Structure du Bloc VI. Six ensembles. D’abord le serment de ceux qui promettent de croire si un signe (āya) leur venait, le retournement de leurs afʾida et de leurs regards, l’hypothèse même de signes ultimes (malāʾika descendus, morts parlant) qui ne suffirait pas sans la mashīʾa d’Allaah, et l’ennemi placé pour chaque nabī — les shayāṭīn de l’espèce humaine et des jinn, qui s’insufflent mutuellement une parole enjolivée (S6:109–113). Puis le refus de chercher un juge (ḥakam) autre qu’Allaah, le Kitāb détaillé, et l’avertissement contre la conjecture (aẓ-ẓann) et la majorité (S6:114–117). Puis la règle de l’invocation du nom d’Allaah sur ce qui est mangé, son inverse nommé fisq, et les shayāṭīn qui insufflent cette fois à leurs propres alliés humains pour qu’ils disputent (S6:118–121). Puis la parabole du mort ramené à la vie face à celui qui reste dans les ténèbres, les grands criminels de chaque cité qui y trament, la demande d’un signe comme celui donné aux rusul, et la poitrine ouverte ou resserrée selon que l’on est guidé ou égaré (S6:122–126). Puis Dār as-Salām, le jour du rassemblement des jinn et des humains ensemble, le témoignage des rusul venus des deux groupes, et l’autorité que les injustes exercent les uns sur les autres (S6:127–130, dont la clôture rejoint le début de l’ensemble suivant). Enfin le principe qu’aucune cité n’est détruite sans avertissement préalable, les rangs selon les œuvres, al-Ghanī, et la clôture — « agissez selon votre position » (S6:131–135).

Avertissement de méthode. (1) S6:111 : même l’hypothèse de preuves ultimes (malāʾika visibles, morts qui parlent) est rattachée à la mashīʾa d’Allaah — ce Bloc s’en tient, comme pour S6:35/39/107, à ce que le texte affirme, sans trancher le débat du qadar. (2) S6:125, ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fī s-samāʾ : cette image d’un effort pour monter dans le ciel qualifie la poitrine oppressée d’un être humain, non Allaah — ce point est précisé pour écarter toute confusion avec fī s-samāwāti (S6:3) et fawqa (S6:18/61), qui concernent Allaah. (3) S6:128, istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin : ce que les awliyāʾ humains des jinn déclarent avoir « mutuellement joui » n’est pas précisé dans sa forme concrète par ce seul verset — ce Bloc s’abstient d’importer une lecture extérieure (protection, service, crainte) que le texte ne fournit pas ici lui-même. (4) S6:130, rusulun minkum adressé conjointement à « l’assemblée des jinn et des humains » : ce Bloc signale, comme crux non tranché, la question de savoir si ce pluriel implique des rusul propres aux jinn ou seulement des rusul humains dont le message atteint aussi les jinn — de même nature que les cruces relevés en S5:69, S5:107, S6:84, S6:112 (variante de lecture).

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.6:109 Le serment — « les āyāt ne dépendent que d’Allaah »
S.6:110 Le retournement des cœurs et des regards
S.6:111 Même les signes ultimes ne suffiraient pas sans la mashīʾa d’Allaah
S.6:112 L’ennemi de chaque nabī — shayāṭīn de l’ins et du jinn, parole enjolivée
S.6:113 Pour que s’y inclinent les cœurs de ceux qui ne croient pas en l’Ultime
S.6:114 Chercher un juge (ḥakam) autre qu’Allaah — le Kitāb détaillé
S.6:115 La parole de ton Rabb s’est accomplie en vérité et en justice
S.6:116 Ne pas suivre la majorité — conjecture et suppositions
S.6:117 Ton Rabb sait mieux qui s’égare et qui est guidé
S.6:118 Mangez de ce sur quoi le nom d’Allaah a été mentionné
S.6:119 Ce qu’Il a détaillé comme interdit — l’exception de la contrainte
S.6:120 Délaissez le péché apparent et son aspect caché
S.6:121 Ne mangez pas de ce sur quoi le nom n’a pas été mentionné — fisq
S.6:122 Le mort ramené à la vie, une lumière — face aux ténèbres
S.6:123 Les grands criminels de chaque cité, qui y trament
S.6:124 La demande d’un signe pareil à celui des rusul
S.6:125 La poitrine ouverte à l’islām, ou resserrée et oppressée
S.6:126 Ceci est le chemin droit de ton Rabb
S.6:127 Dār as-Salām, auprès de leur Rabb — Il est leur walī
S.6:128 Le rassemblement des jinn et des humains — « le Feu est votre séjour »
S.6:129 La wilāya des injustes les uns sur les autres
S.6:130 Des rusul issus de vous — le témoignage contre soi-même
S.6:131 Nulle cité détruite injustement sans avertissement
S.6:132 À chacun des rangs selon ce qu’il a fait
S.6:133 Ton Rabb, al-Ghanī, dhū r-Raḥma
S.6:134 Ce qui vous est promis va venir — nul ne peut y échapper
S.6:135 « Agissez selon votre position » — l’issue de la demeure

Le serment, le retournement des cœurs, l’ennemi de chaque nabī · S6:109–113

S.6:109 · Le serment — « les āyāt ne dépendent que d’Allaah »

S.6:109
وَأَقْسَمُوا بِاللَّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ لَئِنْ جَاءَتْهُمْ آيَةٌ لَيُؤْمِنُنَّ بِهَا ۚ قُلْ إِنَّمَا الْآيَاتُ عِنْدَ اللَّهِ ۖ وَمَا يُشْعِرُكُمْ أَنَّهَا إِذَا جَاءَتْ لَا يُؤْمِنُونَ
Wa-aqsamū bi-llāhi jahda aymānihim la-in jāʾathum āyatun la-yuʾminunna bihā qul innamā l-āyātu ʿinda llāhi wa-mā yushʿirukum annahā idhā jāʾat lā yuʾminūn Et ils ont juré par Allaah, avec l’intensité extrême de leurs serments (jahda aymānihim), que si un signe (āya) leur venait, ils y croiraient assurément. Dis : « Les āyāt ne dépendent que d’Allaah. » Et qu’est-ce qui vous fait percevoir (yushʿirukum) que, même venu, ils n’y croiraient pas ?
Notes lexicales
jahda aymānihim
racine *j-h-d* — Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) : déployer sa pleine capacité, l'effort porté à son maximum. Même racine que *jāhadū* (S2:218), mais appliquée ici à un tout autre objet : non un effort actif sur un chemin, mais l'intensité maximale mise dans la formulation d'un serment — un serment renforcé jusqu'à son degré le plus fort.
wa-mā yushʿirukum
racine *sh-ʿ-r* : percevoir, ressentir par les sens ou l'intuition — d'où *shuʿūr*, la perception. Dit : le texte pose une question rhétorique retournée vers l'auditeur (au pluriel, « vous ») : rien ne garantit que la venue effective d'un signe produirait la foi promise par ce serment. Non-dit : ce seul verset ne nomme pas explicitement à qui s'adresse ce « vous » — la structure grammaticale (passage du *qul* singulier à l'adresse plurielle) suit le même type de changement d'interlocuteur que celui signalé en S6:91 (Bloc V, même sourate).

