Structure du Bloc VII — dernier Bloc de la Sourate 6. Six ensembles. D’abord les pratiques préislamiques autour du bétail et de la culture : la part attribuée aux shurakāʾ, les tabous alimentaires arbitraires (ḥijr, dos interdits, bétail sans invocation du nom d’Allaah), et l’infanticide par légèreté d’esprit et absence de savoir (S6:136–140). Puis ce que Ce qui a fait véritablement exister les jardins et le bétail a établi — le dû de la récolte, l’interdiction du gaspillage, contre l’arbitraire des huit couples et la liste réelle des interdits, dont celle propre aux Banū Isrāʾīl (S6:141–146). Puis la réponse à la dénégation : la raḥma vaste, l’excuse fataliste rejetée faute de savoir, le défi de produire des témoins (S6:147–150). Puis le grand passage éthique, dix prescriptions et interdits reliés par une même clôture répétée trois fois — « cela, Il vous l’a enjoint » (S6:151–153). Puis le rappel du Kitāb de Mūsā, ce Kitāb-ci béni, la réfutation des excuses invoquées par avance, le jour où certains āyāt ultimes de ton Rabb surviennent et où la foi tardive ne sert plus à rien, la division en sectes, et la rétribution proportionnée (S6:154–160). Enfin la clôture de la sourate : la milla d’Ibrāhīm en ḥanīf, la ṣalāt, le rite, la vie et la mort remis à Allaah seul, nul associé, la responsabilité strictement individuelle, et le dernier verset — khalāʾif de la terre, rangs, Ce qui est prompt dans la rétribution et certes Ghafūr, Raḥīm (S6:161–165).

Avertissement de méthode. (1) S6:146 : la loi alimentaire imposée aux Banū Isrāʾīl est présentée comme une rétribution pour leur baghy — ce seul verset ne narre pas la teneur concrète de ce baghy ; ce Bloc s’en tient à ce qu’il affirme, sans importer de récit extérieur. (2) S6:154, tamāman ʿalā lladhī aḥsan : crux grammatical non tranché sur l’antécédent, de même nature que ceux relevés en S5:69, S5:107, S6:84. (3) S6:158, aw yaʾtiya rabbuka : ce verset applique littéralement à Allaah un verbe de survenue (atā), comme S2:210 (« qu’Allaah leur vienne dans des ombres de nuées »). Ce point est traité avec la même rigueur que yad Allaah (S5:64), wajhu llāh (S6:52) et le verset pivot S6:103 — voir le callout dédié à cet endroit, qui nomme le crux grammatical (sujet littéral ou amr elliptique). (4) S6:163, awwalu l-muslimīn : la portée exacte de « premier » (absolument, ou parmi son peuple) n’est pas précisée par ce seul verset — signalé sans trancher.

Sommaire du bloc

Réf. Titre thématique
S.6:136 La part attribuée aux shurakāʾ, par prétention
S.6:137 L’infanticide rendu beau par les shurakāʾ
S.6:138 Bétail et culture déclarés ḥijr par prétention
S.6:139 Le partage arbitraire selon le sexe, sauf si mort-né
S.6:140 Perdants, ceux qui ont tué leurs enfants par légèreté
S.6:141 Ce qui a fait exister jardins et fruits — le dû de la récolte, ne pas gaspiller
S.6:142 Bêtes de charge et de petit élevage — ne pas suivre les pas du shayṭān
S.6:143 Les huit couples — le défi rhétorique (ovins, caprins)
S.6:144 Le même défi (camélidés, bovins) — qui est plus injuste ?
S.6:145 Ce que je trouve réellement interdit — écho à S5:3
S.6:146 L’interdiction propre aux Banū Isrāʾīl, rétribution d’un baghy
S.6:147 Une raḥma vaste, une rigueur qui n’est pas repoussée
S.6:148 L’excuse fataliste des mushrikūn — conjecture, non savoir
S.6:149 L’argument décisif appartient à Allaah
S.6:150 Le défi des témoins — ne pas suivre les ahwāʾ
S.6:151 Le grand passage éthique (I) — shirk, parents, enfants, fawāḥish, la vie
S.6:152 Le grand passage éthique (II) — bien de l’orphelin, mesure, parole, pacte
S.6:153 Le grand passage éthique (III) — le chemin unique contre les sentiers
S.6:154 Le Kitāb donné à Mūsā — tamāman ʿalā lladhī aḥsan
S.6:155 Ce Kitāb-ci, béni — suivez-le
S.6:156 Réfutation anticipée — « seulement deux communautés avant nous »
S.6:157 Réfutation anticipée — « nous aurions été mieux guidés »
S.6:158 Le jour où les āyāt ultimes surviennent — la foi tardive inutile
S.6:159 Ceux qui ont divisé leur dīn en sectes
S.6:160 La rétribution proportionnée — dix pour une, une pour une
S.6:161 La milla d’Ibrāhīm, ḥanīf — le chemin droit
S.6:162 Ma ṣalāt, mon rite, ma vie, ma mort, pour Allaah
S.6:163 Nul associé — premier des muslimūn
S.6:164 Chaque nafs pour elle-même — nulle âme ne porte le fardeau d’une autre
S.6:165 Khalāʾif de la terre, rangs — prompt en rétribution, Ghafūr, Raḥīm

Les pratiques préislamiques autour du bétail et de la culture · S6:136–140

S.6:136 · La part attribuée aux shurakāʾ, par prétention

S.6:136
وَجَعَلُوا لِلَّهِ مِمَّا ذَرَأَ مِنَ الْحَرْثِ وَالْأَنْعَامِ نَصِيبًا فَقَالُوا هَٰذَا لِلَّهِ بِزَعْمِهِمْ وَهَٰذَا لِشُرَكَائِنَا ۖ فَمَا كَانَ لِشُرَكَائِهِمْ فَلَا يَصِلُ إِلَى اللَّهِ ۖ وَمَا كَانَ لِلَّهِ فَهُوَ يَصِلُ إِلَىٰ شُرَكَائِهِمْ ۗ سَاءَ مَا يَحْكُمُونَ
Wa-jaʿalū li-llāhi mimmā dharaʾa mina l-ḥarthi wa-l-anʿāmi naṣīban fa-qālū hādhā li-llāhi bi-zaʿmihim wa-hādhā li-shurakāʾinā fa-mā kāna li-shurakāʾihim fa-lā yaṣilu ilā llāhi wa-mā kāna li-llāhi fa-huwa yaṣilu ilā shurakāʾihim sāʾa mā yaḥkumūn Et ils ont établi pour Allaah, de ce qu’Il a fait proliférer (dharaʾa) par la culture et le bétail, une part (naṣīb) — et ils ont dit, selon leur prétention (bi-zaʿmihim) : « Ceci pour Allaah, et ceci pour nos associés (shurakāʾ). » Ce qui revient à leurs associés ne parvient pas (lā yaṣilu) à Allaah ; mais ce qui revient à Allaah, cela parvient à leurs associés. Combien est mauvais ce qu’ils jugent (yaḥkumūn) !
Notes lexicales
dharaʾa
racine *dh-r-ʾ* : Ibn Fāris (*Maqāyīs al-Lugha*) — fondamentalement, l'idée de multiplier, de répandre en engendrant en grand nombre. Cinquième racine de création rencontrée dans cette sourate, après *khalaqa*, *faṭara*, *anshaʾa* et *badīʿ* (voir S6:101, Bloc V) — celle-ci porte plus précisément sur la prolifération, la mise au monde en abondance, qu'il s'agisse de la culture ou du bétail ici, ou des êtres vivants en général ailleurs dans le corpus.
bi-zaʿmihim
racine *z-ʿ-m* : une affirmation avancée sans fondement solide, une prétention — à distinguer de *qāla* (dire, neutre). Note de cohérence interne au Bloc : ce terme revient en S6:138 (ce Bloc) — le texte signale ainsi, à plusieurs reprises, que ces répartitions religieuses ne relèvent pas d'un savoir mais d'une simple prétention.
shurakāʾinā
racine *sh-r-k* : voir l'étude Le Shirk — Définition coranique et étendue réelle, et S4:48, S5:72–73/75/77, entre autres. Non-dit : ce seul verset ne précise pas la nature exacte de ces « associés » (idoles, entités intermédiaires, ancêtres élevés au rang d'objets de culte) — il nomme la structure du partage religieux qu'ils leur attribuent, sans en détailler l'identité.

