fait descendre le Kitāb qu’a apporté Mūsā, lumière (nūr) et guidance (hudā) pour les gens ? Vous en faites des feuillets (qarāṭīs) que vous montrez, tout en en cachant beaucoup — et vous avez été instruits de ce que vous ne saviez pas, ni vous ni vos pères. » Dis : « Allaah. » Puis laisse-les se divertir dans leur digression (khawḍ).
Notes lexicales
mā qadarū llāha ḥaqqa qadrihi
racine *q-d-r* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : mesurer exactement une chose, en établir la juste proportion ; d'où *qadr*, l'estimation, le rang véritable d'une chose. Note de linguistique pure : cette même racine revient en S6:96 (« *taqdīru l-ʿazīzi l-ʿalīm* », la détermination précise) — le Bloc s'ouvre sur un manquement humain à mesurer justement (l'incrédulité envers toute révélation), et la séquence cosmologique se referme sur la mesure exacte attribuée à *al-ʿAzīz*, *al-ʿAlīm* : un écho entre les deux emplois de la racine, noté sans être imposé comme un procédé rhétorique délibéré du texte.
tajʿalūnahu qarāṭīsa … wa-ʿullimtum
voir l'avertissement de méthode ci-dessus sur le changement d'interlocuteur. *Qarāṭīs*, pluriel de *qirṭās* : le support d'écriture (feuillet, rouleau) — emprunt ancien à l'usage attesté dans la langue avant l'islam, déjà lexicalisé en arabe classique. Dit : le texte reproche à ce second « vous » de fragmenter et de dissimuler une partie de ce qui a été montré, sans préciser ici la nature exacte de ce qui est caché.
khawḍihim yalʿabūn
*khawḍ* : voir S6:68–70 (Bloc III, même sourate : plonger dans un discours vain sur les *āyāt*) ; *yalʿabūn* (jouer, se divertir sans finalité sérieuse) : l'association des deux racines qualifie l'attitude de ceux qui viennent d'être cités, sans détailler davantage la forme concrète de ce « jeu ».

S.6:92 · Ce Kitāb-ci, béni — avertir Umm al-Qurā et son pourtour

S.6:92
وَهَٰذَا كِتَابٌ أَنْزَلْنَاهُ مُبَارَكٌ مُصَدِّقُ الَّذِي بَيْنَ يَدَيْهِ وَلِتُنْذِرَ أُمَّ الْقُرَىٰ وَمَنْ حَوْلَهَا ۚ وَالَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ يُؤْمِنُونَ بِهِ ۖ وَهُمْ عَلَىٰ صَلَاتِهِمْ يُحَافِظُونَ
Wa-hādhā kitābun anzalnāhu mubārakun muṣaddiqu lladhī bayna yadayhi wa-li-tundhira umma l-qurā wa-man ḥawlahā wa-lladhīna yuʾminūna bi-l-ākhirati yuʾminūna bihi wa-hum ʿalā ṣalātihim yuḥāfiẓūn Et voici un Kitāb que Nous avons fait descendre, béni (mubārak), confirmant (muṣaddiq) ce qui le précède, et pour que tu avertisses Umm al-Qurā et ceux qui l’entourent. Ceux qui croient en l’Ultime (al-ākhira) y croient — et ils préservent (yuḥāfiẓūn) leur ṣalāt.
Notes lexicales
mubārakun muṣaddiqu lladhī bayna yadayhi
*mubārak*, racine *b-r-k* : ce qui porte en soi un bienfait stable et croissant (voir l'étude Al-Baraka wa-l-Tabarruk). *Muṣaddiqun li-mā bayna yadayhi* : voir S2:41/97, S3:3 (« confirmant ce qui le précède ») — expression consacrée pour désigner la continuité entre les écritures révélées, sans jugement porté ici sur l'étendue exacte de cette confirmation.
umma l-qurā wa-man ḥawlahā
*umm*, racine *ʾ-m-m* : la source, l'origine, ce autour de quoi le reste se rassemble (sens présent aussi dans *umma*). *Qurā*, pluriel de *qarya* : l'agglomération, la cité établie. Non-dit : ce seul verset ne nomme pas la cité qu'il désigne ainsi ; l'identification traditionnelle avec une ville précise est une donnée extérieure à ce texte, qui n'est pas importée ici — on s'en tient au sens lexical de l'expression (« la cité-mère, celle dont les autres dépendent ou procèdent ») et à l'adresse directe du texte, au singulier (« *tundhira* », « que tu avertisses »), à un *nabī* dont l'audience immédiate inclut cette cité et son pourtour.
yuḥāfiẓūn
racine *ḥ-f-ẓ* : garder, préserver avec constance — même racine que *ḥafīẓ* (S6:104/107, ce Bloc). Dit : le texte pose la préservation constante de la *ṣalāt*, non son seul accomplissement ponctuel, comme trait de ceux qui croient en l'Ultime.

