Structure du Bloc III. Le Bloc s’ouvre en prison : deux jeunes compagnons de cellule racontent chacun un songe à Yūsuf et lui demandent d’en révéler l’aboutissement (S12:36). Avant de répondre, Yūsuf expose d’abord sa propre voie — la milla d’Ibrāhīm, d’Isḥāq et de Yaʿqūb, le refus de tout shirk — puis lance un appel direct à l’unicité d’Allaah, opposant les seigneurs disparates que ses compagnons servent à Allaah, l’Unique (al-Wāḥid), al-Qahhār, et rappelle que le ḥukm n’appartient qu’à Lui seul (S12:37–40). Il livre alors l’aboutissement des deux songes — l’un servira du vin à son maître, l’autre sera crucifié — et demande à celui qu’il pense sauvé de le rappeler auprès du roi ; le shayṭān fait oublier cette demande, et Yūsuf reste en prison plusieurs années de plus (S12:41–42). Le Bloc se poursuit avec le songe du roi lui-même — sept vaches grasses dévorées par sept maigres, sept épis verts et d’autres desséchés —, l’incapacité de ses notables à l’éclairer, puis le compagnon de prison qui se souvient enfin de Yūsuf et vient le consulter ; l’aboutissement donné par Yūsuf annonce sept années d’abondance, sept années de disette, puis une année de secours (S12:43–49). Le Bloc se referme sur la demande du roi de faire venir Yūsuf, le refus de celui-ci de sortir avant que l’affaire des femmes ne soit éclaircie, l’aveu de la femme d’al-ʿAzīz et la déclaration sur la nafs qui incite au mal (S12:50–53), puis sur la confiance que le roi lui accorde, sa demande d’être placé à la tête des trésors de la terre, et la clôture sur l’affermissement de Yūsuf en Égypte et la rétribution de l’Ākhira, meilleure pour ceux qui croient et qui craignent avec constance (S12:54–57).
Sommaire du bloc
| Réf. | Titre thématique |
|---|---|
| S.12:36 | Les deux compagnons de prison, leurs songes |
| S.12:37–38 | Le refus de répondre avant d’exposer sa voie |
| S.12:39–40 | L’appel à l’unicité — al-Wāḥid, al-Qahhār, le ḥukm |
| S.12:41 | L’aboutissement des deux songes |
| S.12:42 | La demande faite à l’un des deux, l’oubli, les années de prison |
| S.12:43–44 | Le songe du roi, l’incapacité des notables |
| S.12:45 | Le compagnon se souvient, après un long moment |
| S.12:46–49 | La consultation de Yūsuf, l’aboutissement du songe du roi |
| S.12:50 | La demande du roi, le renvoi vers l’affaire des femmes |
| S.12:51 | L’interrogatoire des femmes, l’aveu de la femme d’al-ʿAzīz |
| S.12:52–53 | Le motif de la vérité établie, la nafs qui incite au mal |
| S.12:54–55 | La confiance du roi, la demande de Yūsuf |
| S.12:56–57 | L’affermissement en Égypte, la récompense de l’Ākhira |
Les deux compagnons de prison, leurs songes · S12:36
S.12:36 · Deux jeunes gens, deux songes
- fatayān
- racine *f-t-y* (la jeunesse) ; duel, distinct de *fatāhā* (S12:30, Bloc II, le jeune serviteur) et de *ghulām* (S12:19, Bloc I), tous trois de champs voisins mais non identiques.
- innī arānī
- même racine *r-ʾ-y* que *ruʾyā* (S12:5, Bloc I) — formule d'ouverture du récit de songe, ici répétée deux fois à l'identique par les deux compagnons.
- aʿṣiru khamran
- racine *ʿ-ṣ-r* (presser, extraire par pression), reprise plus loin dans ce même Bloc (S12:49, *yaʿṣirūn*). *Khamr* : voir S5:90, où le vin est présenté comme *rijs*, œuvre du *shayṭān*, dans un contexte de prescription légale — ici, un simple élément de songe rapporté dans un récit narratif, sans aucune portée normative : ce Bloc signale la distinction de registre entre les deux occurrences.
- bi-taʾwīlihi
- même expression que *taʾwīl al-aḥādīth* (S12:6, Bloc I — voir le callout de méthode qui y est posé, fondé sur l'étude dédiée Muḥkam et Mutashābih) : « l'aboutissement », non « l'interprétation » — ce Bloc applique la même traduction à chaque occurrence du terme, y compris pour l'aboutissement d'un songe.
- al-muḥsinīn
- même terme qu'en S12:22 (Bloc II) — voir la note qui y est posée.
Le refus de répondre avant d’exposer sa voie · S12:37–38
S.12:37 · Ce que mon Rabb m’a enseigné
- turzaqānihi
- racine *r-z-q* (la subsistance attribuée) — ici, une annonce préalable présentée comme un signe donné avant même l'accomplissement du songe demandé, distinct du *taʾwīl* du songe lui-même.