S.6:137 · L’infanticide rendu beau par les shurakāʾ

S.6:137
وَكَذَٰلِكَ زَيَّنَ لِكَثِيرٍ مِنَ الْمُشْرِكِينَ قَتْلَ أَوْلَادِهِمْ شُرَكَاؤُهُمْ لِيُرْدُوهُمْ وَلِيَلْبِسُوا عَلَيْهِمْ دِينَهُمْ ۖ وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ مَا فَعَلُوهُ ۖ فَذَرْهُمْ وَمَا يَفْتَرُونَ
Wa-kadhālika zayyana li-kathīrin mina l-mushrikīna qatla awlādihim shurakāʾuhum li-yurdūhum wa-li-yalbisū ʿalayhim dīnahum wa-law shāʾa llāhu mā faʿalūhu fa-dharhum wa-mā yaftarūn Et ainsi leurs associés (shurakāʾ) ont rendu belle (zayyana), pour beaucoup de mushrikūn, la mise à mort de leurs enfants — pour les perdre (li-yurdūhum) et pour brouiller (li-yalbisū) sur eux leur dīn. Et si Allaah avait voulu, ils ne l’auraient pas fait — laisse-les donc, avec ce qu’ils forgent (yaftarūn).
Notes lexicales
zayyana … shurakāʾuhum
même racine *z-y-n* que S6:108/122 (Bloc V et VI). Dit : l'agent de cette mise en beauté est ici explicitement nommé — les *shurakāʾ* eux-mêmes — à la différence des emplois passifs notés en S6:108/122 (agent non nommé) et de l'emploi où le *shayṭān* est nommé (S6:43, Bloc II). Non-dit : le texte n'explicite pas si ces « associés » agissent ici comme entités actives ou comme la coutume religieuse instituée en leur nom — l'ambiguïté relevée en S6:136 (ce Bloc) sur l'identité des *shurakāʾ* se prolonge.
li-yurdūhum
racine *r-d-y* : faire tomber, ruiner, perdre — à ne pas confondre avec la racine proche *r-ḍ-y* (*raḍiya*, agréer, être satisfait ; voir S5:119, Bloc XI de la Sourate 5). Deux racines distinctes, de graphie et de sonorité voisines en français, distinguées explicitement pour éviter toute confusion.
li-yalbisū ʿalayhim dīnahum
racine *l-b-s*, au sens de mélanger, brouiller, rendre confus — homonyme de la racine du vêtement (*libās*, S2:187, sens distinct).

S.6:138 · Bétail et culture déclarés ḥijr par prétention

S.6:138
وَقَالُوا هَٰذِهِ أَنْعَامٌ وَحَرْثٌ حِجْرٌ لَا يَطْعَمُهَا إِلَّا مَنْ نَشَاءُ بِزَعْمِهِمْ وَأَنْعَامٌ حُرِّمَتْ ظُهُورُهَا وَأَنْعَامٌ لَا يَذْكُرُونَ اسْمَ اللَّهِ عَلَيْهَا افْتِرَاءً عَلَيْهِ ۚ سَيَجْزِيهِمْ بِمَا كَانُوا يَفْتَرُونَ
Wa-qālū hādhihi anʿāmun wa-ḥarthun ḥijrun lā yaṭʿamuhā illā man nashāʾu bi-zaʿmihim wa-anʿāmun ḥurrimat ẓuhūruhā wa-anʿāmun lā yadhkurūna sma llāhi ʿalayhā iftirāʾan ʿalayhi sa-yajzīhim bi-mā kānū yaftarūn Et ils dirent : « Ceci est du bétail et de la culture protégés (ḥijr) — n’en mange que qui nous voulons », selon leur prétention. Et du bétail dont le dos a été déclaré interdit (ḥurrimat ẓuhūruhā), et du bétail sur lequel ils ne mentionnent pas le nom d’Allaah — invention (iftirāʾ) contre Lui. Il les rétribuera pour ce qu’ils inventaient.
Notes lexicales
ḥijrun
racine *ḥ-j-r* : ce qui est enclos, mis à part, interdit d'accès — même racine que *ḥajara* (interdire) et *ḥijr* (le giron, l'enclos), apparentée par le sens à *ḥarām* sans lui être identique dans la structure lexicale.
ḥurrimat ẓuhūruhā … lā yadhkurūna sma llāhi ʿalayhā
Dit : le texte nomme trois catégories distinctes de bétail frappées de tabous religieux inventés (accès restreint, dos interdit à la monte/au portage, absence délibérée d'invocation du nom d'Allaah) — les trois qualifiées ensemble d'*iftirāʾ*. Voir S6:145 (ce Bloc) pour ce que le texte, par contraste, reconnaît comme réellement interdit.

S.6:139 · Le partage arbitraire selon le sexe, sauf si mort-né

S.6:139
وَقَالُوا مَا فِي بُطُونِ هَٰذِهِ الْأَنْعَامِ خَالِصَةٌ لِذُكُورِنَا وَمُحَرَّمٌ عَلَىٰ أَزْوَاجِنَا ۖ وَإِنْ يَكُنْ مَيْتَةً فَهُمْ فِيهِ شُرَكَاءُ ۚ سَيَجْزِيهِمْ وَصْفَهُمْ ۚ إِنَّهُ حَكِيمٌ عَلِيمٌ
Wa-qālū mā fī buṭūni hādhihi l-anʿāmi khāliṣatun li-dhukūrinā wa-muḥarramun ʿalā azwājinā wa-in yakun maytatan fa-hum fīhi shurakāʾu sa-yajzīhim waṣfahum innahu ḥakīmun ʿalīm Et ils dirent : « Ce qui est dans les ventres de ce bétail est réservé exclusivement (khāliṣatun) à nos mâles, et interdit à nos épouses. » Mais si cela naît mort (maytatan), ils y sont tous associés. Il les rétribuera pour leur qualification (waṣfahum) — Ce qui est Ḥakīm, ʿAlīm.
Notes lexicales
khāliṣatun li-dhukūrinā
racine *kh-l-ṣ* : ce qui est purifié, réservé sans mélange. Dit : le texte relève lui-même l'incohérence de la règle rapportée (réservée aux mâles, sauf en cas de naissance sans vie, où la restriction s'efface) — une observation de logique interne, non une règle imposée par le texte.
sa-yajzīhim waṣfahum
racine *w-ṣ-f* : décrire, qualifier, attribuer un caractère à une chose. Non-dit : ce seul verset ne détaille pas la nature du châtiment — il annonce seulement que la rétribution porte sur l'acte même de qualifier ainsi (*waṣf*), c'est-à-dire d'attribuer à Allaah une prescription qu'Il n'a pas énoncée.

S.6:140 · Perdants, ceux qui ont tué leurs enfants par légèreté

S.6:140
قَدْ خَسِرَ الَّذِينَ قَتَلُوا أَوْلَادَهُمْ سَفَهًا بِغَيْرِ عِلْمٍ وَحَرَّمُوا مَا رَزَقَهُمُ اللَّهُ افْتِرَاءً عَلَى اللَّهِ ۚ قَدْ ضَلُّوا وَمَا كَانُوا مُهْتَدِينَ
Qad khasira lladhīna qatalū awlādahum safahan bi-ghayri ʿilmin wa-ḥarramū mā razaqahumu llāhu iftirāʾan ʿalā llāhi qad ḍallū wa-mā kānū muhtadīn Ils sont certes perdants (khasira), ceux qui ont tué leurs enfants par légèreté d’esprit (safahan), sans savoir — et qui ont interdit ce qu’Allaah leur a attribué comme subsistance (razaqahumu), invention contre Allaah. Ils se sont certes égarés, et n’étaient pas bien-guidés.
Notes lexicales
khasira
même racine que *khusrānan mubīnā* (S4:119, Sourate 4, Bloc VIII), repris en S6:31 (Bloc II, même sourate — *khasira lladhīna kadhdhabū bi-liqāʾi llāh*). Précédent direct au sein de cette même sourate.
safahan
racine *s-f-h* : légèreté d'esprit, faiblesse de jugement, absence de retenue rationnelle — non l'ignorance simple (*jahl*), mais un défaut de discernement. Note de cohérence interne au Bloc : ce verset ferme la première section en nommant explicitement, comme cause de l'infanticide, la *safah* « sans savoir » — reliant ainsi les cinq versets d'ouverture (S6:136–140) sous un même diagnostic : des pratiques fondées sur la prétention (*zaʿm*) et l'absence de savoir (*bi-ghayri ʿilm*), non sur ce qu'Allaah a réellement prescrit.