Celui qui forge un mensonge contre Allaah, la scène de la mort · S6:93–94

S.6:93 · Celui qui forge un mensonge contre Allaah — la scène de la mort

S.6:93
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا أَوْ قَالَ أُوحِيَ إِلَيَّ وَلَمْ يُوحَ إِلَيْهِ شَيْءٌ وَمَنْ قَالَ سَأُنْزِلُ مِثْلَ مَا أَنْزَلَ اللَّهُ ۗ وَلَوْ تَرَىٰ إِذِ الظَّالِمُونَ فِي غَمَرَاتِ الْمَوْتِ وَالْمَلَائِكَةُ بَاسِطُو أَيْدِيهِمْ أَخْرِجُوا أَنْفُسَكُمُ ۖ الْيَوْمَ تُجْزَوْنَ عَذَابَ الْهُونِ بِمَا كُنْتُمْ تَقُولُونَ عَلَى اللَّهِ غَيْرَ الْحَقِّ وَكُنْتُمْ عَنْ آيَاتِهِ تَسْتَكْبِرُونَ
Wa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿala llāhi kadhiban aw qāla ūḥiya ilayya wa-lam yūḥa ilayhi shayʾun wa-man qāla sa-unzilu mithla mā anzala llāhu wa-law tarā idhi ẓ-ẓālimūna fī ghamarāti l-mawti wa-l-malāʾikatu bāsiṭū aydīhim akhrijū anfusakumu l-yawma tujzawna ʿadhāba l-hūni bi-mā kuntum taqūlūna ʿala llāhi ghayra l-ḥaqqi wa-kuntum ʿan āyātihi tastakbirūn Et qui est plus injuste que celui qui forge (iftarā) un mensonge contre Allaah, ou dit : « Il m’a été révélé », alors que rien ne lui a été révélé, ou celui qui dit : « Je vais faire descendre le pareil de ce qu’Allaah a fait descendre » ? Si tu voyais les injustes dans les affres de la mort (ghamarāt al-mawt), les malāʾika leurs mains tendues (bāsiṭū aydīhim) : « Faites sortir vos nafs — aujourd’hui vous êtes rétribués du châtiment de l’humiliation (ʿadhāb al-hūn), pour avoir dit sur Allaah autre chose que al-ḥaqq, et pour vous être détournés avec hauteur (tastakbirūn) de Ses āyāt. »
Notes lexicales
iftarā ʿala llāhi kadhiban
racine *f-r-y* : tailler, façonner une chose à partir de rien de réel — d'où *iftarā*, fabriquer un mensonge de toutes pièces (voir S4:48, S6:21, Bloc II, même sourate). Dit : ce verset énumère trois figures distinctes d'une même injustice — celui qui invente un mensonge, celui qui prétend faussement recevoir une révélation, celui qui prétend pouvoir produire l'équivalent de ce qu'Allaah a fait descendre — sans les confondre en une seule.
al-malāʾikatu bāsiṭū aydīhim
racine *b-s-ṭ*. Point de méthode, par contraste : cette même racine apparaît en S5:64 (« *bal yadāhu mabsūṭatān* ») à propos d'Allaah, où le couple de racines forme, dans l'usage général de la langue, un idiome de générosité indépendant de toute anatomie. Ici, le sujet est *al-malāʾika* — des créatures, non Allaah — et le geste décrit (des mains tendues au moment d'exiger la sortie de l'âme) ne relève d'aucune des vigilances requises pour un emploi appliqué à Allaah ; la distinction est posée pour éviter toute confusion entre ces deux emplois très distincts d'une même racine.
akhrijū anfusakumu
Non-dit : ce verset ne précise pas la modalité concrète de cet ordre (résistance de l'âme à sortir, douleur du processus) au-delà de l'impératif lui-même adressé aux injustes ; on ne développe pas au-delà de ce que le texte pose ici.
ʿadhāba l-hūn
racine *h-w-n* : la bassesse, l'avilissement, l'état de ce qui est traité sans égard.