S.6:110 · Le retournement des cœurs et des regards

S.6:110
وَنُقَلِّبُ أَفْئِدَتَهُمْ وَأَبْصَارَهُمْ كَمَا لَمْ يُؤْمِنُوا بِهِ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَنَذَرُهُمْ فِي طُغْيَانِهِمْ يَعْمَهُونَ
Wa-nuqallibu afʾidatahum wa-abṣārahum kamā lam yuʾminū bihi awwala marratin wa-nadharuhum fī ṭughyānihim yaʿmahūn Et Nous retournons (nuqallibu) leurs afʾida et leurs regards, comme ils n’y ont pas cru la première fois — et Nous les laissons dans leur débordement (ṭughyān), errer sans direction (yaʿmahūn).
Notes lexicales
nuqallibu afʾidatahum
racine *q-l-b* : faire tourner, retourner sur elle-même une chose. *Afʾida*, pluriel de *fuʾād* — organe de la compréhension et de l'affect, apparenté à *qalb* sans lui être strictement identique dans l'usage lexicographique classique (al-Farāhīdī rapproche les deux sans les confondre). Non-dit : ce verset ne détaille pas le mécanisme concret de ce retournement — il le rattache seulement, par la particule *ka-mā* (« comme »), au refus initial de croire, en position de conséquence plutôt que de cause première.
ṭughyānihim yaʿmahūn
*ṭughyān* : voir S2:15. *Yaʿmahūn*, racine *ʿ-m-h* : errer sans direction, comme frappé de cécité de l'orientation — à distinguer de *ʿamiya* (S6:104, Bloc V, même sourate, la cécité elle-même) : *ʿamah* porte sur l'égarement du mouvement, non sur la seule perte de la vue.

S.6:111 · Même les signes ultimes ne suffiraient pas sans la mashīʾa d’Allaah

S.6:111
۞ وَلَوْ أَنَّنَا نَزَّلْنَا إِلَيْهِمُ الْمَلَائِكَةَ وَكَلَّمَهُمُ الْمَوْتَىٰ وَحَشَرْنَا عَلَيْهِمْ كُلَّ شَيْءٍ قُبُلًا مَا كَانُوا لِيُؤْمِنُوا إِلَّا أَنْ يَشَاءَ اللَّهُ وَلَٰكِنَّ أَكْثَرَهُمْ يَجْهَلُونَ
Wa-law annanā nazzalnā ilayhimu l-malāʾikata wa-kallamahumu l-mawtā wa-ḥasharnā ʿalayhim kulla shayʾin qubulan mā kānū li-yuʾminū illā an yashāʾa llāhu wa-lākinna aktharahum yajhalūn Et même si Nous avions fait descendre vers eux les malāʾika, si les morts leur avaient parlé, et si Nous avions rassemblé devant eux toute chose face à face (qubulan), ils n’auraient pas cru — sauf si Allaah l’avait voulu. Mais la plupart d’entre eux ignorent.
Notes lexicales
qubulan
racine *q-b-l*. Note de linguistique pure : les lexicographes classiques rapportent deux lectures pour cette forme — *qubulan* (« de face, en confrontation directe, à découvert ») ou *qabalan/qibalan* selon la vocalisation (« groupe par groupe, catégorie par catégorie »). Ce Bloc retient la première lecture, la plus répandue dans l'usage attesté par *Lisān al-ʿArab*, sans effacer l'existence de l'autre — une ambiguïté purement lexicographique, signalée sans être tranchée au-delà de ce que la langue permet.
kallamahumu l-mawtā
*al-mawtā* ici en son sens strictement littéral (des morts qui parleraient), à la différence de la double lecture relevée en S6:36 (Bloc II, même sourate) — le contexte hypothétique de ce verset (une preuve matérielle ultime, aux côtés de *malāʾika* visibles) exclut ici la lecture figurée.
illā an yashāʾa llāh
même structure conditionnelle contrefactuelle qu'en S6:35/39/107 (Blocs II et V, même sourate) sur la *mashīʾa* d'Allaah rattachée à la guidance ou à l'égarement. Voir l'avertissement de méthode en tête de ce Bloc : ce verset pousse cette même affirmation à son cas le plus extrême — même des preuves matérielles jugées irréfutables par l'imagination humaine n'emporteraient pas la foi sans cette *mashīʾa*. On s'en tient à ce que le texte pose, sans trancher au-delà.

S.6:112 · L’ennemi de chaque nabī — shayāṭīn de l’ins et du jinn, parole enjolivée

S.6:112
وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نَبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الْإِنْسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا ۚ وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ مَا فَعَلُوهُ ۖ فَذَرْهُمْ وَمَا يَفْتَرُونَ
Wa-kadhālika jaʿalnā li-kulli nabiyyin ʿaduwwan shayāṭīna l-insi wa-l-jinni yūḥī baʿḍuhum ilā baʿḍin zukhrufa l-qawli ghurūran wa-law shāʾa rabbuka mā faʿalūhu fa-dharhum wa-mā yaftarūn Et ainsi avons-Nous établi, pour chaque nabī, un ennemi (ʿaduww) — les shayāṭīn de l’espèce humaine (ins) et des jinn — qui s’insufflent (yūḥī) les uns aux autres une parole enjolivée (zukhruf al-qawl), en tromperie (ghurūr). Et si ton Rabb avait voulu, ils ne l’auraient pas fait — laisse-les donc, avec ce qu’ils forgent (yaftarūn).
Notes lexicales
shayāṭīna l-insi wa-l-jinni
racine *sh-y-ṭ-n*. Dit : ce verset nomme, aux côtés des *shayāṭīn* du jinn, des *shayāṭīn* pris parmi l'espèce humaine elle-même — le texte pose ainsi que l'hostilité rencontrée par tout *nabī* ne se limite pas à une seule catégorie d'être. Non-dit : le texte ne précise pas ici le critère qui fait d'un être humain un *shayṭān* en ce sens — il emploie le terme sans le définir davantage à cet endroit.
yūḥī baʿḍuhum ilā baʿḍin
racine *w-ḥ-y*. Point de méthode, par contraste : cette même racine désigne, dans l'usage général de la langue, toute communication rapide et discrète d'un contenu à un destinataire — elle n'est pas réservée à la révélation d'Allaah à un *nabī*, et ce verset l'emploie lui-même pour la suggestion mutuelle des *shayāṭīn*. Ce Bloc rend donc ce verbe par « s'insuffler » plutôt que par « révéler », afin de ne pas installer, par un même mot français, une confusion entre deux emplois que le texte tient lui-même pour entièrement distincts par leur sujet et leur contenu — la même racine reviendra en S6:121 (ce Bloc) pour l'inspiration des *shayāṭīn* à leurs *awliyāʾ* humains.
zukhrufa l-qawli ghurūran
*zukhruf*, racine *z-kh-r-f* — Ibn Manẓūr (*Lisān al-ʿArab*) : l'ornement doré, tout ce qui est enjolivé en surface sans valeur véritable sous-jacente ; employé ici au sens figuré pour une parole séduisante par sa forme, vide quant à son fond. *Ghurūr* : même terme, même registre qu'en S4:120 (Sourate 4, Bloc VIII : « le *shayṭān* ne leur promet que tromperie »).