Ce qui a fait exister jardins et bétail, contre l’arbitraire · S6:141–146

S.6:141 · Ce qui a fait exister jardins et fruits — le dû de la récolte, ne pas gaspiller

S.6:141
۞ وَهُوَ الَّذِي أَنْشَأَ جَنَّاتٍ مَعْرُوشَاتٍ وَغَيْرَ مَعْرُوشَاتٍ وَالنَّخْلَ وَالزَّرْعَ مُخْتَلِفًا أُكُلُهُ وَالزَّيْتُونَ وَالرُّمَّانَ مُتَشَابِهًا وَغَيْرَ مُتَشَابِهٍ ۚ كُلُوا مِنْ ثَمَرِهِ إِذَا أَثْمَرَ وَآتُوا حَقَّهُ يَوْمَ حَصَادِهِ ۖ وَلَا تُسْرِفُوا ۚ إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُسْرِفِينَ
Wa-huwa lladhī anshaʾa jannātin maʿrūshātin wa-ghayra maʿrūshātin wa-n-nakhla wa-z-zarʿa mukhtalifan ukuluhu wa-z-zaytūna wa-r-rummāna mutashābihan wa-ghayra mutashābihin kulū min thamarihi idhā athmara wa-ātū ḥaqqahu yawma ḥaṣādihi wa-lā tusrifū innahu lā yuḥibbu l-musrifīn Et Ce qui a fait exister (anshaʾa) des jardins treillagés (maʿrūshāt) et non treillagés, le palmier, la culture aux fruits (ukul) variés, l’olivier et le grenadier, se ressemblant et ne se ressemblant pas — mangez de son fruit quand il fructifie, et donnez son dû (ḥaqqahu) le jour de sa récolte (yawma ḥaṣādihi) — et ne gaspillez pas (lā tusrifū) : Il n’honore pas (lā yuḥibbu) les gaspilleurs (al-musrifīn).
Notes lexicales
maʿrūshātin
racine *ʿ-r-sh* : ce qui est porté sur une structure surélevée (treillage, tonnelle), par opposition à ce qui pousse librement à même le sol ou en hauteur sans support (le palmier).
mutashābihan wa-ghayra mutashābih
même racine *sh-b-h* que *muḥkamāt/mutashābihāt* (S3:7 ; voir l'étude Muḥkam et Mutashābih). Note de cohérence, par contraste de registre : l'emploi ici est strictement botanique (des feuillages ou des fruits qui se ressemblent sans être identiques), distinct du registre herméneutique de S3:7 — un sixième registre s'ajoutant à la diversité notée pour d'autres paires de racines dans cette sourate (voir S6:122, Bloc VI, sur *mayt/ḥayy* et *ẓulumāt/nūr*).
ātū ḥaqqahu yawma ḥaṣādihi
Dit : le texte fixe le déclencheur de ce dû comme le jour même de la récolte (*yawma ḥaṣādihi*) — non une date calendaire, mais l'acte de réception du bien. Non-dit : ni le montant ni le taux de ce *ḥaqq* ne sont précisés par ce seul verset — la fixité d'un taux (2,5 %, par exemple) relève de constructions ultérieures étrangères à ce texte, comme le relève l'étude La simplicité de la Zakāt, qui cite ce verset.
lā yuḥibbu l-musrifīn
racine *s-r-f* (excès, gaspillage ; voir S4:6 et S3:147, invocation des croyants). *Yuḥibbu*, racine *ḥ-b-b* : lorsqu'Allaah est concerné, le verbe est rendu par « honorer » (comme en S2:190, S5:87 : « Allaah n'honore pas… »), ce qui évite de projeter sur ce qui est dit d'Allaah un sentiment de type humain ; la forme arabe est donnée entre parenthèses dans la traduction.

S.6:142 · Bêtes de charge et de petit élevage — ne pas suivre les pas du shayṭān

S.6:142
وَمِنَ الْأَنْعَامِ حَمُولَةً وَفَرْشًا ۚ كُلُوا مِمَّا رَزَقَكُمُ اللَّهُ وَلَا تَتَّبِعُوا خُطُوَاتِ الشَّيْطَانِ ۚ إِنَّهُ لَكُمْ عَدُوٌّ مُبِينٌ
Wa-mina l-anʿāmi ḥamūlatan wa-farshan kulū mimmā razaqakumu llāhu wa-lā tattabiʿū khuṭuwāti sh-shayṭāni innahu lakum ʿaduwwun mubīn Et parmi le bétail, des bêtes de charge (ḥamūla) et du petit élevage (farsh) — mangez de ce qu’Allaah vous a attribué comme subsistance, et ne suivez pas les pas (khuṭuwāt) du shayṭān : il est pour vous un ennemi déclaré.
Notes lexicales
ḥamūlatan wa-farshan
*ḥamūla*, racine *ḥ-m-l* : bêtes de somme, de charge et de transport (chameaux). *Farsh*, littéralement « ce qui est étalé bas » : le petit bétail, proche du sol. Distinction lexicographique classique entre les deux catégories, sans équivalent français en un seul mot pour chacune — rendues ici par des groupes de mots plutôt que par un terme unique.
khuṭuwāti sh-shayṭān
voir S2:168, S2:208 (Sourate 2) : le pas, l'enjambée — une progression graduelle, non un saut soudain.

S.6:143 · Les huit couples — le défi rhétorique (ovins, caprins)

S.6:143
ثَمَانِيَةَ أَزْوَاجٍ ۖ مِنَ الضَّأْنِ اثْنَيْنِ وَمِنَ الْمَعْزِ اثْنَيْنِ ۗ قُلْ آلذَّكَرَيْنِ حَرَّمَ أَمِ الْأُنْثَيَيْنِ أَمَّا اشْتَمَلَتْ عَلَيْهِ أَرْحَامُ الْأُنْثَيَيْنِ ۖ نَبِّئُونِي بِعِلْمٍ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ
Thamāniyata azwājin mina ḍ-ḍaʾni thnayni wa-mina l-maʿzi thnayni qul ā-dh-dhakarayni ḥarrama ami l-unthayayni amma shtamalat ʿalayhi arḥāmu l-unthayayni nabbiʾūnī bi-ʿilmin in kuntum ṣādiqīn Huit couples (azwāj) — du mouton (ḍaʾn), deux ; de la chèvre (maʿz), deux. Dis : « Est-ce les deux mâles qu’Il a interdits, ou les deux femelles, ou ce que renferment (ishtamalat) les matrices (arḥām) des deux femelles ? Informez-moi avec savoir (bi-ʿilm), si vous êtes véridiques. »
Notes lexicales
thamāniyata azwājin
*azwāj*, racine *z-w-j* — couple, paire (le terme s'emploie aussi pour l'union conjugale). Ici appliquée aux quatre espèces de bétail domestique, mâle et femelle de chacune. *Ḍaʾn*/*maʿz* : mouton/chèvre, termes lexicographiques simples sans ambiguïté.
nabbiʾūnī bi-ʿilmin
Dit : le texte construit un dilemme logique à quatre branches (mâle seul, femelle seule, les deux, ou le contenu des matrices indépendamment du sexe) pour exposer l'absence de fondement des tabous alimentaires évoqués aux versets précédents — l'exigence de « savoir » (*ʿilm*) reprend le diagnostic posé en S6:119 (Bloc VI) et S6:140 (ce Bloc) : ces interdits sont *bi-ghayri ʿilm*.

S.6:144 · Le même défi (camélidés, bovins) — qui est plus injuste ?

S.6:144
وَمِنَ الْإِبِلِ اثْنَيْنِ وَمِنَ الْبَقَرِ اثْنَيْنِ ۗ قُلْ آلذَّكَرَيْنِ حَرَّمَ أَمِ الْأُنْثَيَيْنِ أَمَّا اشْتَمَلَتْ عَلَيْهِ أَرْحَامُ الْأُنْثَيَيْنِ ۖ أَمْ كُنْتُمْ شُهَدَاءَ إِذْ وَصَّاكُمُ اللَّهُ بِهَٰذَا ۚ فَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا لِيُضِلَّ النَّاسَ بِغَيْرِ عِلْمٍ ۗ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ
Wa-mina l-ibili thnayni wa-mina l-baqari thnayni qul ā-dh-dhakarayni ḥarrama ami l-unthayayni amma shtamalat ʿalayhi arḥāmu l-unthayayni am kuntum shuhadāʾa idh waṣṣākumu llāhu bihādhā fa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban li-yuḍilla n-nāsa bi-ghayri ʿilmin inna llāha lā yahdi l-qawma ẓ-ẓālimīn Et du chameau (ibil), deux ; et du bœuf (baqar), deux. Dis : « Est-ce les deux mâles qu’Il a interdits, ou les deux femelles, ou ce que renferment les matrices des deux femelles ? Ou étiez-vous témoins (shuhadāʾ) quand Allaah vous a enjoint (waṣṣākumu) cela ? » Qui est plus injuste que celui qui invente (iftarā) un mensonge contre Allaah, pour égarer les gens sans savoir ? Allaah ne guide certes pas le peuple des injustes (aẓ-ẓālimīn).
Notes lexicales
am kuntum shuhadāʾa idh waṣṣākumu llāh
racine *w-ṣ-y* : relier ce qui va être à ce qui a été (voir S2:180 : « *wuṣiya ʿalaykum idhā ḥaḍara aḥadakumu l-mawt* »). Ici, le défi rhétorique porte sur l'absence de tout témoignage direct d'une telle prescription — la même racine reviendra, à trois reprises, dans le grand passage éthique de S6:151–153 (ce Bloc).
fa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban
même formule qu'en S6:21 (Bloc II, même sourate : « *wa-man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban aw kadhdhaba bi-āyātihi* »), reprise ici à l'identique pour clore le défi des huit couples.