S.6:94 · Vous voici venus à Nous seuls — les intercesseurs disparus

S.6:94
وَلَقَدْ جِئْتُمُونَا فُرَادَىٰ كَمَا خَلَقْنَاكُمْ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَتَرَكْتُمْ مَا خَوَّلْنَاكُمْ وَرَاءَ ظُهُورِكُمْ ۖ وَمَا نَرَىٰ مَعَكُمْ شُفَعَاءَكُمُ الَّذِينَ زَعَمْتُمْ أَنَّهُمْ فِيكُمْ شُرَكَاءُ ۚ لَقَدْ تَقَطَّعَ بَيْنَكُمْ وَضَلَّ عَنْكُمْ مَا كُنْتُمْ تَزْعُمُونَ
Wa-la-qad jiʾtumūnā furādā kamā khalaqnākum awwala marratin wa-taraktum mā khawwalnākum warāʾa ẓuhūrikum wa-mā narā maʿakum shufaʿāʾakumu lladhīna zaʿamtum annahum fīkum shurakāʾu la-qad taqaṭṭaʿa baynakum wa-ḍalla ʿankum mā kuntum tazʿumūn Et certes, vous voici venus à Nous seuls, isolément (furādā), comme Nous vous avons créés la première fois, et vous avez laissé derrière votre dos ce dont Nous vous avions pourvus (khawwalnākum) — et Nous ne voyons pas avec vous vos intercesseurs (shufaʿāʾ) que vous prétendiez être, parmi vous, des associés (shurakāʾ) — les liens entre vous sont rompus (taqaṭṭaʿa), et s’est égaré loin de vous ce que vous prétendiez.
Notes lexicales
furādā
racine *f-r-d* : la singularité, l'état de ce qui est seul, sans second. Dit : le texte pose cette solitude comme un retour symétrique à la condition de la première création (« comme Nous vous avons créés la première fois »), non comme une perte survenue en cours de route.
khawwalnākum
racine *kh-w-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : accorder, octroyer libéralement, sans contrepartie exigée.
taqaṭṭaʿa baynakum
même racine *q-ṭ-ʿ* qu'en S5:33 (Bloc IV de la Sourate 5 ; voir l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran, pour le *qaṭʿ* des membres) — ici à la forme réflexive (*taqaṭṭaʿa*), appliquée non à un châtiment corporel mais à la rupture des liens (*shufaʿāʾ*, *shurakāʾ*) que ces personnes avaient prétendu tisser.

Les signes de la rubūbiyya : le grain, l’aube, les astres, l’eau, la végétation · S6:95–99

S.6:95 · Ce qui fend le grain et le noyau — le vivant tiré du mort

S.6:95
۞ إِنَّ اللَّهَ فَالِقُ الْحَبِّ وَالنَّوَىٰ ۖ يُخْرِجُ الْحَيَّ مِنَ الْمَيِّتِ وَمُخْرِجُ الْمَيِّتِ مِنَ الْحَيِّ ۚ ذَٰلِكُمُ اللَّهُ ۖ فَأَنَّىٰ تُؤْفَكُونَ
Inna llāha fāliqu l-ḥabbi wa-n-nawā yukhriju l-ḥayya mina l-mayyiti wa-mukhriju l-mayyiti mina l-ḥayyi dhālikumu llāhu fa-annā tuʾfakūn Allaah est certes Ce qui fend (fāliq) le grain et le noyau (al-ḥabb wa-n-nawā) — Il fait sortir le vivant du mort, et fait sortir le mort du vivant. Voilà Allaah — comment donc vous détourne-t-on (tuʾfakūn) ?
Notes lexicales
fāliqu l-ḥabbi wa-n-nawā
racine *f-l-q* — al-Farāhīdī (*Kitāb al-ʿAyn*) et Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) convergent : fendre, séparer en ouvrant. Revient à l'identique au verset suivant (S6:96, ce Bloc) pour l'aube. Note de linguistique pure : cette racine désigne un mode de faire-exister distinct des trois autres rencontrées dans cette sourate — *khalaqa* (façonner selon une mesure, S6:1 et *passim*), *faṭara* (faire exister par une ouverture originelle, S6:79, Bloc IV), *anshaʾa* (faire naître, faire croître, S6:98, ce Bloc) — *falaqa* désigne ici le geste précis par lequel un grain ou un noyau clos s'ouvre pour laisser sortir la pousse qu'il contenait, image reprise ensuite pour la fissure de l'aube dans la nuit.
yukhriju l-ḥayya mina l-mayyiti wa-mukhriju l-mayyiti mina l-ḥayy
même formule qu'en S3:27 (« *tukhriju l-ḥayya mina l-mayyiti wa-tukhriju l-mayyita mina l-ḥayyi* », à la 2e personne dans une invocation) — elle revient ici à la 3e personne, dans un constat déclaratif plutôt qu'une adresse.
tuʾfakūn
racine *ʾ-f-k* : détourner quelqu'un de sa direction propre, retourner, dévier. Dit : le texte pose ce détournement comme quelque chose qui est fait à ces gens (forme passive), non comme un simple égarement spontané de leur part — sans que ce seul verset ne nomme l'agent de ce détournement.