S.6:113 · Pour que s’y inclinent les cœurs de ceux qui ne croient pas en l’Ultime

S.6:113
وَلِتَصْغَىٰ إِلَيْهِ أَفْئِدَةُ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ وَلِيَرْضَوْهُ وَلِيَقْتَرِفُوا مَا هُمْ مُقْتَرِفُونَ
Wa-li-taṣghā ilayhi afʾidatu lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati wa-li-yarḍawhu wa-li-yaqtarifū mā hum muqtarifūn Pour que s’y inclinent (taṣghā) les afʾida de ceux qui ne croient pas en l’Ultime (al-ākhira), qu’ils l’agréent, et qu’ils perpètrent (yaqtarifū) ce qu’ils perpètrent.
Notes lexicales
taṣghā
racine *ṣ-gh-w* : pencher, incliner — notamment l'oreille vers une parole qu'on écoute avec attention.
yaqtarifū mā hum muqtarifūn
racine *q-r-f* : acquérir, prélever pour soi, commettre. Note de cohérence interne au Bloc : cette même racine referme la section suivante, en S6:120 (« *bi-mā kānū yaqtarifūn* »), et son résultat rejoint la fin de S6:123 et S6:124 (*yamkurūn*, tramer) — un léger écho structurel entre l'ouverture et plusieurs points d'ancrage de ce Bloc, noté sans être érigé en procédé rhétorique déterminé du texte.

Chercher un juge autre qu’Allaah, ne pas suivre la conjecture · S6:114–117

S.6:114 · Chercher un juge (ḥakam) autre qu’Allaah — le Kitāb détaillé

S.6:114
أَفَغَيْرَ اللَّهِ أَبْتَغِي حَكَمًا وَهُوَ الَّذِي أَنْزَلَ إِلَيْكُمُ الْكِتَابَ مُفَصَّلًا ۚ وَالَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَعْلَمُونَ أَنَّهُ مُنَزَّلٌ مِنْ رَبِّكَ بِالْحَقِّ ۖ فَلَا تَكُونَنَّ مِنَ الْمُمْتَرِينَ
A-fa-ghayra llāhi abtaghī ḥakaman wa-huwa lladhī anzala ilaykumu l-kitāba mufaṣṣalan wa-lladhīna ātaynāhumu l-kitāba yaʿlamūna annahu munazzalun min rabbika bi-l-ḥaqqi fa-lā takūnanna mina l-mumtarīn Chercherais-je (abtaghī) un autre qu’Allaah comme juge (ḥakam), alors qu’Il est Ce qui a fait descendre vers vous le Kitāb en détail (mufaṣṣal) ? Et ceux à qui Nous avons donné le Kitāb savent qu’il est descendu de ton Rabb en toute vérité (bi-l-ḥaqq) — ne sois donc en aucun cas parmi ceux qui doutent (al-mumtarīn).
Notes lexicales
a-fa-ghayra llāhi abtaghī ḥakaman
racine *ḥ-k-m* — voir l'étude Le Nabī n'est pas législateur : *ḥakam*, l'arbitre auquel on se réfère pour obtenir une décision qui s'impose, de même racine que *ḥukm*. Cette étude établit que la question, rhétorique, pose l'absurdité de chercher un autre arbitre législatif dès lors que le *Kitāb mufaṣṣal* existe déjà — lecture reprise ici.
al-kitāba mufaṣṣalan
même racine *f-ṣ-l* que *faṣṣalnā l-āyāt* (voir S6:97/98/105, Bloc V).
wa-lladhīna ātaynāhumu l-kitāba yaʿlamūna annahu munazzalun … fa-lā takūnanna mina l-mumtarīn
double précédent exact : la reconnaissance par les gens du Livre (voir S2:146 et S6:20, Bloc II, même sourate : « ils le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs propres fils ») ; et la formule de clôture *fa-lā takūnanna mina l-mumtarīn*, identique à S2:147 et S3:60 (« *al-ḥaqqu min rabbika fa-lā takunanna mina l-mumtarīn* ») — même racine *m-r-y* (le doute persistant malgré l'évidence), même fonction de clôture d'un argument fondé sur l'évidence textuelle.

S.6:115 · La parole de ton Rabb s’est accomplie en vérité et en justice

S.6:115
وَتَمَّتْ كَلِمَتُ رَبِّكَ صِدْقًا وَعَدْلًا ۚ لَا مُبَدِّلَ لِكَلِمَاتِهِ ۚ وَهُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ
Wa-tammat kalimatu rabbika ṣidqan wa-ʿadlan lā mubaddila li-kalimātihi wa-huwa s-samīʿu l-ʿalīm Et la parole de ton Rabb s’est accomplie (tammat), en véracité (ṣidq) et en justice (ʿadl) — nul ne modifie (mubaddil) Ses paroles — et Il est as-Samīʿ, al-ʿAlīm.
Notes lexicales
wa-tammat kalimatu rabbika ṣidqan wa-ʿadlan
racine *t-m-m* : parvenir à son plein achèvement, sans manque. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la référence concrète de cette « parole » — promesse, décret, ou l'ensemble de la révélation ; il affirme seulement l'accomplissement conjoint de deux qualités, *ṣidq* et *ʿadl*, sans détailler l'objet exact.
lā mubaddila li-kalimātihi
racine *b-d-l* : substituer, remplacer une chose par une autre — appliquée ici à la négation de toute altération possible des paroles d'Allaah par un tiers.