S.6:145 · Ce que je trouve réellement interdit — écho à S5:3

S.6:145
قُلْ لَا أَجِدُ فِي مَا أُوحِيَ إِلَيَّ مُحَرَّمًا عَلَىٰ طَاعِمٍ يَطْعَمُهُ إِلَّا أَنْ يَكُونَ مَيْتَةً أَوْ دَمًا مَسْفُوحًا أَوْ لَحْمَ خِنْزِيرٍ فَإِنَّهُ رِجْسٌ أَوْ فِسْقًا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللَّهِ بِهِ ۚ فَمَنِ اضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلَا عَادٍ فَإِنَّ رَبَّكَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Qul lā ajidu fī mā ūḥiya ilayya muḥarraman ʿalā ṭāʿimin yaṭʿamuhu illā an yakūna maytatan aw daman masfūḥan aw laḥma khinzīrin fa-innahu rijsun aw fisqan uhilla li-ghayri llāhi bihi fa-mani ḍṭurra ghayra bāghin wa-lā ʿādin fa-inna rabbaka ghafūrun raḥīm Dis : « Je ne trouve, dans ce qui m’a été insufflé (ūḥiya ilayya), rien d’interdit à quiconque le mange, sauf que ce soit une bête morte d’elle-même (maytatan), ou du sang répandu, ou de la chair de porc — car cela est un rijs — ou un fisq sur lequel un autre nom qu’Allaah a été invoqué. Mais quiconque y est contraint, sans transgression volontaire (ghayra bāghin) ni excès, ton Rabb est certes Ghafūr, Raḥīm. »
Notes lexicales
lā ajidu … illā an yakūna maytatan aw daman masfūḥan aw laḥma khinzīrin … fisqan uhilla li-ghayri llāhi bihi
voir S5:3 (Bloc I de la Sourate 5) — la même liste de quatre catégories (bête morte d'elle-même, sang, porc, ce sur quoi un autre nom qu'Allaah a été invoqué), ici en une formulation plus brève. Non-dit : ce seul verset ne précise pas son rapport avec la liste plus détaillée de S5:3 — la question de la priorité ou de l'antériorité entre les deux passages relève de la datation des sourates, non du texte lui-même, et n'est pas tranchée.
ghayra bāghin wa-lā ʿādin
même couple *b-gh-y* / *ʿ-d-w* qu'en S2:173 (formule identique) ; la clause de contrainte (*iḍṭirār*) figure aussi en S5:3 et S16:115.

S.6:146 · L’interdiction propre aux Banū Isrāʾīl, rétribution d’un baghy

Point de méthode — S6:146, le baghy des Banū Isrāʾīl. Ce verset présente une loi alimentaire spécifique (interdiction de tout animal à ongle/griffe, des graisses du bœuf et du mouton sauf exceptions) comme une rétribution (jazaynāhum) pour un baghy (excès, transgression) attribué aux Banū Isrāʾīl. Ce seul verset ne narre pas la teneur concrète de ce baghy — il affirme le fait et son caractère punitif, sans en détailler l’épisode. Par méthode, aucun récit extérieur (biblique, talmudique ou autre) n’est importé ici pour combler ce silence ; on s’en tient strictement à ce que le texte affirme.

S.6:146
وَعَلَى الَّذِينَ هَادُوا حَرَّمْنَا كُلَّ ذِي ظُفُرٍ ۖ وَمِنَ الْبَقَرِ وَالْغَنَمِ حَرَّمْنَا عَلَيْهِمْ شُحُومَهُمَا إِلَّا مَا حَمَلَتْ ظُهُورُهُمَا أَوِ الْحَوَايَا أَوْ مَا اخْتَلَطَ بِعَظْمٍ ۚ ذَٰلِكَ جَزَيْنَاهُمْ بِبَغْيِهِمْ ۖ وَإِنَّا لَصَادِقُونَ
Wa-ʿalā lladhīna hādū ḥarramnā kulla dhī ẓufurin wa-mina l-baqari wa-l-ghanami ḥarramnā ʿalayhim shuḥūmahumā illā mā ḥamalat ẓuhūruhumā awi l-ḥawāyā aw ma khtalaṭa bi-ʿaẓmin dhālika jazaynāhum bi-baghyihim wa-innā la-ṣādiqūn Et à ceux qui se sont judaïsés (hādū), Nous avons interdit tout ce qui a un ongle (ẓufur) ; et du bœuf et du mouton, Nous leur avons interdit les graisses (shuḥūm), sauf ce que portent leurs dos, ou les entrailles (ḥawāyā), ou ce qui est mêlé à un os. Cela, Nous les avons rétribués (jazaynāhum) pour leur excès (baghyihim) — et Nous sommes certes véridiques.
Notes lexicales
alladhīna hādū
racine *h-w-d* : revenir, se retourner (vers Allaah) — désignation par laquelle le texte nomme ceux qui se sont judaïsés.
ẓufur / ḥawāyā
*ẓufur* : l'ongle ou la griffe — terme concret sans ambiguïté. *Ḥawāyā* : les entrailles, les replis internes de l'animal ; sans équivalent unique en français, rendus par leur sens direct.
bi-baghyihim
racine *b-gh-y* : l'excès, le dépassement de la limite due, la transgression — distincte de *fasād* (la corruption active ; voir l'étude Le fasād et les mufsidūn dans le Coran). Voir le callout dédié ci-dessus.

La réponse à la dénégation · S6:147–150

S.6:147 · Une raḥma vaste, une rigueur qui n’est pas repoussée

S.6:147
فَإِنْ كَذَّبُوكَ فَقُلْ رَبُّكُمْ ذُو رَحْمَةٍ وَاسِعَةٍ وَلَا يُرَدُّ بَأْسُهُ عَنِ الْقَوْمِ الْمُجْرِمِينَ
Fa-in kadhdhabūka fa-qul rabbukum dhū raḥmatin wāsiʿatin wa-lā yuraddu baʾsuhu ʿani l-qawmi l-mujrimīn Et s’ils te traitent de menteur, dis : « Votre Rabb est détenteur d’une raḥma vaste (wāsiʿa) — et Sa rigueur (baʾs) n’est pas repoussée du peuple des criminels (al-mujrimīn). »
Notes lexicales
dhū raḥmatin wāsiʿatin … baʾsuhu
*baʾs* : voir S2:177 (« *ḥīna l-baʾs* »). *Wāsiʿ*, racine *w-s-ʿ*, apparentée à *wusʿ* (l'amplitude non spatiale ; voir S2:233/286 et S6:80, Bloc IV) — ici substantif qualifiant la *raḥma* elle-même : une ampleur qui n'est pas d'ordre spatial, mais de portée.

S.6:148 · L’excuse fataliste des mushrikūn — conjecture, non savoir

S.6:148
سَيَقُولُ الَّذِينَ أَشْرَكُوا لَوْ شَاءَ اللَّهُ مَا أَشْرَكْنَا وَلَا آبَاؤُنَا وَلَا حَرَّمْنَا مِنْ شَيْءٍ ۚ كَذَٰلِكَ كَذَّبَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ حَتَّىٰ ذَاقُوا بَأْسَنَا ۗ قُلْ هَلْ عِنْدَكُمْ مِنْ عِلْمٍ فَتُخْرِجُوهُ لَنَا ۖ إِنْ تَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَإِنْ أَنْتُمْ إِلَّا تَخْرُصُونَ
Sa-yaqūlu lladhīna ashrakū law shāʾa llāhu mā ashraknā wa-lā ābāʾunā wa-lā ḥarramnā min shayʾin kadhālika kadhdhaba lladhīna min qablihim ḥattā dhāqū baʾsanā qul hal ʿindakum min ʿilmin fa-tukhrijūhu lanā in tattabiʿūna illā ẓ-ẓanna wa-in antum illā takhruṣūn Ceux qui ont pratiqué le shirk diront : « Si Allaah avait voulu, nous n’aurions pas pratiqué le shirk, ni nos pères, et nous n’aurions rien interdit. » Ainsi ceux d’avant eux ont traité de menteur, jusqu’à ce qu’ils goûtent Notre rigueur. Dis : « Avez-vous quelque savoir, que vous puissiez nous produire ? Vous ne suivez que la conjecture (aẓ-ẓann), et vous ne faites que supposer à tort (takhruṣūn). »
Notes lexicales
law shāʾa llāhu mā ashraknā
Point de méthode : à rapprocher de S6:35/39/107/111/125 sur la *mashīʾa* rattachée à la guidance ou à l'égarement. Ce verset ne conteste pas la *mashīʾa* d'Allaah en elle-même — il conteste l'usage qu'en font ici les *mushrikūn*, invoquée après coup comme excuse auto-innocentante, sans aucun *ʿilm* à l'appui. Le texte oppose explicitement cette invocation à la conjecture (*aẓ-ẓann*) et à la pure supposition (*yakhruṣūn*) — non à la *mashīʾa* elle-même, question que ce Bloc, comme les précédents, laisse non tranchée dans son fondement dernier.
aẓ-ẓanna … takhruṣūn
même couple de racines qu'en S6:116 (Bloc VI : « *in yattabiʿūna illā ẓ-ẓanna wa-in hum illā yakhruṣūn* »), repris ici presque mot pour mot.

