Structure du Bloc VI. Six ensembles. D’abord le serment de ceux qui promettent de croire si un signe (āya) leur venait, le retournement de leurs afʾida et de leurs regards, l’hypothèse même de signes ultimes (malāʾika descendus, morts parlant) qui ne suffirait pas sans la mashīʾa d’Allaah, et l’ennemi placé pour chaque nabī — les shayāṭīn de l’espèce humaine et des jinn, qui s’insufflent mutuellement une parole enjolivée (S6:109–113). Puis le refus de chercher un juge (ḥakam) autre qu’Allaah, le Kitāb détaillé, et l’avertissement contre la conjecture (aẓ-ẓann) et la majorité (S6:114–117). Puis la règle de l’invocation du nom d’Allaah sur ce qui est mangé, son inverse nommé fisq, et les shayāṭīn qui insufflent cette fois à leurs propres alliés humains pour qu’ils disputent (S6:118–121). Puis la parabole du mort ramené à la vie face à celui qui reste dans les ténèbres, les grands criminels de chaque cité qui y trament, la demande d’un signe comme celui donné aux rusul, et la poitrine ouverte ou resserrée selon que l’on est guidé ou égaré (S6:122–126). Puis Dār as-Salām, le jour du rassemblement des jinn et des humains ensemble, le témoignage des rusul venus des deux groupes, et l’autorité que les injustes exercent les uns sur les autres (S6:127–130, dont la clôture rejoint le début de l’ensemble suivant). Enfin le principe qu’aucune cité n’est détruite sans avertissement préalable, les rangs selon les œuvres, al-Ghanī, et la clôture — « agissez selon votre position » (S6:131–135).
Avertissement de méthode. (1) S6:111 : même l’hypothèse de preuves ultimes (malāʾika visibles, morts qui parlent) est rattachée à la mashīʾa d’Allaah — ce Bloc s’en tient, comme pour S6:35/39/107, à ce que le texte affirme, sans trancher le débat du qadar. (2) S6:125, ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fī s-samāʾ : cette image d’un effort pour monter dans le ciel qualifie la poitrine oppressée d’un être humain, non Allaah — ce point est précisé pour écarter toute confusion avec fī s-samāwāti (S6:3) et fawqa (S6:18/61), qui concernent Allaah. (3) S6:128, istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin : ce que les awliyāʾ humains des jinn déclarent avoir « mutuellement joui » n’est pas précisé dans sa forme concrète par ce seul verset — ce Bloc s’abstient d’importer une lecture extérieure (protection, service, crainte) que le texte ne fournit pas ici lui-même. (4) S6:130, rusulun minkum adressé conjointement à « l’assemblée des jinn et des humains » : ce Bloc signale, comme crux non tranché, la question de savoir si ce pluriel implique des rusul propres aux jinn ou seulement des rusul humains dont le message atteint aussi les jinn — de même nature que les cruces relevés en S5:69, S5:107, S6:84, S6:112 (variante de lecture).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.6:109 | Le serment — « les āyāt ne dépendent que d’Allaah » |
| S.6:110 | Le retournement des cœurs et des regards |
| S.6:111 | Même les signes ultimes ne suffiraient pas sans la mashīʾa d’Allaah |
| S.6:112 | L’ennemi de chaque nabī — shayāṭīn de l’ins et du jinn, parole enjolivée |
| S.6:113 | Pour que s’y inclinent les cœurs de ceux qui ne croient pas en l’Ultime |
| S.6:114 | Chercher un juge (ḥakam) autre qu’Allaah — le Kitāb détaillé |
| S.6:115 | La parole de ton Rabb s’est accomplie en vérité et en justice |
| S.6:116 | Ne pas suivre la majorité — conjecture et suppositions |
| S.6:117 | Ton Rabb sait mieux qui s’égare et qui est guidé |
| S.6:118 | Mangez de ce sur quoi le nom d’Allaah a été mentionné |
| S.6:119 | Ce qu’Il a détaillé comme interdit — l’exception de la contrainte |
| S.6:120 | Délaissez le péché apparent et son aspect caché |
| S.6:121 | Ne mangez pas de ce sur quoi le nom n’a pas été mentionné — fisq |