S.6:96 · Ce qui fend l’aube — la nuit pour repos, soleil et lune pour calcul

S.6:96
فَالِقُ الْإِصْبَاحِ وَجَعَلَ اللَّيْلَ سَكَنًا وَالشَّمْسَ وَالْقَمَرَ حُسْبَانًا ۚ ذَٰلِكَ تَقْدِيرُ الْعَزِيزِ الْعَلِيمِ
Fāliqu l-iṣbāḥi wa-jaʿala l-layla sakanan wa-sh-shamsa wa-l-qamara ḥusbānan dhālika taqdīru l-ʿazīzi l-ʿalīm Ce qui fend l’aube (fāliq al-iṣbāḥ), et a fait de la nuit un repos (sakan), et du soleil et de la lune un moyen de calcul (ḥusbān) — voilà la détermination précise (taqdīr) d’al-ʿAzīz, al-ʿAlīm.
Notes lexicales
al-layla sakanan
racine *s-k-n* : le repos, l'apaisement, l'état de ce qui cesse de se mouvoir.
ḥusbānan
racine *ḥ-s-b* : compter, calculer — d'où *ḥusbān*, ce qui sert de repère au calcul (ici, le mouvement régulier du soleil et de la lune servant de base au calcul du temps).
taqdīru l-ʿazīzi l-ʿalīm
voir la note posée en S6:91 (ce Bloc) sur la racine *q-d-r*. *Al-ʿAzīz*, *al-ʿAlīm* : couple conservé en translittération.

S.6:97 · Les étoiles pour se guider dans les ténèbres de la terre et de la mer

S.6:97
وَهُوَ الَّذِي جَعَلَ لَكُمُ النُّجُومَ لِتَهْتَدُوا بِهَا فِي ظُلُمَاتِ الْبَرِّ وَالْبَحْرِ ۗ قَدْ فَصَّلْنَا الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يَعْلَمُونَ
Wa-huwa lladhī jaʿala lakumu n-nujūma li-tahtadū bihā fī ẓulumāti l-barri wa-l-baḥri qad faṣṣalna l-āyāti li-qawmin yaʿlamūn Et Ce qui a fait pour vous les étoiles, afin que vous soyez guidés par elles dans les ténèbres (ẓulumāt) de la terre ferme et de la mer — Nous avons certes détaillé (faṣṣalnā) les āyāt pour un peuple qui sait.
Notes lexicales
ẓulumāt
même racine que *ẓulumāt/nūr* (S2:257, S6:1, Bloc I, même sourate). Ici appliquée concrètement aux ténèbres physiques de la nuit et des espaces non balisés, plutôt qu'à la métaphore de l'égarement — le même terme couvrant, selon les emplois relevés dans cette sourate, un registre tantôt concret tantôt figuré.
faṣṣalnā l-āyāt
racine *f-ṣ-l* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : séparer nettement une chose d'une autre, en marquer la limite distincte ; à la forme II (*faṣṣala*), détailler, exposer partie par partie. Revient à l'identique en S6:98 (ce Bloc) puis en S6:105 (ce Bloc, sous la forme *nuṣarrifu*, racine distincte mais sens voisin).

S.6:98 · L’origine unique — lieu d’établissement, lieu de dépôt confié

S.6:98
وَهُوَ الَّذِي أَنْشَأَكُمْ مِنْ نَفْسٍ وَاحِدَةٍ فَمُسْتَقَرٌّ وَمُسْتَوْدَعٌ ۗ قَدْ فَصَّلْنَا الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يَفْقَهُونَ
Wa-huwa lladhī anshaʾakum min nafsin wāḥidatin fa-mustaqarrun wa-mustawdaʿun qad faṣṣalna l-āyāti li-qawmin yafqahūn Et Ce qui vous a fait naître (anshaʾa) d’un nafs unique — puis un lieu d’établissement stable (mustaqarr) et un lieu de dépôt confié (mustawdaʿ) — Nous avons certes détaillé les āyāt pour un peuple qui comprend (yafqahūn).
Notes lexicales
anshaʾakum min nafsin wāḥidatin
à rapprocher de S4:1 (Bloc I de la Sourate 4 : « *khalaqakum min nafsin wāḥidatin* », « Ce qui vous a créés d'un *nafs* unique »). Note de linguistique pure : le verbe diffère — *khalaqa* (façonner selon une mesure) en S4:1, *anshaʾa* (racine *n-sh-ʾ* : faire naître, faire croître progressivement) ici — une nuance de registre entre l'acte de façonner une forme et celui de faire venir à la croissance, sans en tirer de conséquence de sens au-delà de cette nuance lexicale.
fa-mustaqarrun wa-mustawdaʿun
racine *q-r-r* (l'établissement stable) et racine *w-d-ʿ* (le dépôt confié, destiné à être repris). Non-dit : ce seul verset ne précise pas ce que désignent exactement ces deux lieux — une lecture les rapporte au corps avant et après la naissance, une autre au séjour terrestre et au lieu où le corps retourne après la mort ; on n'en retient que l'opposition structurelle qu'ils posent (un état stable, un état confié provisoirement), sans trancher entre ces lectures que ce seul terme ne permet pas de départager.