S.6:149 · L’argument décisif appartient à Allaah

S.6:149
قُلْ فَلِلَّهِ الْحُجَّةُ الْبَالِغَةُ ۖ فَلَوْ شَاءَ لَهَدَاكُمْ أَجْمَعِينَ
Qul fa-li-llāhi l-ḥujjatu l-bālighatu fa-law shāʾa la-hadākum ajmaʿīn Dis : « L’argument décisif (al-ḥujja al-bāligha) appartient à Allaah — s’Il avait voulu, Il vous aurait guidés tous ensemble. »
Notes lexicales
al-ḥujjatu l-bālighatu
*ḥujja* : voir S6:83 (Bloc IV : « *wa-tilka ḥujjatunā ātaynāhā Ibrāhīma* »). *Bāligha*, racine *b-l-gh* — apparentée à *balāgh*/*risāla* (voir l'étude Nabī et Rasūl) : ce qui atteint son plein terme, sa pleine portée. Dit : la même structure conditionnelle contrefactuelle qu'en S6:148 (ce Bloc) reprend, une fois de plus, la question de la *mashīʾa*.

S.6:150 · Le défi des témoins — ne pas suivre les ahwāʾ

S.6:150
قُلْ هَلُمَّ شُهَدَاءَكُمُ الَّذِينَ يَشْهَدُونَ أَنَّ اللَّهَ حَرَّمَ هَٰذَا ۖ فَإِنْ شَهِدُوا فَلَا تَشْهَدْ مَعَهُمْ ۚ وَلَا تَتَّبِعْ أَهْوَاءَ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا وَالَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ وَهُمْ بِرَبِّهِمْ يَعْدِلُونَ
Qul halumma shuhadāʾakumu lladhīna yashhadūna anna llāha ḥarrama hādhā fa-in shahidū fa-lā tashhad maʿahum wa-lā tattabiʿ ahwāʾa lladhīna kadhdhabū bi-āyātinā wa-lladhīna lā yuʾminūna bi-l-ākhirati wa-hum bi-rabbihim yaʿdilūn Dis : « Amenez vos témoins qui témoignent qu’Allaah a interdit ceci. » S’ils témoignent, ne témoigne pas avec eux — et ne suis pas les passions (ahwāʾ) de ceux qui ont traité Nos āyāt de mensonge, et de ceux qui ne croient pas en l’Ultime, et qui égalent (yaʿdilūn) [d’autres] à leur Rabb.
Notes lexicales
ahwāʾa
voir S5:77 (Bloc VIII de la Sourate 5) et S6:119 (Bloc VI).
wa-hum bi-rabbihim yaʿdilūn
Note de cohérence, écho d'ouverture de sourate : cette clause de clôture reprend mot pour mot la clôture même de S6:1 (Bloc I, ouverture de la sourate : « *thumma lladhīna kafarū bi-rabbihim yaʿdilūn* ») — un même verbe (*ʿadala*, égaler, mettre sur le même plan) encadrant, à distance, l'ensemble du développement de la sourate sur le refus d'attribuer à Allaah des égaux ou des associés.

Le grand passage éthique · S6:151–153

S.6:151 · Le grand passage éthique (I) — shirk, parents, enfants, fawāḥish, la vie

S.6:151
۞ قُلْ تَعَالَوْا أَتْلُ مَا حَرَّمَ رَبُّكُمْ عَلَيْكُمْ ۖ أَلَّا تُشْرِكُوا بِهِ شَيْئًا ۖ وَبِالْوَالِدَيْنِ إِحْسَانًا ۖ وَلَا تَقْتُلُوا أَوْلَادَكُمْ مِنْ إِمْلَاقٍ ۖ نَحْنُ نَرْزُقُكُمْ وَإِيَّاهُمْ ۖ وَلَا تَقْرَبُوا الْفَوَاحِشَ مَا ظَهَرَ مِنْهَا وَمَا بَطَنَ ۖ وَلَا تَقْتُلُوا النَّفْسَ الَّتِي حَرَّمَ اللَّهُ إِلَّا بِالْحَقِّ ۚ ذَٰلِكُمْ وَصَّاكُمْ بِهِ لَعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَ
Qul taʿālaw atlu mā ḥarrama rabbukum ʿalaykum allā tushrikū bihi shayʾan wa-bi-l-wālidayni iḥsānan wa-lā taqtulū awlādakum min imlāqin naḥnu narzuqukum wa-iyyāhum wa-lā taqrabū l-fawāḥisha mā ẓahara minhā wa-mā baṭana wa-lā taqtulū n-nafsa llatī ḥarrama llāhu illā bi-l-ḥaqqi dhālikum waṣṣākum bihi laʿallakum taʿqilūn Dis : « Venez, je réciterai (atlu) ce que votre Rabb vous a interdit : ne rien Lui associer (shirk) ; la bienfaisance (iḥsān) envers les deux parents ; ne pas tuer vos enfants par crainte de la pauvreté (min imlāq) — c’est Nous qui vous attribuons subsistance, à vous et à eux ; ne pas approcher les turpitudes (al-fawāḥish), apparentes ou cachées ; ne pas tuer le nafs qu’Allaah a rendu inviolable, sauf en toute légitimité (bi-l-ḥaqq). Voilà ce qu’Il vous a enjoint (waṣṣākum bihi), peut-être raisonnerez-vous (taʿqilūn). »
Notes lexicales
lā taqtulū awlādakum min imlāqin
racine *m-l-q* : la pauvreté extrême, le dénuement. Note de cohérence interne à la sourate : ce verset reprend le thème de l'infanticide traité en S6:140 (ce Bloc), mais avec un mobile distinct — là, la légèreté d'esprit et l'absence de savoir (*safahan bi-ghayri ʿilm*) ; ici, la crainte concrète de la pauvreté (*min imlāq*), suivie d'une réassurance explicite (« Nous vous attribuons subsistance, à vous et à eux »). Ces deux mobiles sont distingués sans être confondus.
lā taqrabū l-fawāḥisha mā ẓahara minhā wa-mā baṭana
même couple *ẓ-h-r* / *b-ṭ-n* que S6:120 (Bloc VI), appliqué là au *ithm* (le péché), ici aux *fawāḥish* (les turpitudes, faits graves de nature sexuelle ou morale).
lā taqtulū n-nafsa llatī ḥarrama llāhu illā bi-l-ḥaqq
voir S5:32 (Bloc III de la Sourate 5 : « *man qatala nafsan bi-ghayri nafsin aw fasādin fi l-arḍi* ») — même principe de l'inviolabilité du *nafs*, ici formulé plus brièvement dans le cadre de ce grand passage éthique.
dhālikum waṣṣākum bihi
racine *w-ṣ-y*, rencontrée en S6:144 (ce Bloc). Cette clause de clôture reviendra, à l'identique ou presque, en S6:152 et S6:153 — une triple répétition qui structure l'ensemble du passage.