S.6:116 · Ne pas suivre la majorité — conjecture et suppositions

S.6:116
وَإِنْ تُطِعْ أَكْثَرَ مَنْ فِي الْأَرْضِ يُضِلُّوكَ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ ۚ إِنْ يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَإِنْ هُمْ إِلَّا يَخْرُصُونَ
Wa-in tuṭiʿ akthara man fi l-arḍi yuḍillūka ʿan sabīli llāhi in yattabiʿūna illā ẓ-ẓanna wa-in hum illā yakhruṣūn Et si tu obéissais à la majorité de ceux qui sont sur terre, ils t’égareraient (yuḍillūka) du chemin d’Allaah — ils ne suivent que la conjecture (aẓ-ẓann), et ils ne font que supposer à tort (yakhruṣūn).
Notes lexicales
aẓ-ẓanna … yakhruṣūn
ce verset est analysé dans les études La minorité des croyants et Ulū l-albāb — Le noyau d'intelligence, dont l'analyse est reprise ici par cohérence : *aẓ-ẓann* nomme la conjecture, l'opinion non fondée sur un savoir établi ; *yakhruṣūn*, racine *kh-r-ṣ* — fabriquer des certitudes à partir du vide, supposer sans fondement. Le texte pose ainsi que suivre la majorité reviendrait à suivre une méthode (la conjecture), non un critère de vérité — le nombre n'étant, par ce seul verset, jamais posé comme un indice de justesse.

S.6:117 · Ton Rabb sait mieux qui s’égare et qui est guidé

S.6:117
إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ مَنْ يَضِلُّ عَنْ سَبِيلِهِ ۖ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ
Inna rabbaka huwa aʿlamu man yaḍillu ʿan sabīlihi wa-huwa aʿlamu bi-l-muhtadīn Ton Rabb sait certes mieux qui s’égare de Son chemin — et Il sait mieux les bien-guidés (al-muhtadīn).
Notes lexicales
aʿlamu man yaḍillu … aʿlamu bi-l-muhtadīn
Dit : le texte pose une connaissance symétrique des deux pôles — celui qui s'égare, celui qui est guidé — sans détailler ici le mécanisme qui mène à l'un ou à l'autre (voir S6:35/39/107 et S6:111, ce Bloc). Ce verset porte sur la connaissance qu'a Allaah de chacun, non sur la cause de cet état.

L’invocation du nom d’Allaah sur la nourriture · S6:118–121

S.6:118 · Mangez de ce sur quoi le nom d’Allaah a été mentionné

S.6:118
فَكُلُوا مِمَّا ذُكِرَ اسْمُ اللَّهِ عَلَيْهِ إِنْ كُنْتُمْ بِآيَاتِهِ مُؤْمِنِينَ
Fa-kulū mimmā dhukira smu llāhi ʿalayhi in kuntum bi-āyātihi muʾminīn Mangez donc de ce sur quoi le nom d’Allaah a été mentionné (dhukira smu llāhi ʿalayhi), si vous êtes croyants en Ses āyāt.
Notes lexicales
dhukira smu llāhi ʿalayhi
racine *dh-k-r* : mentionner, invoquer, faire venir à l'esprit par la parole. Non-dit : ce seul verset ne précise ni la formule exacte, ni le moment précis (au moment de l'abattage, ou plus largement) de cette mention — la précision rituelle (formule, geste) que le *fiqh* en tire ultérieurement relève de l'*inférence*, non de ce que ce verset affirme lui-même.

S.6:119 · Ce qu’Il a détaillé comme interdit — l’exception de la contrainte

S.6:119
وَمَا لَكُمْ أَلَّا تَأْكُلُوا مِمَّا ذُكِرَ اسْمُ اللَّهِ عَلَيْهِ وَقَدْ فَصَّلَ لَكُمْ مَا حَرَّمَ عَلَيْكُمْ إِلَّا مَا اضْطُرِرْتُمْ إِلَيْهِ ۗ وَإِنَّ كَثِيرًا لَيُضِلُّونَ بِأَهْوَائِهِمْ بِغَيْرِ عِلْمٍ ۗ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِالْمُعْتَدِينَ
Wa-mā lakum allā taʾkulū mimmā dhukira smu llāhi ʿalayhi wa-qad faṣṣala lakum mā ḥarrama ʿalaykum illā ma ḍṭurirtum ilayhi wa-inna kathīran la-yuḍillūna bi-ahwāʾihim bi-ghayri ʿilmin inna rabbaka huwa aʿlamu bi-l-muʿtadīn Et qu’avez-vous à ne pas manger de ce sur quoi le nom d’Allaah a été mentionné, alors qu’Il vous a détaillé (faṣṣala) ce qu’Il vous a interdit (ḥarrama) — sauf ce à quoi vous êtes contraints (ḍṭurirtum) ? Beaucoup égarent certes par leurs passions (ahwāʾ), sans savoir — ton Rabb connaît certes mieux les transgresseurs (al-muʿtadīn).
Notes lexicales
qad faṣṣala lakum mā ḥarrama ʿalaykum
Non-dit : ce verset affirme qu'Allaah a détaillé ce qui est interdit, sans lui-même énumérer ici cette liste — cette énumération vient plus loin dans la sourate (S6:145, hors de ce Bloc) et rejoint S5:3 (Bloc I de la Sourate 5 : la bête morte d'elle-même, le sang, la chair de porc, ce sur quoi un autre nom qu'Allaah a été invoqué). Ce contenu n'est pas développé avant le verset qui le porte lui-même.
yuḍillūna bi-ahwāʾihim
*ahwāʾ*, pluriel de *hawā* : le penchant, la passion qui incline sans fondement de savoir (voir S5:77, Bloc VIII de la Sourate 5). *Al-muʿtadīn* : même terme qu'en S2:190 et S5:87 (Bloc IX de la Sourate 5).

S.6:120 · Délaissez le péché apparent et son aspect caché

S.6:120
وَذَرُوا ظَاهِرَ الْإِثْمِ وَبَاطِنَهُ ۚ إِنَّ الَّذِينَ يَكْسِبُونَ الْإِثْمَ سَيُجْزَوْنَ بِمَا كَانُوا يَقْتَرِفُونَ
Wa-dharū ẓāhira l-ithmi wa-bāṭinahu inna lladhīna yaksibūna l-ithma sa-yujzawna bi-mā kānū yaqtarifūn Et délaissez le péché (ithm) apparent (ẓāhir) et son aspect caché (bāṭin) — ceux qui acquièrent (yaksibūna) le péché seront certes rétribués de ce qu’ils perpétraient (yaqtarifūn).
Notes lexicales
ẓāhira l-ithmi wa-bāṭinahu
couple *ẓ-h-r* / *b-ṭ-n* : ce qui se montre à la surface, ce qui reste dissimulé en profondeur. Non-dit : ce seul verset ne précise pas le contenu concret de cette distinction (actes publics contre intentions ou fautes secrètes du cœur) — il pose seulement l'exigence de délaisser l'un et l'autre, sans les définir davantage ici.
yaqtarifūn
voir la note de cohérence interne posée en S6:113 (ce Bloc) sur la racine *q-r-f*.