S.6:99 · L’eau descendue, la végétation, les fruits semblables et dissemblables

S.6:99
وَهُوَ الَّذِي أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجْنَا بِهِ نَبَاتَ كُلِّ شَيْءٍ فَأَخْرَجْنَا مِنْهُ خَضِرًا نُخْرِجُ مِنْهُ حَبًّا مُتَرَاكِبًا وَمِنَ النَّخْلِ مِنْ طَلْعِهَا قِنْوَانٌ دَانِيَةٌ وَجَنَّاتٍ مِنْ أَعْنَابٍ وَالزَّيْتُونَ وَالرُّمَّانَ مُشْتَبِهًا وَغَيْرَ مُتَشَابِهٍ ۗ انْظُرُوا إِلَىٰ ثَمَرِهِ إِذَا أَثْمَرَ وَيَنْعِهِ ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكُمْ لَآيَاتٍ لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ
Wa-huwa lladhī anzala mina s-samāʾi māʾan fa-akhrajnā bihi nabāta kulli shayʾin fa-akhrajnā minhu khaḍiran nukhriju minhu ḥabban mutarākiban wa-mina n-nakhli min ṭalʿihā qinwānun dāniyatun wa-jannātin min aʿnābin wa-z-zaytūna wa-r-rummāna mushtabihan wa-ghayra mutashābihin unẓurū ilā thamarihi idhā athmara wa-yanʿihi inna fī dhālikum la-āyātin li-qawmin yuʾminūn Et Ce qui a fait descendre du ciel une eau — Nous en avons fait sortir la végétation de toute chose ; Nous en avons fait sortir une verdure (khaḍir) d’où Nous faisons sortir un grain disposé en couches superposées (mutarākib), et du palmier, de sa spathe (ṭalʿ), des grappes rapprochées (qinwān dāniya), et des jardins de vignes, l’olivier et le grenadier, semblables et dissemblables (mushtabih wa-ghayr mutashābih) — regardez son fruit quand il fructifie, et sa maturation (yanʿ) — il y a certes en cela des āyāt pour un peuple qui croit.
Notes lexicales
qinwānun dāniyatun
*qinwān*, pluriel de *qinw* : la grappe de dattes tenant à sa spathe (*ṭalʿ*), telle qu'elle pend du palmier. *Dāniya*, racine *d-n-w* : ce qui est proche, rapproché, à portée.
mushtabihan wa-ghayra mutashābih
même racine *sh-b-h* que *muhkam/mutashābih* (voir l'étude Muḥkam et Mutashābih), ici dans un tout autre registre — botanique, non scripturaire. Dit : le texte pose une ressemblance d'aspect (feuillage, forme du fruit) conjointe à une dissemblance que ce même verset ne développe pas davantage (le goût, communément relevé par les lexicographes classiques à propos de cette racine dans ce contexte précis, sans que ce mot seul, ici, ne le nomme).
yanʿihi
racine *y-n-ʿ* : la maturation, l'état du fruit parvenu à point.

Le rejet du shirk avec les jinn, ni walad ni ṣāḥiba, ce que les vues ne saisissent pas · S6:100–103

S.6:100 · Les jinn faits associés — fils et filles forgés sans savoir

S.6:100
وَجَعَلُوا لِلَّهِ شُرَكَاءَ الْجِنَّ وَخَلَقَهُمْ ۖ وَخَرَقُوا لَهُ بَنِينَ وَبَنَاتٍ بِغَيْرِ عِلْمٍ ۚ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَىٰ عَمَّا يَصِفُونَ
Wa-jaʿalū li-llāhi shurakāʾa l-jinna wa-khalaqahum wa-kharaqū lahu banīna wa-banātin bi-ghayri ʿilmin subḥānahu wa-taʿālā ʿammā yaṣifūn Et ils ont fait des jinn des associés (shurakāʾ) pour Allaah, alors que c’est Lui qui les a créés — et ils Lui ont forgé (kharaqū) des fils et des filles sans aucun savoir. Gloire à Lui (subḥānahu) — Ce qui transcende (taʿālā) ce qu’ils décrivent.
Notes lexicales
jaʿalū li-llāhi shurakāʾa l-jinna
ce verset fait du *jinn* un objet effectif d'association (*shirk*) — à distinguer de *jinn* comme simple racine étymologique relevée en S6:76 (Bloc IV, *janna ʿalayhi l-layl*, l'occultation). Non-dit : ce verset ne précise pas la forme concrète de cette association (culte rendu aux jinn, crainte, obéissance, ou revendication d'un lien de parenté) — aucune de ces lectures possibles n'est importée au-delà du terme générique *shurakāʾ* (associés) que le texte emploie lui-même.
kharaqū lahu banīna wa-banātin
racine *kh-r-q* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : percer, déchirer, façonner sans matière première légitime ; d'où le sens dérivé de forger, inventer de toutes pièces. À distinguer d'*iftarā* (S6:93, ce Bloc, racine *f-r-y*), de sens très voisin mais non identique — *kharaqa* insistant sur l'absence de fondement matériel de ce qui est forgé, *iftarā* sur l'acte même de fabrication mensongère.
taʿālā ʿammā yaṣifūn
voir l'avertissement de méthode ci-dessus.