| S.6:122 | Le mort ramené à la vie, une lumière — face aux ténèbres |
| S.6:123 | Les grands criminels de chaque cité, qui y trament |
| S.6:124 | La demande d’un signe pareil à celui des rusul |
| S.6:125 | La poitrine ouverte à l’islām, ou resserrée et oppressée |
| S.6:126 | Ceci est le chemin droit de ton Rabb |
| S.6:127 | Dār as-Salām, auprès de leur Rabb — Il est leur walī |
| S.6:128 | Le rassemblement des jinn et des humains — « le Feu est votre séjour » |
| S.6:129 | La wilāya des injustes les uns sur les autres |
| S.6:130 | Des rusul issus de vous — le témoignage contre soi-même |
| S.6:131 | Nulle cité détruite injustement sans avertissement |
| S.6:132 | À chacun des rangs selon ce qu’il a fait |
| S.6:133 | Ton Rabb, al-Ghanī, dhū r-Raḥma |
| S.6:134 | Ce qui vous est promis va venir — nul ne peut y échapper |
| S.6:135 | « Agissez selon votre position » — l’issue de la demeure |
Le serment, le retournement des cœurs, l’ennemi de chaque nabī · S6:109–113
S.6:109 · Le serment — « les āyāt ne dépendent que d’Allaah »
- jahda aymānihim
- racine *j-h-d* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : déployer sa pleine capacité, l'effort porté à son maximum. Même racine que *jāhadū* (S2:218), mais appliquée ici à un tout autre objet : non un effort actif sur un chemin, mais l'intensité maximale mise dans la formulation d'un serment — un serment renforcé jusqu'à son degré le plus fort.
- wa-mā yushʿirukum
- racine *sh-ʿ-r* : percevoir, ressentir par les sens ou l'intuition — d'où *shuʿūr*, la perception. Dit : le texte pose une question rhétorique retournée vers l'auditeur (au pluriel, « vous ») : rien ne garantit que la venue effective d'un signe produirait la foi promise par ce serment. Non-dit : ce seul verset ne nomme pas explicitement à qui s'adresse ce « vous » — la structure grammaticale (passage du *qul* singulier à l'adresse plurielle) suit le même type de changement d'interlocuteur que celui signalé en S6:91 (Bloc V, même sourate).
S.6:110 · Le retournement des cœurs et des regards
- nuqallibu afʾidatahum
- racine *q-l-b* : faire tourner, retourner sur elle-même une chose. *Afʾida*, pluriel de *fuʾād* — organe de la compréhension et de l'affect, apparenté à *qalb* sans lui être strictement identique dans l'usage lexicographique classique (al-Farāhīdī rapproche les deux sans les confondre). Non-dit : ce verset ne détaille pas le mécanisme concret de ce retournement — il le rattache seulement, par la particule *ka-mā* (« comme »), au refus initial de croire, en position de conséquence plutôt que de cause première.
- ṭughyānihim yaʿmahūn
- *ṭughyān* : voir S2:15. *Yaʿmahūn*, racine *ʿ-m-h* : errer sans direction, comme frappé de cécité de l'orientation — à distinguer de *ʿamiya* (S6:104, Bloc V, même sourate, la cécité elle-même) : *ʿamah* porte sur l'égarement du mouvement, non sur la seule perte de la vue.
S.6:111 · Même les signes ultimes ne suffiraient pas sans la mashīʾa d’Allaah
- qubulan
- racine *q-b-l*. Note de linguistique pure : les lexicographes classiques rapportent deux lectures pour cette forme — *qubulan* (« de face, en confrontation directe, à découvert ») ou *qabalan/qibalan* selon la vocalisation (« groupe par groupe, catégorie par catégorie »). Ce Bloc retient la première lecture, la plus répandue dans l'usage attesté par *Lisān al-ʿArab*, sans effacer l'existence de l'autre — une ambiguïté purement lexicographique, signalée sans être tranchée au-delà de ce que la langue permet.
- kallamahumu l-mawtā
- *al-mawtā* ici en son sens strictement littéral (des morts qui parleraient), à la différence de la double lecture relevée en S6:36 (Bloc II, même sourate) — le contexte hypothétique de ce verset (une preuve matérielle ultime, aux côtés de *malāʾika* visibles) exclut ici la lecture figurée.