S.6:121 · Ne mangez pas de ce sur quoi le nom n’a pas été mentionné — fisq

S.6:121
وَلَا تَأْكُلُوا مِمَّا لَمْ يُذْكَرِ اسْمُ اللَّهِ عَلَيْهِ وَإِنَّهُ لَفِسْقٌ ۗ وَإِنَّ الشَّيَاطِينَ لَيُوحُونَ إِلَىٰ أَوْلِيَائِهِمْ لِيُجَادِلُوكُمْ ۖ وَإِنْ أَطَعْتُمُوهُمْ إِنَّكُمْ لَمُشْرِكُونَ
Wa-lā taʾkulū mimmā lam yudhkari smu llāhi ʿalayhi wa-innahu la-fisqun wa-inna sh-shayāṭīna la-yūḥūna ilā awliyāʾihim li-yujādilūkum wa-in aṭaʿtumūhum innakum la-mushrikūn Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom d’Allaah n’a pas été mentionné — cela est certes un fisq. Et les shayāṭīn insufflent (la-yūḥūna) certes à leurs awliyāʾ pour qu’ils disputent (li-yujādilūkum) avec vous — et si vous leur obéissiez, vous seriez certes des mushrikūn.
Notes lexicales
la-fisqun
à rapprocher, dans le même registre alimentaire, de S5:3 (« *dhālikum fisq* », pour le tirage au sort par les flèches).
la-yūḥūna ilā awliyāʾihim li-yujādilūkum
même racine *w-ḥ-y* que S6:112 (ce Bloc) — voir la note posée à cet endroit. Cohérence interne au Bloc : la cible de cette insufflation change — en S6:112, les *shayāṭīn* s'insufflaient entre eux ; ici, ils insufflent à leurs *awliyāʾ* humains, pour les pousser à contester la règle alimentaire qui vient d'être posée. Dit : le texte lie explicitement l'obéissance à cet argument (*mujādala*) au *shirk* — non par le contenu doctrinal de l'argument, mais par l'acte même de suivre, sur ce point, une autre autorité que celle qu'Allaah a fait descendre. Non-dit : ce verset ne rapporte pas la teneur précise de cette *mujādala* — les formes concrètes qu'en donnent certains récits extérieurs ne sont pas importées ici.

Le mort ramené à la vie, la demande d’un signe, la poitrine ouverte ou resserrée · S6:122–126

S.6:122 · Le mort ramené à la vie, une lumière — face aux ténèbres

S.6:122
أَوَمَنْ كَانَ مَيْتًا فَأَحْيَيْنَاهُ وَجَعَلْنَا لَهُ نُورًا يَمْشِي بِهِ فِي النَّاسِ كَمَنْ مَثَلُهُ فِي الظُّلُمَاتِ لَيْسَ بِخَارِجٍ مِنْهَا ۚ كَذَٰلِكَ زُيِّنَ لِلْكَافِرِينَ مَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
A-wa-man kāna maytan fa-aḥyaynāhu wa-jaʿalnā lahu nūran yamshī bihi fi n-nāsi ka-man mathaluhu fi ẓ-ẓulumāti laysa bi-khārijin minhā ka-dhālika zuyyina li-l-kāfirīna mā kānū yaʿmalūn Celui qui était mort (mayt), et à qui Nous avons donné la vie (aḥyaynāhu), et à qui Nous avons donné une lumière (nūr) pour marcher parmi les gens, est-il comme celui dont l’exemple (mathal) est dans les ténèbres (ẓulumāt), sans en sortir ? Ainsi a été rendu beau (zuyyina) pour les kāfirūn ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
man kāna maytan fa-aḥyaynāhu … nūran
Note de linguistique pure : on rencontre ici, dans cette seule sourate, un quatrième registre distinct pour le couple *mayt/ḥayy* et *ẓulumāt/nūr* : cosmique en S6:1 (ténèbres et lumière posées à la création, Bloc I) ; à double lecture en S6:36 (« les morts », *al-mawtā*, littérale ou figurée, Bloc II) ; strictement botanique en S6:95 (le vivant tiré du grain mort, Bloc V) ; et ici, clairement figuré, pour l'état de qui reçoit la foi contre celui qui reste dans le *kufr*. Cette diversité d'emplois d'une même paire de racines est notée sans être réduite à un seul sens transversal que le texte ne pose pas lui-même.
zuyyina li-l-kāfirīn
même racine *z-y-n* que S6:108 (Bloc V, même sourate) et S2:212, où l'agent de cette mise en beauté reste, comme ici, non nommé — à distinguer, comme noté en S6:108, du cas où le texte nomme explicitement le *shayṭān* comme agent (S6:43, Bloc II).

S.6:123 · Les grands criminels de chaque cité, qui y trament

S.6:123
وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَا فِي كُلِّ قَرْيَةٍ أَكَابِرَ مُجْرِمِيهَا لِيَمْكُرُوا فِيهَا ۖ وَمَا يَمْكُرُونَ إِلَّا بِأَنْفُسِهِمْ وَمَا يَشْعُرُونَ
Wa-kadhālika jaʿalnā fī kulli qaryatin akābira mujrimīhā li-yamkurū fīhā wa-mā yamkurūna illā bi-anfusihim wa-mā yashʿurūn Et ainsi avons-Nous établi, dans chaque cité (qarya), les grands (akābir) de ses criminels (mujrimūn), pour qu’ils y trament (yamkurū) — mais ils ne trament que contre leurs propres nafs, sans le percevoir (yashʿurūn).
Notes lexicales
akābira mujrimīhā
*akābir*, racine *k-b-r* — la grandeur, ici au sens social du rang et de l'influence, apparentée à *istakbara* (l'orgueil ; voir S4:172–173, S6:93, Bloc V, même sourate). *Mujrimūn* : voir S6:124 (ce Bloc), entre autres. Ces deux racines sont combinées pour désigner une élite organisant le crime dans une cité.
li-yamkurū fīhā … wa-mā yamkurūna illā bi-anfusihim
racine *m-k-r* : tramer, comploter avec dissimulation. Note de cohérence interne au Bloc : la racine *sh-ʿ-r* (percevoir) referme ce verset (*yashʿurūn*) en écho direct à son emploi d'ouverture du Bloc, en S6:109 (*yushʿirukum*) — un même terme encadrant, à sa manière, l'ensemble de cette première moitié du Bloc, noté sans lui prêter une intention rhétorique déterminée du texte au-delà de la simple observation lexicale.