S.6:152 · Le grand passage éthique (II) — bien de l’orphelin, mesure, parole, pacte

S.6:152
وَلَا تَقْرَبُوا مَالَ الْيَتِيمِ إِلَّا بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ حَتَّىٰ يَبْلُغَ أَشُدَّهُ ۖ وَأَوْفُوا الْكَيْلَ وَالْمِيزَانَ بِالْقِسْطِ ۖ لَا نُكَلِّفُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا ۖ وَإِذَا قُلْتُمْ فَاعْدِلُوا وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَىٰ ۖ وَبِعَهْدِ اللَّهِ أَوْفُوا ۚ ذَٰلِكُمْ وَصَّاكُمْ بِهِ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ
Wa-lā taqrabū māla l-yatīmi illā bi-llatī hiya aḥsanu ḥattā yablugha ashuddahu wa-awfū l-kayla wa-l-mīzāna bi-l-qisṭi lā nukallifu nafsan illā wusʿahā wa-idhā qultum fa-ʿdilū wa-law kāna dhā qurbā wa-bi-ʿahdi llāhi awfū dhālikum waṣṣākum bihi laʿallakum tadhakkarūn Et n’approchez le bien de l’orphelin (al-yatīm) que de la meilleure façon, jusqu’à ce qu’il atteigne sa pleine maturité (ashuddahu) — et donnez pleine mesure (al-kayl) et plein poids (al-mīzān) avec équité (bi-l-qisṭ) : Nous ne chargeons aucun nafs au-delà de sa capacité (wusʿahā) — et quand vous parlez, soyez justes (ʿdilū), fût-ce envers un proche — et le pacte d’Allaah (ʿahda llāh), tenez-le. Voilà ce qu’Il vous a enjoint, peut-être vous rappellerez-vous (tadhakkarūn).
Notes lexicales
ḥattā yablugha ashuddahu
racine *sh-d-d*, *ashudd* : la pleine maturité — voir l'étude Le Yatīm — L'Orphelin, sur S18:82 : la fin du statut de *yatīm* est liée à la maturité atteinte, non à un âge calendaire fixe. Repris ici pour la gestion du bien de l'orphelin, en cohérence avec S4:2/6 (Sourate 4, Bloc I : *isrāf*/*bidār*, cités aussi en S6:141, ce Bloc).
awfū l-kayla wa-l-mīzāna bi-l-qisṭ
*qisṭ*, racine *q-s-ṭ* — voir S4:3 (Sourate 4, Bloc I : distinction entre *qisṭ*, la répartition juste, et *ʿadl*, l'équilibre, deux racines proches mais non confondues par le texte lui-même — la même distinction se retrouve ici, dans la clause suivante, entre *bi-l-qisṭ* pour la mesure et *fa-ʿdilū* pour la parole).
lā nukallifu nafsan illā wusʿahā
voir S2:233/286 (Sourate 2) et S6:80 (Bloc IV) : l'amplitude non spatiale, écartée de toute connotation de lieu.

S.6:153 · Le grand passage éthique (III) — le chemin unique contre les sentiers

S.6:153
وَأَنَّ هَٰذَا صِرَاطِي مُسْتَقِيمًا فَاتَّبِعُوهُ ۖ وَلَا تَتَّبِعُوا السُّبُلَ فَتَفَرَّقَ بِكُمْ عَنْ سَبِيلِهِ ۚ ذَٰلِكُمْ وَصَّاكُمْ بِهِ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
Wa-anna hādhā ṣirāṭī mustaqīman fa-ttabiʿūhu wa-lā tattabiʿū s-subula fa-tafarraqa bikum ʿan sabīlihi dhālikum waṣṣākum bihi laʿallakum tattaqūn Et que ceci est Mon chemin (ṣirāṭī), droit — suivez-le donc, et ne suivez pas les sentiers (as-subul), qui vous disperseraient (fa-tafarraqa) loin de Son chemin. Voilà ce qu’Il vous a enjoint, peut-être vous prémunirez-vous (tattaqūn).
Notes lexicales
hādhā ṣirāṭī mustaqīman
voir l'ouverture de la Sourate Al-Fātiḥa (Sourate 1 · S1:1–7 · Al-Ṭalab — La Requête), et S6:126 (Bloc VI, même sourate : « *wa-hādhā ṣirāṭu rabbika mustaqīman* ») — ici à la première personne (« Mon chemin »), variation de personne grammaticale sans changement de référent.
lā tattabiʿū s-subula fa-tafarraqa bikum
racine *f-r-q*, ici au singulier du chemin (*ṣirāṭ*) opposé au pluriel des sentiers (*subul*). Non-dit : ce seul verset ne détaille pas la nature de ces « sentiers » — aucune image narrative extérieure (par exemple la représentation en arbre aux branches parfois attribuée à ce verset dans des récits ultérieurs) n'est importée pour combler ce silence. Note de cohérence interne au Bloc : la même racine *f-r-q* reviendra, à la forme active, en S6:159 (ce Bloc — *farraqū dīnahum*) pour nommer directement la division en sectes.

Le Kitāb de Mūsā, ce Kitāb-ci, et les excuses réfutées · S6:154–160

S.6:154 · Le Kitāb donné à Mūsā — tamāman ʿalā lladhī aḥsan

Crux — S6:154, tamāman ʿalā lladhī aḥsan. L’antécédent de lladhī aḥsan (« celui qui a excellé » / « ce qui excelle ») n’est pas univoque sur la seule base grammaticale de ce verset : (a) une lecture rattache cette clause à Mūsā lui-même — le Kitāb donné en achèvement (tamāman) en raison de son excellence ; (b) une autre la lit de façon plus générale — un achèvement pour quiconque agit avec excellence (iḥsān). Les grammairiens classiques rapportent les deux lectures. Ce Bloc les nomme toutes deux, sans trancher, de même nature que les cruces relevés en S5:69, S5:107, S6:84.

S.6:154
ثُمَّ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ تَمَامًا عَلَى الَّذِي أَحْسَنَ وَتَفْصِيلًا لِكُلِّ شَيْءٍ وَهُدًى وَرَحْمَةً لَعَلَّهُمْ بِلِقَاءِ رَبِّهِمْ يُؤْمِنُونَ
Thumma ātaynā mūsā l-kitāba tamāman ʿalā lladhī aḥsana wa-tafṣīlan li-kulli shayʾin wa-hudan wa-raḥmatan laʿallahum bi-liqāʾi rabbihim yuʾminūn Puis Nous avons donné à Mūsā le Kitāb, en achèvement (tamāman) sur ce qui excelle, en détail (tafṣīlan) pour toute chose, guidance et raḥma — peut-être croiraient-ils en la Rencontre (liqāʾ) de leur Rabb.
Notes lexicales
tamāman ʿalā lladhī aḥsan
voir le callout dédié ci-dessus.
tafṣīlan li-kulli shayʾ
même racine *f-ṣ-l* que S6:97/98/105/114 (Blocs V et VI, même sourate) — précédent direct.
bi-liqāʾi rabbihim
même racine *l-q-y* que *liqāʾu llāh* (S6:31, Bloc II) et *liqāʾa yawmikum hādhā* (S6:130, Bloc VI) : toute connotation spatiale est écartée ; la « Rencontre » porte sur la réalité effective de la reddition de comptes.

S.6:155 · Ce Kitāb-ci, béni — suivez-le

S.6:155
وَهَٰذَا كِتَابٌ أَنْزَلْنَاهُ مُبَارَكٌ فَاتَّبِعُوهُ وَاتَّقُوا لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ
Wa-hādhā kitābun anzalnāhu mubārakun fa-ttabiʿūhu wa-ttaqū laʿallakum turḥamūn Et ceci est un Kitāb que Nous avons fait descendre, béni (mubārak) — suivez-le donc, et prémunissez-vous (ttaqū), peut-être vous sera-t-il fait raḥma (turḥamūn).
Notes lexicales
mubārak
racine *b-r-k* : ce qui porte en soi un accroissement durable de bien — voir l'étude Al-Baraka wa-l-Tabarruk.

S.6:156 · Réfutation anticipée — « seulement deux communautés avant nous »

S.6:156
أَنْ تَقُولُوا إِنَّمَا أُنْزِلَ الْكِتَابُ عَلَىٰ طَائِفَتَيْنِ مِنْ قَبْلِنَا وَإِنْ كُنَّا عَنْ دِرَاسَتِهِمْ لَغَافِلِينَ
An taqūlū innamā unzila l-kitābu ʿalā ṭāʾifatayni min qablinā wa-in kunnā ʿan dirāsatihim la-ghāfilīn De crainte que vous ne disiez : « Le Kitāb n’a été descendu que sur deux communautés (ṭāʾifatayni) avant nous, et nous étions certes inattentifs (la-ghāfilīn) à leur étude (dirāsa). »
Notes lexicales
ṭāʾifatayni min qablinā
Non-dit : ce seul verset ne nomme pas explicitement ces deux communautés — le contexte plus large de la sourate (les échanges répétés avec les *Banū Isrāʾīl* et les gens du Livre) rend une identification aux Juifs et aux Chrétiens plausible, mais elle est retenue comme une inférence contextuelle, non comme une donnée que ce seul verset affirme lui-même.
la-ghāfilīn
même racine *gh-f-l* que S6:131/132 (Bloc VI, même sourate) — l'inattention, l'absence d'avertissement reçu.