- illā an yashāʾa llāh
- même structure conditionnelle contrefactuelle qu'en S6:35/39/107 (Blocs II et V, même sourate) sur la *mashīʾa* d'Allaah rattachée à la guidance ou à l'égarement. Voir l'avertissement de méthode en tête de ce Bloc : ce verset pousse cette même affirmation à son cas le plus extrême — même des preuves matérielles jugées irréfutables par l'imagination humaine n'emporteraient pas la foi sans cette *mashīʾa*. On s'en tient à ce que le texte pose, sans trancher au-delà.
S.6:112 · L’ennemi de chaque nabī — shayāṭīn de l’ins et du jinn, parole enjolivée
- shayāṭīna l-insi wa-l-jinni
- racine *sh-y-ṭ-n*. Dit : ce verset nomme, aux côtés des *shayāṭīn* du jinn, des *shayāṭīn* pris parmi l'espèce humaine elle-même — le texte pose ainsi que l'hostilité rencontrée par tout *nabī* ne se limite pas à une seule catégorie d'être. Non-dit : le texte ne précise pas ici le critère qui fait d'un être humain un *shayṭān* en ce sens — il emploie le terme sans le définir davantage à cet endroit.
- yūḥī baʿḍuhum ilā baʿḍin
- racine *w-ḥ-y*. Point de méthode, par contraste : cette même racine désigne, dans l'usage général de la langue, toute communication rapide et discrète d'un contenu à un destinataire — elle n'est pas réservée à la révélation d'Allaah à un *nabī*, et ce verset l'emploie lui-même pour la suggestion mutuelle des *shayāṭīn*. Ce Bloc rend donc ce verbe par « s'insuffler » plutôt que par « révéler », afin de ne pas installer, par un même mot français, une confusion entre deux emplois que le texte tient lui-même pour entièrement distincts par leur sujet et leur contenu — la même racine reviendra en S6:121 (ce Bloc) pour l'inspiration des *shayāṭīn* à leurs *awliyāʾ* humains.
- zukhrufa l-qawli ghurūran
- *zukhruf*, racine *z-kh-r-f* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'ornement doré, tout ce qui est enjolivé en surface sans valeur véritable sous-jacente ; employé ici au sens figuré pour une parole séduisante par sa forme, vide quant à son fond. *Ghurūr* : même terme, même registre qu'en S4:120 (Sourate 4, Bloc VIII : « le *shayṭān* ne leur promet que tromperie »).
S.6:113 · Pour que s’y inclinent les cœurs de ceux qui ne croient pas en l’Ultime
- taṣghā
- racine *ṣ-gh-w* : pencher, incliner — notamment l'oreille vers une parole qu'on écoute avec attention.
- yaqtarifū mā hum muqtarifūn
- racine *q-r-f* : acquérir, prélever pour soi, commettre. Note de cohérence interne au Bloc : cette même racine referme la section suivante, en S6:120 (« *bi-mā kānū yaqtarifūn* »), et son résultat rejoint la fin de S6:123 et S6:124 (*yamkurūn*, tramer) — un léger écho structurel entre l'ouverture et plusieurs points d'ancrage de ce Bloc, noté sans être érigé en procédé rhétorique déterminé du texte.
Chercher un juge autre qu’Allaah, ne pas suivre la conjecture · S6:114–117
S.6:114 · Chercher un juge (ḥakam) autre qu’Allaah — le Kitāb détaillé
- a-fa-ghayra llāhi abtaghī ḥakaman
- racine *ḥ-k-m* — voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur : *ḥakam*, l'arbitre auquel on se réfère pour obtenir une décision qui s'impose, de même racine que *ḥukm*. Cette étude établit que la question, rhétorique, pose l'absurdité de chercher un autre arbitre législatif dès lors que le *Kitāb mufaṣṣal* existe déjà — lecture reprise ici.
- al-kitāba mufaṣṣalan
- même racine *f-ṣ-l* que *faṣṣalnā l-āyāt* (voir S6:97/98/105, Bloc V).
- wa-lladhīna ātaynāhumu l-kitāba yaʿlamūna annahu munazzalun … fa-lā takūnanna mina l-mumtarīn
- double précédent exact : la reconnaissance par les gens du Livre (voir S2:146 et S6:20, Bloc II, même sourate : « ils le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs propres fils ») ; et la formule de clôture *fa-lā takūnanna mina l-mumtarīn*, identique à S2:147 et S3:60 (« *al-ḥaqqu min rabbika fa-lā takunanna mina l-mumtarīn* ») — même racine *m-r-y* (le doute persistant malgré l'évidence), même fonction de clôture d'un argument fondé sur l'évidence textuelle.