S.6:124 · La demande d’un signe pareil à celui des rusul

S.6:124
وَإِذَا جَاءَتْهُمْ آيَةٌ قَالُوا لَنْ نُؤْمِنَ حَتَّىٰ نُؤْتَىٰ مِثْلَ مَا أُوتِيَ رُسُلُ اللَّهِ ۘ اللَّهُ أَعْلَمُ حَيْثُ يَجْعَلُ رِسَالَتَهُ ۗ سَيُصِيبُ الَّذِينَ أَجْرَمُوا صَغَارٌ عِنْدَ اللَّهِ وَعَذَابٌ شَدِيدٌ بِمَا كَانُوا يَمْكُرُونَ
Wa-idhā jāʾathum āyatun qālū lan nuʾmina ḥattā nuʾtā mithla mā ūtiya rusulu llāhi allāhu aʿlamu ḥaythu yajʿalu risālatahu sa-yuṣību lladhīna ajramū ṣaghārun ʿinda llāhi wa-ʿadhābun shadīdun bi-mā kānū yamkurūn Et quand un signe leur vient, ils disent : « Nous ne croirons pas avant qu’il nous soit donné le pareil de ce qui a été donné aux rusul d’Allaah. » Allaah sait mieux où placer Sa mission (risāla) — un abaissement (ṣaghār) auprès d’Allaah atteindra ceux qui ont commis le crime (ajramū), ainsi qu’un châtiment sévère, pour ce qu’ils tramaient (yamkurūn).
Notes lexicales
ḥaythu yajʿalu risālatahu
*risāla* : voir l'étude Nabī et Rasūl. Dit : le texte affirme qu'Allaah sait mieux où placer Sa mission, en réponse directe à l'exigence de recevoir « le pareil » de ce que les *rusul* ont reçu — sans préciser ici le critère de ce choix.
ṣaghārun … bi-mā kānū yamkurūn
*ṣaghār*, racine *ṣ-gh-r* : la petitesse, l'abaissement. Cohérence interne au Bloc : *yamkurūn* referme ce verset en écho direct à S6:123 (ce Bloc) — le complot des grands criminels de la cité et le complot de ceux qui exigent un signe impossible sont désignés par la même racine.

S.6:125 · La poitrine ouverte à l’islām, ou resserrée et oppressée

Point de méthode — S6:125, ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fī s-samāʾ. Cette image compare la poitrine oppressée d’un être humain à l’effort vain de qui s’efforcerait de monter dans le ciel — un simple comparant (ka-annamā, « comme si »), qui décrit une sensation humaine d’oppression, non une affirmation sur Allaah Lui-même. Ce point est précisé pour écarter toute confusion avec les expressions spatiales appliquées à Allaah (fī s-samāwāti, S6:3 ; fawqa, S6:18/61, Bloc I et III) : ici, le ciel n’est que le terme d’une image humaine, sans aucun rapport avec la question de la localisation d’Allaah.

S.6:125
فَمَنْ يُرِدِ اللَّهُ أَنْ يَهْدِيَهُ يَشْرَحْ صَدْرَهُ لِلْإِسْلَامِ ۖ وَمَنْ يُرِدْ أَنْ يُضِلَّهُ يَجْعَلْ صَدْرَهُ ضَيِّقًا حَرَجًا كَأَنَّمَا يَصَّعَّدُ فِي السَّمَاءِ ۚ كَذَٰلِكَ يَجْعَلُ اللَّهُ الرِّجْسَ عَلَى الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ
Fa-man yuridi llāhu an yahdiyahu yashraḥ ṣadrahu li-l-islāmi wa-man yurid an yuḍillahu yajʿal ṣadrahu ḍayyiqan ḥarajan ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fi s-samāʾi ka-dhālika yajʿalu llāhu r-rijsa ʿalā lladhīna lā yuʾminūn Celui qu’Allaah veut guider, Il lui ouvre largement (yashraḥ) la poitrine (ṣadr) à l’islām ; et celui qu’Il veut égarer, Il lui rend la poitrine étroite (ḍayyiq), oppressée (ḥaraj), comme s’il s’efforçait de monter dans le ciel. Ainsi Allaah place le rijs sur ceux qui ne croient pas.
Notes lexicales
yashraḥ ṣadrahu
racine *sh-r-ḥ* : ouvrir largement, disséquer pour rendre accessible et clair. Dit : cette même *mashīʾa* — vouloir guider, vouloir égarer — reprend la structure conditionnelle de S6:35/39/107/111 ; on s'en tient, ici comme là-bas, à ce que le texte affirme.
ḍayyiqan ḥarajan ka-annamā yaṣṣaʿʿadu fi s-samāʾ
voir le callout dédié ci-dessus. *Ḥaraj*, racine *ḥ-r-j* : l'oppression, l'étroitesse extrême, l'absence d'issue.
ar-rijsa
même racine *r-j-s* que pour le *khamr* et le *maysir* (voir S5:90, Bloc X de la Sourate 5, qualifiés de *rijs*). Note de cohérence, par contraste : le registre change — là, un objet matériel (une substance consommée) ; ici, l'état même de l'incrédulité. L'écart de registre entre ces deux emplois d'une même racine est noté, sans les fondre en un sens unique.

S.6:126 · Ceci est le chemin droit de ton Rabb

S.6:126
وَهَٰذَا صِرَاطُ رَبِّكَ مُسْتَقِيمًا ۗ قَدْ فَصَّلْنَا الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يَذَّكَّرُونَ
Wa-hādhā ṣirāṭu rabbika mustaqīman qad faṣṣalna l-āyāti li-qawmin yadhdhakkarūn Et ceci est le chemin (ṣirāṭ) de ton Rabb, droit (mustaqīm) — Nous avons certes détaillé les āyāt pour un peuple qui se rappelle (yadhdhakkarūn).
Notes lexicales
ṣirāṭu rabbika mustaqīman
voir l'ouverture de la Sourate Al-Fātiḥa (Sourate 1 · S1:1–7 · Al-Ṭalab — La Requête) : *aṣ-ṣirāṭ al-mustaqīm*, « le chemin droit » — même paire de racines, ici affirmée comme un fait (« ceci est ») plutôt que demandée dans une invocation.

Dār as-Salām, le rassemblement des jinn et des humains, la wilāya des injustes · S6:127–130

S.6:127 · Dār as-Salām, auprès de leur Rabb — Il est leur walī

S.6:127
۞ لَهُمْ دَارُ السَّلَامِ عِنْدَ رَبِّهِمْ ۖ وَهُوَ وَلِيُّهُمْ بِمَا كَانُوا يَعْمَلُونَ
Lahum dāru s-salāmi ʿinda rabbihim wa-huwa waliyyuhum bi-mā kānū yaʿmalūn À eux la demeure de la paix (dār as-salām), auprès de leur Rabb — et Il est leur walī, pour ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
dāru s-salām
racine *s-l-m*, même famille que *islām* et *salām*. « La demeure » où la *salāma* (l'intégrité, la paix, l'absence de rupture) est acquise sans plus jamais être menacée.
wa-huwa waliyyuhum
racine *w-l-y* (voir S3:28, S5:51/57, Bloc VI de la Sourate 5, entre autres).