S.6:157 · Réfutation anticipée — « nous aurions été mieux guidés »

S.6:157
أَوْ تَقُولُوا لَوْ أَنَّا أُنْزِلَ عَلَيْنَا الْكِتَابُ لَكُنَّا أَهْدَىٰ مِنْهُمْ ۚ فَقَدْ جَاءَكُمْ بَيِّنَةٌ مِنْ رَبِّكُمْ وَهُدًى وَرَحْمَةٌ ۚ فَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنْ كَذَّبَ بِآيَاتِ اللَّهِ وَصَدَفَ عَنْهَا ۗ سَنَجْزِي الَّذِينَ يَصْدِفُونَ عَنْ آيَاتِنَا سُوءَ الْعَذَابِ بِمَا كَانُوا يَصْدِفُونَ
Aw taqūlū law annā unzila ʿalaynā l-kitābu la-kunnā ahdā minhum fa-qad jāʾakum bayyinatun min rabbikum wa-hudan wa-raḥmatun fa-man aẓlamu mimman kadhdhaba bi-āyāti llāhi wa-ṣadafa ʿanhā sa-najzī lladhīna yaṣdifūna ʿan āyātinā sūʾa l-ʿadhābi bi-mā kānū yaṣdifūn Ou que vous ne disiez : « Si le Kitāb était descendu sur nous, nous aurions certes été mieux guidés qu’eux. » Une preuve manifeste (bayyina) vous est certes venue de votre Rabb, ainsi qu’une guidance et une raḥma. Qui est plus injuste que celui qui traite de mensonge les āyāt d’Allaah et s’en détourne (ṣadafa) ? Nous rétribuerons ceux qui se détournent de Nos āyāt du pire châtiment, pour ce dont ils se détournaient.
Notes lexicales
ṣadafa
racine *ṣ-d-f* : se détourner, s'écarter (voir S6:46, *yaṣdifūn*).
fa-man aẓlamu mimman kadhdhaba bi-āyāti llāh
Note de cohérence — une famille de formules « qui est plus injuste que… » : cette sourate emploie à plusieurs reprises une structure rhétorique voisine mais non identique — *man aẓlamu mimmani ftarā ʿalā llāhi kadhiban* (S6:21/93/144, sur l'invention d'un mensonge) et, ici, *man aẓlamu mimman kadhdhaba bi-āyāti llāhi wa-ṣadafa ʿanhā* (sur le rejet actif des *āyāt*) — deux torts distincts que le texte ne fond pas en une seule formule.

S.6:158 · Le jour où les āyāt ultimes surviennent — la foi tardive inutile

Point de méthode — S6:158, aw yaʾtiya rabbuka. Ce verset applique littéralement à Allaah un verbe de survenue (racine ʾ-t-y), comme en S2:210 (« hal yanẓurūna illā an yaʾtiyahumu llāhu fī ẓulalin mina l-ghamām »). Deux points appellent la même rigueur que celle appliquée à yad Allaah (S5:64), wajhu llāh (S6:52) et au verset pivot S6:103. (1) Crux grammatical : les grammairiens classiques rapportent, à côté de la lecture littérale (« ton Rabb » comme sujet direct de yaʾtiya), une lecture par ellipse d’un muḍāf implicite — (amru) rabbika, « (l’ordre/la décision de) ton Rabb » survient — sur le modèle attesté ailleurs dans le corpus où atā porte sur un décret ou une heure plutôt que sur Allaah Lui-même (comparer, hors de ce Bloc, la construction atā amru llāh). Les deux lectures sont grammaticalement défendables ; ce Bloc ne tranche pas laquelle est la plus probable. (2) Choix de traduction : pour éviter d’installer, par le seul choix du verbe français « venir » (qui implique un déplacement dans l’espace), une connotation spatiale à propos d’Allaah, ce Bloc retient « survienne » — un verbe d’occurrence, non de déplacement — sans prétendre que ce choix efface entièrement l’ambiguïté du texte arabe lui-même. Non-dit, par ailleurs : ce verset ne précise pas la nature exacte de « certains āyāt de ton Rabb » dont la survenue marque la fin de l’utilité de la foi tardive — aucune identification extérieure (par exemple un signe cosmique précis) que ce seul verset ne fournit pas n’est importée.

S.6:158
هَلْ يَنْظُرُونَ إِلَّا أَنْ تَأْتِيَهُمُ الْمَلَائِكَةُ أَوْ يَأْتِيَ رَبُّكَ أَوْ يَأْتِيَ بَعْضُ آيَاتِ رَبِّكَ ۗ يَوْمَ يَأْتِي بَعْضُ آيَاتِ رَبِّكَ لَا يَنْفَعُ نَفْسًا إِيمَانُهَا لَمْ تَكُنْ آمَنَتْ مِنْ قَبْلُ أَوْ كَسَبَتْ فِي إِيمَانِهَا خَيْرًا ۗ قُلِ انْتَظِرُوا إِنَّا مُنْتَظِرُونَ
Hal yanẓurūna illā an taʾtiyahumu l-malāʾikatu aw yaʾtiya rabbuka aw yaʾtiya baʿḍu āyāti rabbika yawma yaʾtī baʿḍu āyāti rabbika lā yanfaʿu nafsan īmānuhā lam takun āmanat min qablu aw kasabat fī īmānihā khayran quli ntaẓirū innā muntaẓirūn N’attendent-ils sinon que les malāʾika leur viennent, ou que ce qui est ton Rabb survienne (yaʾtiya rabbuka), ou que surviennent certains des āyāt de ton Rabb ? Le jour où surviendront certains des āyāt de ton Rabb, la foi (īmān) d’un nafs ne lui sera d’aucune utilité, si elle n’avait pas cru auparavant, ou n’avait acquis aucun bien dans sa foi. Dis : « Attendez, nous attendons aussi. »
Notes lexicales
aw yaʾtiya rabbuka
voir le callout dédié ci-dessus.
lā yanfaʿu nafsan īmānuhā
Dit : le texte pose un point de bascule au-delà duquel la foi nouvellement formée, ou l'acquisition d'un bien nouveau dans une foi déjà là, n'a plus d'effet. Non-dit : le mécanisme précis de cette clôture (pourquoi la foi cesse d'être opérante à ce moment) n'est pas détaillé davantage par ce seul verset.

S.6:159 · Ceux qui ont divisé leur dīn en sectes

S.6:159
إِنَّ الَّذِينَ فَرَّقُوا دِينَهُمْ وَكَانُوا شِيَعًا لَسْتَ مِنْهُمْ فِي شَيْءٍ ۚ إِنَّمَا أَمْرُهُمْ إِلَى اللَّهِ ثُمَّ يُنَبِّئُهُمْ بِمَا كَانُوا يَفْعَلُونَ
Inna lladhīna farraqū dīnahum wa-kānū shiyaʿan lasta minhum fī shayʾin innamā amruhum ilā llāhi thumma yunabbiʾuhum bi-mā kānū yafʿalūn Ceux qui ont divisé (farraqū) leur dīn et sont devenus des sectes (shiyaʿan), tu n’es en rien des leurs — leur affaire ne revient qu’à Allaah ; puis Il les informera de ce qu’ils faisaient.
Notes lexicales
farraqū dīnahum
Note de cohérence interne au Bloc : même racine *f-r-q* que *fa-tafarraqa bikum* (S6:153, ce Bloc) — le danger annoncé par la métaphore des sentiers divergents (S6:153) trouve ici sa réalisation nommée : la division effective du *dīn* en *shiyaʿ*.
shiyaʿan
racine *sh-y-ʿ* : factions, groupes qui se suivent et se soutiennent mutuellement (voir aussi S6:65, *shiyaʿan*, Bloc III).

S.6:160 · La rétribution proportionnée — dix pour une, une pour une

S.6:160
مَنْ جَاءَ بِالْحَسَنَةِ فَلَهُ عَشْرُ أَمْثَالِهَا ۖ وَمَنْ جَاءَ بِالسَّيِّئَةِ فَلَا يُجْزَىٰ إِلَّا مِثْلَهَا وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ
Man jāʾa bi-l-ḥasanati fa-lahu ʿashru amthālihā wa-man jāʾa bi-s-sayyiʾati fa-lā yujzā illā mithlahā wa-hum lā yuẓlamūn Quiconque vient avec une bonne action (ḥasana) en a dix fois l’équivalent (ʿashru amthālihā) ; et quiconque vient avec une mauvaise action (sayyiʾa) n’est rétribué que de son équivalent — et ils ne sont pas lésés (lā yuẓlamūn).
Notes lexicales
ʿashru amthālihā … mithlahā
même racine *m-th-l* que *ka-man mathaluhu* (S6:122, Bloc VI). Dit : le texte pose explicitement une asymétrie — la bonne action multipliée, la mauvaise action strictement égalée, jamais dépassée — sans que ce seul verset n'explicite le mécanisme sous-jacent de cette asymétrie.