S.6:115 · La parole de ton Rabb s’est accomplie en vérité et en justice
- wa-tammat kalimatu rabbika ṣidqan wa-ʿadlan
- racine *t-m-m* : parvenir à son plein achèvement, sans manque. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la référence concrète de cette « parole » — promesse, décret, ou l'ensemble de la révélation ; il affirme seulement l'accomplissement conjoint de deux qualités, *ṣidq* et *ʿadl*, sans détailler l'objet exact.
- lā mubaddila li-kalimātihi
- racine *b-d-l* : substituer, remplacer une chose par une autre — appliquée ici à la négation de toute altération possible des paroles d'Allaah par un tiers.
S.6:116 · Ne pas suivre la majorité — conjecture et suppositions
- aẓ-ẓanna … yakhruṣūn
- ce verset est analysé dans les études La minorité des croyants et Ulū l-albāb — Le noyau d'intelligence, dont l'analyse est reprise ici par cohérence : *aẓ-ẓann* nomme la conjecture, l'opinion non fondée sur un savoir établi ; *yakhruṣūn*, racine *kh-r-ṣ* — fabriquer des certitudes à partir du vide, supposer sans fondement. Le texte pose ainsi que suivre la majorité reviendrait à suivre une méthode (la conjecture), non un critère de vérité — le nombre n'étant, par ce seul verset, jamais posé comme un indice de justesse.
S.6:117 · Ton Rabb sait mieux qui s’égare et qui est guidé
- aʿlamu man yaḍillu … aʿlamu bi-l-muhtadīn
- Dit : le texte pose une connaissance symétrique des deux pôles — celui qui s'égare, celui qui est guidé — sans détailler ici le mécanisme qui mène à l'un ou à l'autre (voir S6:35/39/107 et S6:111, ce Bloc). Ce verset porte sur la connaissance qu'a Allaah de chacun, non sur la cause de cet état.
L’invocation du nom d’Allaah sur la nourriture · S6:118–121
S.6:118 · Mangez de ce sur quoi le nom d’Allaah a été mentionné
- dhukira smu llāhi ʿalayhi
- racine *dh-k-r* : mentionner, invoquer, faire venir à l'esprit par la parole. Non-dit : ce seul verset ne précise ni la formule exacte, ni le moment précis (au moment de l'abattage, ou plus largement) de cette mention — la précision rituelle (formule, geste) que le *fiqh* en tire ultérieurement relève de l'*inférence*, non de ce que ce verset affirme lui-même.
S.6:119 · Ce qu’Il a détaillé comme interdit — l’exception de la contrainte
- qad faṣṣala lakum mā ḥarrama ʿalaykum
- Non-dit : ce verset affirme qu'Allaah a détaillé ce qui est interdit, sans lui-même énumérer ici cette liste — cette énumération vient plus loin dans la sourate (S6:145, hors de ce Bloc) et rejoint S5:3 (Bloc I de la Sourate 5 : la bête morte d'elle-même, le sang, la chair de porc, ce sur quoi un autre nom qu'Allaah a été invoqué). Ce contenu n'est pas développé avant le verset qui le porte lui-même.
- yuḍillūna bi-ahwāʾihim
- *ahwāʾ*, pluriel de *hawā* : le penchant, la passion qui incline sans fondement de savoir (voir S5:77, Bloc VIII de la Sourate 5). *Al-muʿtadīn* : même terme qu'en S2:190 et S5:87 (Bloc IX de la Sourate 5).
S.6:120 · Délaissez le péché apparent et son aspect caché
- ẓāhira l-ithmi wa-bāṭinahu
- couple *ẓ-h-r* / *b-ṭ-n* : ce qui se montre à la surface, ce qui reste dissimulé en profondeur. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le contenu concret de cette distinction (actes publics contre intentions ou fautes secrètes du cœur) — il pose seulement l'exigence de délaisser l'un et l'autre, sans les définir davantage ici.
- yaqtarifūn
- voir la note de cohérence interne posée en S6:113 (ce Bloc) sur la racine *q-r-f*.
S.6:121 · Ne mangez pas de ce sur quoi le nom n’a pas été mentionné — fisq
- la-fisqun
- à rapprocher, dans le même registre alimentaire, de S5:3 (« *dhālikum fisq* », pour le tirage au sort par les flèches).