S.6:128 · Le rassemblement des jinn et des humains — « le Feu est votre séjour »

Point de méthode — S6:128, istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin. Les awliyāʾ humains des jinn déclarent avoir « mutuellement joui » les uns des autres — ce seul verset ne précise pas la forme concrète de ce bénéfice réciproque. Ce Bloc s’abstient d’importer une lecture extérieure (protection recherchée auprès des jinn, service rendu, crainte suscitée) que ce texte ne fournit pas lui-même à cet endroit ; il rapporte le terme générique employé, sans le combler.

S.6:128
وَيَوْمَ يَحْشُرُهُمْ جَمِيعًا يَا مَعْشَرَ الْجِنِّ قَدِ اسْتَكْثَرْتُمْ مِنَ الْإِنْسِ ۖ وَقَالَ أَوْلِيَاؤُهُمْ مِنَ الْإِنْسِ رَبَّنَا اسْتَمْتَعَ بَعْضُنَا بِبَعْضٍ وَبَلَغْنَا أَجَلَنَا الَّذِي أَجَّلْتَ لَنَا ۚ قَالَ النَّارُ مَثْوَاكُمْ خَالِدِينَ فِيهَا إِلَّا مَا شَاءَ اللَّهُ ۗ إِنَّ رَبَّكَ حَكِيمٌ عَلِيمٌ
Wa-yawma yaḥshuruhum jamīʿan yā maʿshara l-jinni qadi stakthartum mina l-insi wa-qāla awliyāʾuhum mina l-insi rabbanā stamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin wa-balaghnā ajalanā lladhī ajjalta lanā qāla n-nāru mathwākum khālidīna fīhā illā mā shāʾa llāhu inna rabbaka ḥakīmun ʿalīm Et le jour où Il les rassemblera tous : « Ô assemblée des jinn (maʿshar al-jinn), vous avez certes tiré profit en abondance (istakthartum) des humains. » Et leurs awliyāʾ parmi les humains diront : « Notre Rabb, nous avons joui les uns des autres (istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin), et nous avons atteint notre terme (ajal) que Tu nous avais assigné. » Il dira : « Le Feu est votre séjour (mathwā), y demeurant — sauf ce qu’Allaah voudra. » Ton Rabb est certes Ḥakīm, ʿAlīm.
Notes lexicales
istamtaʿa baʿḍunā bi-baʿḍin
voir le callout dédié ci-dessus.
khālidīna fīhā illā mā shāʾa llāh
la formule *khālidīna fīhā* est habituelle pour l'éternité dans le Feu ; la clause d'exception *illā mā shāʾa llāh* s'y associe ici. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la portée de cette exception — elle est rapportée sans être développée au-delà du texte.

S.6:129 · La wilāya des injustes les uns sur les autres

S.6:129
وَكَذَٰلِكَ نُوَلِّي بَعْضَ الظَّالِمِينَ بَعْضًا بِمَا كَانُوا يَكْسِبُونَ
Wa-kadhālika nuwallī baʿḍa ẓ-ẓālimīna baʿḍan bi-mā kānū yaksibūn Et ainsi Nous donnons autorité (nuwallī) à certains injustes sur d’autres, pour ce qu’ils s’acquéraient (yaksibūn).
Notes lexicales
nuwallī baʿḍa ẓ-ẓālimīna baʿḍan
même racine *w-l-y* que *walī* (S6:127, ce Bloc), ici à une forme causative (« Nous faisons de l'un le *walī*/l'autorité de l'autre »). Dit : le texte rattache explicitement cette autorité mutuelle des injustes à ce qu'ils « s'acquéraient » (*kasb*) — une conséquence de leurs actes, non une imposition arbitraire, cohérente avec la question de la responsabilité suivie dans cette sourate.

S.6:130 · Des rusul issus de vous — le témoignage contre soi-même

Crux — S6:130, rusulun minkum adressé à « l’assemblée des jinn et des humains ». Ce verset s’adresse conjointement aux deux groupes (yā maʿshara l-jinni wa-l-insi) et leur rappelle que des rusul « issus de vous » (minkum, au pluriel englobant les deux) leur sont venus. Ce Bloc signale, sans le trancher, un crux grammatical et doctrinal attesté : ce pluriel implique-t-il des rusul propres aux jinn, ou seulement des rusul humains dont le message atteint aussi bien les jinn que les humains (l’écoute du qurʾān par des jinn étant par ailleurs posée ailleurs dans le corpus) ? Les deux lectures sont défendables sur la seule base grammaticale de ce verset pris isolément — de même nature que les cruces relevés en S5:69, S5:107 et S6:84.

S.6:130
يَا مَعْشَرَ الْجِنِّ وَالْإِنْسِ أَلَمْ يَأْتِكُمْ رُسُلٌ مِنْكُمْ يَقُصُّونَ عَلَيْكُمْ آيَاتِي وَيُنْذِرُونَكُمْ لِقَاءَ يَوْمِكُمْ هَٰذَا ۚ قَالُوا شَهِدْنَا عَلَىٰ أَنْفُسِنَا ۖ وَغَرَّتْهُمُ الْحَيَاةُ الدُّنْيَا وَشَهِدُوا عَلَىٰ أَنْفُسِهِمْ أَنَّهُمْ كَانُوا كَافِرِينَ
Yā maʿshara l-jinni wa-l-insi a-lam yaʾtikum rusulun minkum yaquṣṣūna ʿalaykum āyātī wa-yundhirūnakum liqāʾa yawmikum hādhā qālū shahidnā ʿalā anfusinā wa-gharrat’humu l-ḥayātu d-dunyā wa-shahidū ʿalā anfusihim annahum kānū kāfirīn « Ô assemblée des jinn et des humains, des rusul issus de vous (minkum) ne vous sont-ils pas venus, qui vous racontaient Mes āyāt et vous avertissaient de la rencontre (liqāʾ) de ce jour-ci ? » Ils diront : « Nous témoignons contre nous-mêmes (shahidnā ʿalā anfusinā). » Et la vie de ce monde les a trompés (gharrat’humu) — et ils témoignèrent contre eux-mêmes qu’ils étaient certes kāfirūn.
Notes lexicales
rusulun minkum
voir le callout dédié ci-dessus.
liqāʾa yawmikum hādhā
racine *l-q-y*, même racine que *liqāʾu llāh* (S6:31, Bloc II, même sourate), où toute connotation spatiale est écartée. Précision, par contraste : l'objet de cette rencontre est ici « ce jour-ci » (*yawmikum hādhā*), non Allaah Lui-même — un emploi distinct.
gharrat'humu l-ḥayātu d-dunyā
à rapprocher de S3:24 (« *gharrahum fī dīnihim mā kānū yaftarūn* ») : la racine *gh-r-r* désigne un leurre par apparence engageante, ici appliqué directement à « la vie de ce monde » elle-même comme agent trompeur.