Clôture de la Sourate 6 · S6:161–165

S.6:161 · La milla d’Ibrāhīm, ḥanīf — le chemin droit

S.6:161
قُلْ إِنَّنِي هَدَانِي رَبِّي إِلَىٰ صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ دِينًا قِيَمًا مِلَّةَ إِبْرَاهِيمَ حَنِيفًا ۚ وَمَا كَانَ مِنَ الْمُشْرِكِينَ
Qul innanī hadānī rabbī ilā ṣirāṭin mustaqīmin dīnan qiyaman millata ibrāhīma ḥanīfan wa-mā kāna mina l-mushrikīn Dis : « Mon Rabb m’a guidé (hadānī) vers un chemin droit, un dīn droit et établi (qiyaman), la milla d’Ibrāhīm, ḥanīf — et il n’était pas parmi les mushrikūn. »
Notes lexicales
dīnan qiyaman
racine *q-w-m* : ce qui se tient droit, fermement établi, de juste valeur — apparentée à *qāma* et à *qīma*.
millata ibrāhīma ḥanīfan
même formule qu'en S2:135 (« *qul bal millata ibrāhīma ḥanīfan* ») et S4:125 (« *wa-ttabaʿa millata ibrāhīma ḥanīfan* »), et rappel de S6:79 (Bloc IV, l'orientation d'Ibrāhīm en *ḥanīf*). Note de clôture : ce verset referme le thème du « chemin droit » (*ṣirāṭ mustaqīm*) qui s'ouvre dès la Sourate 1 (Sourate 1 · S1:1–7 · Al-Ṭalab — La Requête) et traverse cette sourate (S6:126, S6:153, ce Bloc) — la sourate se clôt en reliant ce chemin, une dernière fois, à la figure d'Ibrāhīm.

S.6:162 · Ma ṣalāt, mon rite, ma vie, ma mort, pour Allaah

S.6:162
قُلْ إِنَّ صَلَاتِي وَنُسُكِي وَمَحْيَايَ وَمَمَاتِي لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
Qul inna ṣalātī wa-nusukī wa-maḥyāya wa-mamātī li-llāhi rabbi l-ʿālamīn Dis : « Ma ṣalāt, mon rite (nusuk), ma vie (maḥyāya) et ma mort (mamātī) sont pour Allaah, Rabb des mondes (al-ʿālamīn). »
Notes lexicales
ṣalātī wa-nusukī
*ṣalāt*, conservée en translittération. *Nusuk*, racine *n-s-k* : l'acte rituel, le sacrifice offert — apparentée à *manāsik*.
rabbi l-ʿālamīn
Note de clôture : cette désignation reprend, mot pour mot, S1:2 (« *al-ḥamdu li-llāhi rabbi l-ʿālamīn* » ; voir Sourate 1 · S1:1–7 · Al-Ṭalab — La Requête) — un écho direct entre la Sourate Al-Fātiḥa et la clôture de cette sourate.

S.6:163 · Nul associé — premier des muslimūn

S.6:163
لَا شَرِيكَ لَهُ ۖ وَبِذَٰلِكَ أُمِرْتُ وَأَنَا أَوَّلُ الْمُسْلِمِينَ
Lā sharīka lahu wa-bi-dhālika umirtu wa-ana awwalu l-muslimīn Nul associé (sharīk) à Lui — et c’est de cela qu’il m’a été ordonné, et je suis le premier des muslimūn.
Notes lexicales
awwalu l-muslimīn
Non-dit : ce seul verset ne précise pas la portée exacte de « premier » — premier absolument (alors que le texte nomme par ailleurs, dans d'autres passages, des figures antérieures elles-mêmes qualifiées de *muslim*), ou premier parmi son propre peuple, en son temps. Cette ambiguïté est signalée sans être tranchée, plutôt que d'en imposer une lecture qui outrepasserait ce que ce seul verset affirme.

S.6:164 · Chaque nafs pour elle-même — nulle âme ne porte le fardeau d’une autre

S.6:164
قُلْ أَغَيْرَ اللَّهِ أَبْغِي رَبًّا وَهُوَ رَبُّ كُلِّ شَيْءٍ ۚ وَلَا تَكْسِبُ كُلُّ نَفْسٍ إِلَّا عَلَيْهَا ۚ وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَىٰ ۚ ثُمَّ إِلَىٰ رَبِّكُمْ مَرْجِعُكُمْ فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ
Qul a-ghayra llāhi abghī rabban wa-huwa rabbu kulli shayʾin wa-lā taksibu kullu nafsin illā ʿalayhā wa-lā taziru wāziratun wizra ukhrā thumma ilā rabbikum marjiʿukum fa-yunabbiʾukum bi-mā kuntum fīhi takhtalifūn Dis : « Chercherais-je (abghī) un autre Rabb qu’Allaah, alors qu’Il est le Rabb de toute chose ? » Et chaque nafs n’acquiert (taksibu) que contre elle-même — et nulle âme chargée (wāzira) ne porte le fardeau (wizr) d’une autre. Puis c’est vers votre Rabb qu’est votre retour (marjiʿ) ; Il vous informera de ce en quoi vous divergiez (takhtalifūn).
Notes lexicales
a-ghayra llāhi abghī rabban
Note de cohérence interne à la sourate : même structure rhétorique que S6:114 (Bloc VI : « *a-fa-ghayra llāhi abtaghī ḥakaman* ») — même racine *b-gh-y* (chercher, désirer) à la forme *abghī*/*abtaghī*, appliquée d'abord au juge (*ḥakam*), ici au Rabb lui-même.
lā taziru wāziratun wizra ukhrā
racine *w-z-r* : porter une charge, un fardeau. Dit : principe explicite de responsabilité strictement individuelle, en cohérence avec ce que cette sourate pose sur ce plan (S6:70, Bloc III : « *an tubsala nafsun bi-mā kasabat* ») — la même ligne, reprise ici sous une formulation devenue classique.

S.6:165 · Khalāʾif de la terre, rangs — prompt en rétribution, Ghafūr, Raḥīm

S.6:165
وَهُوَ الَّذِي جَعَلَكُمْ خَلَائِفَ الْأَرْضِ وَرَفَعَ بَعْضَكُمْ فَوْقَ بَعْضٍ دَرَجَاتٍ لِيَبْلُوَكُمْ فِي مَا آتَاكُمْ ۗ إِنَّ رَبَّكَ سَرِيعُ الْعِقَابِ وَإِنَّهُ لَغَفُورٌ رَحِيمٌ
Wa-huwa lladhī jaʿalakum khalāʾifa l-arḍi wa-rafaʿa baʿḍakum fawqa baʿḍin darajātin li-yabluwakum fī mā ātākum inna rabbaka sarīʿu l-ʿiqābi wa-innahu la-ghafūrun raḥīm Et Ce qui a fait de vous des successeurs (khalāʾif) de la terre, et a élevé certains d’entre vous au-dessus (fawqa) d’autres, par rangs (darajāt), pour vous éprouver (li-yabluwakum) dans ce qu’Il vous a donné — ton Rabb est certes prompt dans la rétribution (sarīʿu l-ʿiqāb), et Il est certes Ghafūr, Raḥīm.
Notes lexicales
khalāʾifa l-arḍ
pluriel de *khalīfa*, même racine *kh-l-f* que S2:30 (Sourate 2, Bloc II : « *innī jāʿilun fī l-arḍi khalīfatan* ») et S6:133 (Bloc VI, même sourate : *yastakhlif*). Note de contraste : là, un *khalīfa* singulier annoncé aux *malāʾika* ; ici, un pluriel collectif désignant l'humanité tout entière comme succession de générations sur la terre — deux applications distinctes d'une même racine, qui ne sont pas fondues en un seul sens.
rafaʿa baʿḍakum fawqa baʿḍin darajātin
Précision, par contraste : ce *fawqa* concerne les humains entre eux, non Allaah — distinct de *fawqa* appliqué à Allaah (S6:18/61, Blocs I et III), comme pour *min fawqikum* en S6:65 (Bloc III). *Darajāt* : voir l'étude Femmes et hommes dans le Coran et S6:132 (Bloc VI) — toujours un avantage positionnel selon l'épreuve, jamais une différence de nature.
sarīʿu l-ʿiqābi … la-ghafūrun raḥīm
Note de clôture de la Sourate 6 : ce dernier verset referme la sourate en associant, dans une même clausule, la rigueur de la rétribution et la *raḥma* — faisant écho à S6:12 (Bloc I : « *kataba ʿalā nafsihi r-raḥma* », Ce qui a inscrit la *raḥma* sur Lui-même). La Sourate 6 s'ouvre et se referme ainsi sur le même double registre, sans que le texte ne subordonne l'un à l'autre.

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