S.6:101 · Badīʿ des cieux et de la terre — nul walad, nulle ṣāḥiba

S.6:101
بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۖ أَنَّىٰ يَكُونُ لَهُ وَلَدٌ وَلَمْ تَكُنْ لَهُ صَاحِبَةٌ ۖ وَخَلَقَ كُلَّ شَيْءٍ ۖ وَهُوَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ
Badīʿu s-samāwāti wa-l-arḍi annā yakūnu lahu waladun wa-lam takun lahu ṣāḥibatun wa-khalaqa kulla shayʾin wa-huwa bi-kulli shayʾin ʿalīm Ce qui a fait exister sans modèle antérieur (badīʿ) les cieux et la terre — comment aurait-Il un walad, alors qu’Il n’a jamais eu de compagne (ṣāḥiba) ? — Il a créé toute chose, et Il est, de toute chose, connaissant.
Notes lexicales
badīʿu s-samāwāti wa-l-arḍi
racine *b-d-ʿ* — al-Farāhīdī (*Kitāb al-ʿAyn*) : faire exister une chose sans modèle antérieur qu'on aurait suivi, innover absolument. Note de linguistique pure : quatrième racine de la création rencontrée dans cette seule sourate, aux côtés de *khalaqa* (façonner selon mesure), *faṭara* (S6:79, faire exister par ouverture originelle) et *anshaʾa* (S6:98, ce Bloc, faire naître par croissance) — *badaʿa* insistant spécifiquement sur l'absence de tout précédent ou modèle que ce faire-exister aurait suivi.
annā yakūnu lahu waladun wa-lam takun lahu ṣāḥibatun
voir l'avertissement de méthode ci-dessus. *Walad* : même traitement qu'en S4:171 (Bloc X de la Sourate 4). *Ṣāḥiba*, racine *ṣ-ḥ-b* : ce qui accompagne, la compagne. Dit : le texte pose lui-même, dans la structure de sa propre question rhétorique, le lien entre l'un et l'autre terme — l'impossibilité d'un *walad* est articulée à l'absence de *ṣāḥiba*, non affirmée isolément ; cette articulation est rapportée telle que le texte la construit, sans y ajouter de développement propre.

S.6:102 · Voilà Allaah, votre Rabb — nul ilāh que Lui — wakīl sur toute chose

S.6:102
ذَٰلِكُمُ اللَّهُ رَبُّكُمْ ۖ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ۖ خَالِقُ كُلِّ شَيْءٍ فَاعْبُدُوهُ ۚ وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ وَكِيلٌ
Dhālikumu llāhu rabbukum lā ilāha illā huwa khāliqu kulli shayʾin fa-ʿbudūhu wa-huwa ʿalā kulli shayʾin wakīl Voilà Allaah, votre Rabb — nul ilāh si ce n’est Lui, créateur (khāliq) de toute chose — adorez-Le donc. Et Il est, sur toute chose, wakīl.
Notes lexicales
wa-huwa ʿalā kulli shayʾin wakīl
même racine *w-k-l* que S6:66/89 (Bloc III et IV, même sourate) et S6:107 (ce Bloc). Cohérence intra-coranique interne à la sourate : le texte a par deux fois nommément écarté le *nabī* de ce statut (« *lastu ʿalaykum bi-wakīl* », S6:66 ; repris en S6:107, ce Bloc) — ici, le même terme est au contraire affirmé pour Allaah Lui-même, sur toute chose. La sourate maintient ainsi une distinction stricte entre ce qui est refusé au porteur du message et ce qui est affirmé pour Allaah.

S.6:103 · Les vues ne Le saisissent pas — Il saisit toute vue — al-Laṭīf, al-Khabīr

Verset pivot — S6:103. Voir l’avertissement de méthode en tête de ce Bloc. Ce verset pose une négation précise (lā tudrikuhu l-abṣār, « les vues ne Le saisissent pas ») suivie d’une affirmation symétrique (wa-huwa yudriku l-abṣāra, « et c’est Lui qui saisit toute vue »). La racine du verbe employé, d-r-k, désigne dans l’usage de la langue une saisie complète, un rattrapage qui encercle entièrement son objet — un registre plus fort que le simple fait de voir (raʾā) ou d’apercevoir (abṣara, employé d’ailleurs différemment au verset suivant, S6:104, pour la clairvoyance humaine). Ce Bloc rapporte ce que ces deux verbes posent exactement — une asymétrie de saisie totale, non de simple perception — sans se prononcer sur les prolongements doctrinaux ultérieurs que ce verset a nourris dans l’histoire de la pensée islamique, qui débordent le périmètre de ce texte pris seul.