- la-yūḥūna ilā awliyāʾihim li-yujādilūkum
- même racine *w-ḥ-y* que S6:112 (ce Bloc) — voir la note posée à cet endroit. Cohérence interne au Bloc : la cible de cette insufflation change — en S6:112, les *shayāṭīn* s'insufflaient entre eux ; ici, ils insufflent à leurs *awliyāʾ* humains, pour les pousser à contester la règle alimentaire qui vient d'être posée. Dit : le texte lie explicitement l'obéissance à cet argument (*mujādala*) au *shirk* — non par le contenu doctrinal de l'argument, mais par l'acte même de suivre, sur ce point, une autre autorité que celle qu'Allaah a fait descendre. Non-dit : ce verset ne rapporte pas la teneur précise de cette *mujādala* — les formes concrètes qu'en donnent certains récits extérieurs ne sont pas importées ici.
Le mort ramené à la vie, la demande d’un signe, la poitrine ouverte ou resserrée · S6:122–126
S.6:122 · Le mort ramené à la vie, une lumière — face aux ténèbres
- man kāna maytan fa-aḥyaynāhu … nūran
- Note de linguistique pure : on rencontre ici, dans cette seule sourate, un quatrième registre distinct pour le couple *mayt/ḥayy* et *ẓulumāt/nūr* : cosmique en S6:1 (ténèbres et lumière posées à la création, Bloc I) ; à double lecture en S6:36 (« les morts », *al-mawtā*, littérale ou figurée, Bloc II) ; strictement botanique en S6:95 (le vivant tiré du grain mort, Bloc V) ; et ici, clairement figuré, pour l'état de qui reçoit la foi contre celui qui reste dans le *kufr*. Cette diversité d'emplois d'une même paire de racines est notée sans être réduite à un seul sens transversal que le texte ne pose pas lui-même.
- zuyyina li-l-kāfirīn
- même racine *z-y-n* que S6:108 (Bloc V, même sourate) et S2:212, où l'agent de cette mise en beauté reste, comme ici, non nommé — à distinguer, comme noté en S6:108, du cas où le texte nomme explicitement le *shayṭān* comme agent (S6:43, Bloc II).
S.6:123 · Les grands criminels de chaque cité, qui y trament
- akābira mujrimīhā
- *akābir*, racine *k-b-r* — la grandeur, ici au sens social du rang et de l'influence, apparentée à *istakbara* (l'orgueil ; voir S4:172–173, S6:93, Bloc V, même sourate). *Mujrimūn* : voir S6:124 (ce Bloc), entre autres. Ces deux racines sont combinées pour désigner une élite organisant le crime dans une cité.
- li-yamkurū fīhā … wa-mā yamkurūna illā bi-anfusihim
- racine *m-k-r* : tramer, comploter avec dissimulation. Note de cohérence interne au Bloc : la racine *sh-ʿ-r* (percevoir) referme ce verset (*yashʿurūn*) en écho direct à son emploi d'ouverture du Bloc, en S6:109 (*yushʿirukum*) — un même terme encadrant, à sa manière, l'ensemble de cette première moitié du Bloc, noté sans lui prêter une intention rhétorique déterminée du texte au-delà de la simple observation lexicale.
S.6:124 · La demande d’un signe pareil à celui des rusul
- ḥaythu yajʿalu risālatahu
- *risāla* : voir l'étude Nabī et Rasūl. Dit : le texte affirme qu'Allaah sait mieux où placer Sa mission, en réponse directe à l'exigence de recevoir « le pareil » de ce que les *rusul* ont reçu — sans préciser ici le critère de ce choix.
- ṣaghārun … bi-mā kānū yamkurūn
- *ṣaghār*, racine *ṣ-gh-r* : la petitesse, l'abaissement. Cohérence interne au Bloc : *yamkurūn* referme ce verset en écho direct à S6:123 (ce Bloc) — le complot des grands criminels de la cité et le complot de ceux qui exigent un signe impossible sont désignés par la même racine.