Nulle destruction sans avertissement, les rangs, al-Ghanī, la clôture · S6:131–135

S.6:131 · Nulle cité détruite injustement sans avertissement

S.6:131
ذَٰلِكَ أَنْ لَمْ يَكُنْ رَبُّكَ مُهْلِكَ الْقُرَىٰ بِظُلْمٍ وَأَهْلُهَا غَافِلُونَ
Dhālika allam yakun rabbuka muhlika l-qurā bi-ẓulmin wa-ahluhā ghāfilūn Cela, parce que ton Rabb ne détruit pas (muhlik) les cités injustement, alors que leurs habitants seraient sans avertissement (ghāfilūn).
Notes lexicales
bi-ẓulmin wa-ahluhā ghāfilūn
racine *gh-f-l* : l'inattention, l'état de ce qui n'a pas été averti. Dit : ce verset relie explicitement l'envoi des *rusul*, rappelé au verset précédent (S6:130, ce Bloc), à ce principe — une destruction n'intervient pas sans que l'avertissement ait d'abord été porté.

S.6:132 · À chacun des rangs selon ce qu’il a fait

S.6:132
وَلِكُلٍّ دَرَجَاتٌ مِمَّا عَمِلُوا ۚ وَمَا رَبُّكَ بِغَافِلٍ عَمَّا يَعْمَلُونَ
Wa-li-kullin darajātun mimmā ʿamilū wa-mā rabbuka bi-ghāfilin ʿammā yaʿmalūn Et à chacun des rangs (darajāt) selon ce qu’ils ont fait — et ton Rabb n’est pas sans avertissement (ghāfil) de ce qu’ils font.
Notes lexicales
li-kullin darajātun mimmā ʿamilū
racine *d-r-j* — voir l'étude Femmes et hommes dans le Coran : la *darajah* est toujours, dans l'usage coranique qu'elle recense (S2:228, S2:253, S3:163, S4:95, S6:83, S43:32, S46:19, S58:11), un avantage positionnel circonstanciel, jamais une différence de nature entre deux catégories d'êtres. S6:132 confirme le même usage : un rang selon l'acte accompli, non une hiérarchie ontologique.
bi-ghāfilin
même racine que S6:131 (ce Bloc) — écho direct entre les deux versets consécutifs, opposant l'inattention refusée aux habitants avertis (S6:131) à l'inattention niée pour Allaah Lui-même (S6:132).

S.6:133 · Ton Rabb, al-Ghanī, dhū r-Raḥma

S.6:133
وَرَبُّكَ الْغَنِيُّ ذُو الرَّحْمَةِ ۚ إِنْ يَشَأْ يُذْهِبْكُمْ وَيَسْتَخْلِفْ مِنْ بَعْدِكُمْ مَا يَشَاءُ كَمَا أَنْشَأَكُمْ مِنْ ذُرِّيَّةِ قَوْمٍ آخَرِينَ
Wa-rabbuka l-ghaniyyu dhu r-raḥmati in yashaʾ yudhhibkum wa-yastakhlif min baʿdikum mā yashāʾu kamā anshaʾakum min dhurriyyati qawmin ākharīn Et ton Rabb est al-Ghanī, détenteur de la raḥma (dhū r-raḥma) — s’Il voulait, Il vous ferait disparaître et ferait succéder (yastakhlif) après vous ce qu’Il veut, comme Il vous a fait naître (anshaʾakum) de la descendance (dhurriyya) d’un autre peuple.
Notes lexicales
al-ghaniyyu
racine *gh-n-y* (voir S2:263, Sourate 2, Bloc XI). Conservé en translittération.
yastakhlif min baʿdikum
même racine *kh-l-f* que *khalīfa* (S2:30, Sourate 2, Bloc II), ici à la forme causative — Allaah faisant succéder un peuple à un autre, plutôt que l'établissement d'un *khalīfa* individuel sur terre.
anshaʾakum min dhurriyyati qawmin ākharīn
même racine *n-sh-ʾ* que S6:98 (Bloc V, même sourate — voir la note sur les quatre racines de la création rencontrées dans cette sourate).

S.6:134 · Ce qui vous est promis va venir — nul ne peut y échapper

S.6:134
إِنَّ مَا تُوعَدُونَ لَآتٍ ۖ وَمَا أَنْتُمْ بِمُعْجِزِينَ
Inna mā tūʿadūna la-ātin wa-mā antum bi-muʿjizīn Ce qui vous est promis (tūʿadūn) va certes venir — et vous n’êtes pas de ceux qui peuvent y échapper (bi-muʿjizīn).
Notes lexicales
wa-mā antum bi-muʿjizīn
racine *ʿ-j-z* : l'incapacité, l'impuissance — à la forme IV (*ajʿaza*, *muʿjiz*), rendre incapable ou échapper à ce que quelqu'un d'autre poursuit.

S.6:135 · « Agissez selon votre position » — l’issue de la demeure

S.6:135
قُلْ يَا قَوْمِ اعْمَلُوا عَلَىٰ مَكَانَتِكُمْ إِنِّي عَامِلٌ ۖ فَسَوْفَ تَعْلَمُونَ مَنْ تَكُونُ لَهُ عَاقِبَةُ الدَّارِ ۗ إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الظَّالِمُونَ
Qul yā qawmi ʿmalū ʿalā makānatikum innī ʿāmilun fa-sawfa taʿlamūna man takūnu lahu ʿāqibatu d-dāri innahu lā yufliḥu ẓ-ẓālimūn Dis : « Ô mon peuple, agissez selon votre position (makāna) — moi aussi j’agis. Vous saurez bientôt à qui revient l’issue ultime de la demeure (ʿāqibat ad-dār). » Les injustes, certes, ne réussissent pas (lā yufliḥu ẓ-ẓālimūn).
Notes lexicales
ʿalā makānatikum
racine *k-w-n* : la place, la position, l'état où l'on se tient.
ʿāqibatu d-dār
Non-dit : ce seul verset ne précise pas si « la demeure » (*ad-dār*) désigne ce monde ou l'*ākhira* — à rapprocher, sans les confondre, de *dār as-salām* (S6:127, ce Bloc), sans que ce verset n'établisse lui-même ce lien.
lā yufliḥu ẓ-ẓālimūn
formule récurrente pour clore un développement sur l'injustice — ici en clôture de ce Bloc et de l'ensemble ouvert en S6:109 sur le refus d'une preuve extérieure, retournant la question vers l'issue pratique de l'injustice plutôt que vers la preuve elle-même.

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