S.6:103
لَا تُدْرِكُهُ الْأَبْصَارُ وَهُوَ يُدْرِكُ الْأَبْصَارَ ۖ وَهُوَ اللَّطِيفُ الْخَبِيرُ
Lā tudrikuhu l-abṣāru wa-huwa yudriku l-abṣāra wa-huwa l-laṭīfu l-khabīr Les vues (al-abṣār) ne Le saisissent pas (lā tudrikuhu), et c’est Lui qui saisit toute vue — et Il est al-Laṭīf, al-Khabīr.
Notes lexicales
lā tudrikuhu l-abṣāru
racine *d-r-k* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : atteindre entièrement une chose, la rattraper jusqu'à son terme, l'encercler par la saisie. *Al-abṣār*, pluriel de *baṣar* : la faculté de vision, non l'œil comme organe (*ʿayn*) — le texte nomme la faculté perceptive, non l'organe physique. Voir le callout dédié ci-dessus.
al-Laṭīf
racine *l-ṭ-f* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : la finesse, ce qui pénètre jusqu'au plus ténu, jusqu'au plus imperceptible d'une chose, avec une précision qui n'omet rien. Note de méthode : pour Allaah, on évite tout adjectif impliquant un sentiment humain — *al-Laṭīf* n'est conservé qu'en translittération pour cette raison précise, le sens de la racine (la finesse de la saisie et de l'action, non une disposition affective) risquant, une fois rendu par un seul mot français usuel, de glisser vers une connotation affective.
al-Khabīr
voir S6:18/73 (Bloc I et III, même sourate) ; conservé en translittération.

Les clairvoyances venues du Rabb, suivre la révélation, ne pas insulter · S6:104–108

S.6:104 · Des clairvoyances vous sont venues — la responsabilité de voir ou de rester aveugle

S.6:104
قَدْ جَاءَكُمْ بَصَائِرُ مِنْ رَبِّكُمْ ۖ فَمَنْ أَبْصَرَ فَلِنَفْسِهِ ۖ وَمَنْ عَمِيَ فَعَلَيْهَا ۚ وَمَا أَنَا عَلَيْكُمْ بِحَفِيظٍ
Qad jāʾakum baṣāʾiru min rabbikum fa-man abṣara fa-li-nafsihi wa-man ʿamiya fa-ʿalayhā wa-mā anā ʿalaykum bi-ḥafīẓ Des clairvoyances (baṣāʾir) vous sont certes venues de votre Rabb — quiconque voit clair (abṣara), c’est pour son propre nafs ; quiconque reste aveugle (ʿamiya), c’est contre lui. Et je ne suis pas, sur vous, un gardien (ḥafīẓ).
Notes lexicales
baṣāʾiru min rabbikum
même racine *b-ṣ-r* que S6:103 (ce Bloc, *al-abṣār*) — mais ici employée pour la clairvoyance offerte à l'humain par la révélation, non pour la faculté visuelle appliquée à la saisie d'Allaah. Cohérence lexicale interne au Bloc : deux registres distincts d'une même racine, tenus séparés, comme pour d'autres racines de cette sourate (*fawqa*, *wajh*, *l-b-s*).
fa-man abṣara fa-li-nafsihi wa-man ʿamiya fa-ʿalayhā
Dit : le texte pose une responsabilité strictement individuelle — la clairvoyance ou l'aveuglement retombant sur le seul *nafs* de qui en est porteur — sans conséquence attribuée à autrui.
wa-mā anā ʿalaykum bi-ḥafīẓ
racine *ḥ-f-ẓ*, même racine que *yuḥāfiẓūn* (S6:92, ce Bloc). Cohérence intra-coranique interne à la sourate : ce même refus du statut de *ḥafīẓ* pour le *nabī* revient à l'identique en S6:107 (ce Bloc), aux côtés du refus de *wakīl* relevé en S6:66/102.

S.6:105 · Nous diversifions les āyāt — « tu as étudié »

S.6:105
وَكَذَٰلِكَ نُصَرِّفُ الْآيَاتِ وَلِيَقُولُوا دَرَسْتَ وَلِنُبَيِّنَهُ لِقَوْمٍ يَعْلَمُونَ
Wa-kadhālika nuṣarrifu l-āyāti wa-li-yaqūlū darasta wa-li-nubayyinahu li-qawmin yaʿlamūn Et ainsi Nous diversifions (nuṣarrifu) les āyāt — [de sorte] qu’ils disent : « Tu as étudié (darasta) » — et pour que Nous le rendions clair pour un peuple qui sait.
Notes lexicales
nuṣarrifu l-āyāt
même racine *ṣ-r-f* que S6:46 (Bloc III, même sourate) : faire varier, présenter sous des faces différentes.
wa-li-yaqūlū darasta
racine *d-r-s* : étudier, apprendre par la lecture répétée d'un texte déjà existant. Cohérence intra-coranique : cette accusation rapportée fait écho au thème traité dans l'étude Le nabī était-il illettré ? Étude coranique du terme ummī et à S6:25 (Bloc II, même sourate, *asāṭīru l-awwalīn*) — l'attribution du contenu révélé à un apprentissage préalable auprès d'une source déjà existante. Dit : le texte rapporte cette parole comme une accusation attribuée à autrui (« qu'ils disent »), et non comme un fait qu'il concéderait lui-même.