S.6:125 · La poitrine ouverte à l’islām, ou resserrée et oppressée
Point de méthode — S6:125, ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fī s-samāʾ. Cette image compare la poitrine oppressée d’un être humain à l’effort vain de qui s’efforcerait de monter dans le ciel — un simple comparant (ka-annamā, « comme si »), qui décrit une sensation humaine d’oppression, non une affirmation sur Allaah Lui-même. Ce point est précisé pour écarter toute confusion avec les expressions spatiales appliquées à Allaah (fī s-samāwāti, S6:3 ; fawqa, S6:18/61, Bloc I et III) : ici, le ciel n’est que le terme d’une image humaine, sans aucun rapport avec la question de la localisation d’Allaah.
- yashraḥ ṣadrahu
- racine *sh-r-ḥ* : ouvrir largement, disséquer pour rendre accessible et clair. Dit : cette même *mashīʾa* — vouloir guider, vouloir égarer — reprend la structure conditionnelle de S6:35/39/107/111 ; on s'en tient, ici comme là-bas, à ce que le texte affirme.
- ḍayyiqan ḥarajan ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fi s-samāʾ
- voir le callout dédié ci-dessus. *Ḥaraj*, racine *ḥ-r-j* : l'oppression, l'étroitesse extrême, l'absence d'issue.
- ar-rijsa
- même racine *r-j-s* que pour le *khamr* et le *maysir* (voir S5:90, Bloc X de la Sourate 5, qualifiés de *rijs*). Note de cohérence, par contraste : le registre change — là, un objet matériel (une substance consommée) ; ici, l'état même de l'incrédulité. L'écart de registre entre ces deux emplois d'une même racine est noté, sans les fondre en un sens unique.
S.6:126 · Ceci est le chemin droit de ton Rabb
- ṣirāṭu rabbika mustaqīman
- voir l'ouverture de la Sourate Al-Fātiḥa (Sourate 1 · S1:1–7 · Al-Ṭalab — La Requête) : *aṣ-ṣirāṭ al-mustaqīm*, « le chemin droit » — même paire de racines, ici affirmée comme un fait (« ceci est ») plutôt que demandée dans une invocation.
Dār as-Salām, le rassemblement des jinn et des humains, la wilāya des injustes · S6:127–130
S.6:127 · Dār as-Salām, auprès de leur Rabb — Il est leur walī
- dāru s-salām
- racine *s-l-m*, même famille que *islām* et *salām*. « La demeure » où la *salāma* (l'intégrité, la paix, l'absence de rupture) est acquise sans plus jamais être menacée.
- wa-huwa waliyyuhum
- racine *w-l-y* (voir S3:28, S5:51/57, Bloc VI de la Sourate 5, entre autres).
S.6:128 · Le rassemblement des jinn et des humains — « le Feu est votre séjour »
Point de méthode — S6:128, istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin. Les awliyāʾ humains des jinn déclarent avoir « mutuellement joui » les uns des autres — ce seul verset ne précise pas la forme concrète de ce bénéfice réciproque. Ce Bloc s’abstient d’importer une lecture extérieure (protection recherchée auprès des jinn, service rendu, crainte suscitée) que ce texte ne fournit pas lui-même à cet endroit ; il rapporte le terme générique employé, sans le combler.
- istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin
- voir le callout dédié ci-dessus.
- khālidīna fīhā illā mā shāʾa llāh
- la formule *khālidīna fīhā* est habituelle pour l'éternité dans le Feu ; la clause d'exception *illā mā shāʾa llāh* s'y associe ici. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la portée de cette exception — elle est rapportée sans être développée au-delà du texte.
S.6:129 · La wilāya des injustes les uns sur les autres
- nuwallī baʿḍa ẓ-ẓālimīna baʿḍan
- même racine *w-l-y* que *walī* (S6:127, ce Bloc), ici à une forme causative (« Nous faisons de l'un le *walī*/l'autorité de l'autre »). Dit : le texte rattache explicitement cette autorité mutuelle des injustes à ce qu'ils « s'acquéraient » (*kasb*) — une conséquence de leurs actes, non une imposition arbitraire, cohérente avec la question de la responsabilité suivie dans cette sourate.
S.6:130 · Des rusul issus de vous — le témoignage contre soi-même
Crux — S6:130, rusulun minkum adressé à « l’assemblée des jinn et des humains ». Ce verset s’adresse conjointement aux deux groupes (yā maʿshara l-jinni wa-l-insi) et leur rappelle que des rusul « issus de vous » (minkum, au pluriel englobant les deux) leur sont venus. Ce Bloc signale, sans le trancher, un crux grammatical et doctrinal attesté : ce pluriel implique-t-il des rusul propres aux jinn, ou seulement des rusul humains dont le message atteint aussi bien les jinn que les humains (l’écoute du qurʾān par des jinn étant par ailleurs posée ailleurs dans le corpus) ? Les deux lectures sont défendables sur la seule base grammaticale de ce verset pris isolément — de même nature que les cruces relevés en S5:69, S5:107 et S6:84.