S.6:106 · Suis ce qui t’a été révélé — détourne-toi des mushrikūn

S.6:106
اتَّبِعْ مَا أُوحِيَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ ۖ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ۖ وَأَعْرِضْ عَنِ الْمُشْرِكِينَ
Ittabiʿ mā ūḥiya ilayka min rabbika lā ilāha illā huwa wa-aʿriḍ ʿani l-mushrikīn Suis ce qui t’a été révélé de ton Rabb — nul ilāh si ce n’est Lui — et détourne-toi (aʿriḍ) des mushrikūn.
Notes lexicales
wa-aʿriḍ ʿani l-mushrikīn
racine *ʿ-r-ḍ* (forme IV) : se détourner, s'écarter. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la portée temporelle ou la nature exacte de ce détournement (rupture de toute relation, ou simple abstention de suivre leur position) — à mettre en regard, sans les confondre, avec S6:108 (ce Bloc), qui pose une limite explicite à la façon dont cette distance doit être tenue (ne pas insulter leurs objets de culte).

S.6:107 · Si Allaah avait voulu, ils n’auraient pas commis le shirk

S.6:107
وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ مَا أَشْرَكُوا ۗ وَمَا جَعَلْنَاكَ عَلَيْهِمْ حَفِيظًا ۖ وَمَا أَنْتَ عَلَيْهِمْ بِوَكِيلٍ
Wa-law shāʾa llāhu mā ashrakū wa-mā jaʿalnāka ʿalayhim ḥafīẓan wa-mā anta ʿalayhim bi-wakīl Et si Allaah avait voulu, ils n’auraient pas commis le shirk — Nous ne t’avons pas fait, sur eux, un gardien (ḥafīẓ), et tu n’es pas, sur eux, un wakīl.
Notes lexicales
wa-law shāʾa llāhu mā ashrakū
même structure conditionnelle (*law* + accompli, hypothèse contrefactuelle) qu'en S6:35/39 (Bloc II, même sourate, à propos de la *mashīʾa* et de la guidance/l'égarement) — on s'en tient, ici comme là-bas, à ce que ce seul verset affirme, sans trancher la question plus large du rapport entre cette volonté et la responsabilité humaine.
wa-mā jaʿalnāka ʿalayhim ḥafīẓan … wa-mā anta ʿalayhim bi-wakīl
reprise conjointe, dans un même verset, des deux statuts écartés séparément pour le *nabī* ailleurs dans cette sourate (*ḥafīẓ*, S6:104, ce Bloc ; *wakīl*, S6:66, Bloc III) — voir la note de cohérence posée en S6:102 (ce Bloc).

S.6:108 · N’insultez pas ce qu’ils invoquent, de peur qu’ils n’insultent Allaah

S.6:108
وَلَا تَسُبُّوا الَّذِينَ يَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ فَيَسُبُّوا اللَّهَ عَدْوًا بِغَيْرِ عِلْمٍ ۗ كَذَٰلِكَ زَيَّنَّا لِكُلِّ أُمَّةٍ عَمَلَهُمْ ثُمَّ إِلَىٰ رَبِّهِمْ مَرْجِعُهُمْ فَيُنَبِّئُهُمْ بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Wa-lā tasubbū lladhīna yadʿūna min dūni llāhi fa-yasubbu llāha ʿadwan bi-ghayri ʿilmin kadhālika zayyannā li-kulli ummatin ʿamalahum thumma ilā rabbihim marjiʿuhum fa-yunabbiʾuhum bi-mā kānū yaʿmalūn Et n’insultez pas (lā tasubbū) ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allaah, de peur qu’ils n’insultent Allaah par hostilité (ʿadwan), sans aucun savoir. Ainsi avons-Nous rendu belle (zayyannā), pour chaque communauté (umma), son œuvre — puis c’est vers leur Rabb qu’est leur retour, et Il les informera de ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
lā tasubbū lladhīna yadʿūna min dūni llāh
racine *s-b-b* : l'insulte directe, l'invective. Dit : le texte pose une règle de conduite fondée sur une conséquence prévisible (l'insulte attirant l'insulte réciproque contre Allaah), non sur un principe de tolérance envers le contenu de ce qui est invoqué — on s'en tient à cette seule justification textuelle, sans lui en substituer une autre.
zayyannā li-kulli ummatin ʿamalahum
même racine *z-y-n* qu'en S2:212 (où l'agent de la parure reste non nommé) et S6:43 (Bloc II, même sourate, où le *shayṭān* est nommément désigné). Non-dit : ce verset-ci, comme S2:212, ne nomme pas l'agent de cette mise en beauté — il n'est pas assimilé d'office au cas de S6:43, où le texte nomme explicitement le *shayṭān*, ces deux emplois restant distincts dans ce que chacun affirme ou tait.

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