- rusulun minkum
- voir le callout dédié ci-dessus.
- liqāʾa yawmikum hādhā
- racine *l-q-y*, même racine que *liqāʾu llāh* (S6:31, Bloc II, même sourate), où toute connotation spatiale est écartée. Précision, par contraste : l'objet de cette rencontre est ici « ce jour-ci » (*yawmikum hādhā*), non Allaah Lui-même — un emploi distinct.
- gharrat'humu l-ḥayātu d-dunyā
- à rapprocher de S3:24 (« *gharrahum fī dīnihim mā kānū yaftarūn* ») : la racine *gh-r-r* désigne un leurre par apparence engageante, ici appliqué directement à « la vie de ce monde » elle-même comme agent trompeur.
Nulle destruction sans avertissement, les rangs, al-Ghanī, la clôture · S6:131–135
S.6:131 · Nulle cité détruite injustement sans avertissement
- bi-ẓulmin wa-ahluhā ghāfilūn
- racine *gh-f-l* : l'inattention, l'état de ce qui n'a pas été averti. Dit : ce verset relie explicitement l'envoi des *rusul*, rappelé au verset précédent (S6:130, ce Bloc), à ce principe — une destruction n'intervient pas sans que l'avertissement ait d'abord été porté.
S.6:132 · À chacun des rangs selon ce qu’il a fait
- li-kullin darajātun mimmā ʿamilū
- racine *d-r-j* — voir l'étude Femmes et hommes dans le Coran : la *darajah* est toujours, dans l'usage coranique qu'elle recense (S2:228, S2:253, S3:163, S4:95, S6:83, S43:32, S46:19, S58:11), un avantage positionnel circonstanciel, jamais une différence de nature entre deux catégories d'êtres. S6:132 confirme le même usage : un rang selon l'acte accompli, non une hiérarchie ontologique.
- bi-ghāfilin
- même racine que S6:131 (ce Bloc) — écho direct entre les deux versets consécutifs, opposant l'inattention refusée aux habitants avertis (S6:131) à l'inattention niée pour Allaah Lui-même (S6:132).
S.6:133 · Ton Rabb, al-Ghanī, dhū r-Raḥma
- al-ghaniyyu
- racine *gh-n-y* (voir S2:263, Sourate 2, Bloc XI). Conservé en translittération.
- yastakhlif min baʿdikum
- même racine *kh-l-f* que *khalīfa* (S2:30, Sourate 2, Bloc II), ici à la forme causative — Allaah faisant succéder un peuple à un autre, plutôt que l'établissement d'un *khalīfa* individuel sur terre.
- anshaʾakum min dhurriyyati qawmin ākharīn
- même racine *n-sh-ʾ* que S6:98 (Bloc V, même sourate — voir la note sur les quatre racines de la création rencontrées dans cette sourate).
S.6:134 · Ce qui vous est promis va venir — nul ne peut y échapper
- wa-mā antum bi-muʿjizīn
- racine *ʿ-j-z* : l'incapacité, l'impuissance — à la forme IV (*ajʿaza*, *muʿjiz*), rendre incapable ou échapper à ce que quelqu'un d'autre poursuit.
S.6:135 · « Agissez selon votre position » — l’issue de la demeure
- ʿalā makānatikum
- racine *k-w-n* : la place, la position, l'état où l'on se tient.
- ʿāqibatu d-dār
- Non-dit : ce seul verset ne précise pas si « la demeure » (*ad-dār*) désigne ce monde ou l'*ākhira* — à rapprocher, sans les confondre, de *dār as-salām* (S6:127, ce Bloc), sans que ce verset n'établisse lui-même ce lien.
- lā yufliḥu ẓ-ẓālimūn
- formule récurrente pour clore un développement sur l'injustice — ici en clôture de ce Bloc et de l'ensemble ouvert en S6:109 sur le refus d'une preuve extérieure, retournant la question vers l'issue pratique de l'injustice plutôt que vers la preuve elle-même.