- rabbī
- ici, aucune ambiguïté grammaticale contrairement à S12:23 (Bloc II, voir le callout dédié) : Yūsuf s'adresse à ses deux compagnons de cellule sur ce qu'Allaah lui a enseigné — *rabbī* désigne Allaah sans réserve. Ce contraste sera utile pour la suite de ce Bloc, où le même terme redeviendra ambigu (S12:41–42, S12:50, voir les notes posées à ces versets).
- millata qawmin
- *milla* : voir la *milla* d'Ibrāhīm (S2:130/135, S3:95, S4:125, S6:79/161) — ici au sens contraire, la voie que Yūsuf a délaissée : celle d'un peuple qui ne croit ni en Allaah ni en l'Ākhira.
S.12:38 · La voie de mes pères — nulle association
- ābāʾī ibrāhīma wa-isḥāqa wa-yaʿqūba
- même construction élargie que *abawayka* (S12:6, Bloc I, voir la note posée à cette occurrence) — Ibrāhīm et Isḥāq comme ascendants, et Yaʿqūb comme père immédiat de Yūsuf.
- nushrika bi-llāhi min shayʾin
- racine *sh-r-k* (voir l'étude dédiée Shirk) — la négation la plus large possible (*min shayʾin*, « quoi que ce soit »).
- min faḍli llāhi ... wa-lākinna akthara n-nāsi lā yashkurūn
- *faḍl* (voir S11:2 et *passim*) ; *shakara* (être reconnaissant), racine *sh-k-r* — formule qui oppose la faveur reçue à l'ingratitude de la plupart des gens.
L’appel à l’unicité — al-Wāḥid, al-Qahhār, le ḥukm · S12:39–40
Point de méthode — al-Wāḥid al-Qahhār (S12:39) et ini l-ḥukmu illā li-llāh (S12:40). Ce passage comporte deux éléments distincts. Premièrement, al-Qahhār : racine q-h-r — Ibn Fāris (Maqāyīs al-Lugha) : soumettre, dominer par une force à laquelle rien ne peut s’opposer ; forme intensive (mubālagha) marquant une domination sans partage et sans résistance possible. Aucun mot français à un seul terme n’en couvre le champ sans risquer soit une connotation de violence physique, soit une réduction à la seule puissance (déjà couverte par d’autres noms, ʿAzīz, Qadīr) — ce Bloc conserve donc al-Qahhār en translittération, avec cette note. Al-Wāḥid, en revanche, trouve un équivalent français direct, comme pour la même racine w-ḥ-d en S4:171 (ilāhun wāḥid, « un ilāh unique ») — ce Bloc le traduit donc par « l’Unique ». Deuxièmement, la formule ini l-ḥukmu illā li-llāh (« le ḥukm n’appartient qu’à Allaah ») : l’étude dédiée Le Nabī n’est pas législateur établit — à partir d’Ibn Fāris, racine ḥ-k-m : empêcher, contenir, d’où décision qui s’impose — que cette formule revient à l’identique en S6:57, et de nouveau plus loin dans cette même sourate (S12:67, hors du périmètre de ce Bloc). Ce Bloc reprend donc la traduction de cette étude pour cette formule exacte, ainsi que pour dhālika d-dīnu l-qayyim (« tel est le dīn qayyim »).
S.12:39 · L’appel à l’unicité
- ṣāḥibayi s-sijn
- *ṣāḥib* (le compagnon), duel — repris à l'identique au verset suivant.
- arbābun mutafarriqūn
- *arbāb*, pluriel de *rabb* pris au sens de ce qui est servi comme seigneur (voir S9:31, étude Shirk : *aḥbār*/*ruhbān* pris comme *arbāb*). *Mutafarriqūn*, racine *f-r-q* (se disperser, se diviser).
- al-Wāḥid, al-Qahhār
- voir le callout de méthode ci-dessus.
S.12:40 · Le ḥukm n’appartient qu’à Allaah
- asmāʾan sammaytumūhā
- racine *s-m-w* (nommer) : **dit**, le texte réduit ce que ces gens servent à de simples désignations verbales, sans aucune autre réalité que cette dénomination humaine.
- min sulṭānin
- racine *s-l-ṭ* : une force qui s'impose, une autorité/preuve qui domine — l'association à Allaah se fait sans aucun fondement qui s'impose comme une évidence.
- ini l-ḥukmu illā li-llāhi ... dhālika d-dīnu l-qayyim
- voir le callout de méthode ci-dessus — traduction reprise de l'étude dédiée Le Nabī n'est pas législateur, qui cite ce verset nommément.
L’aboutissement des deux songes · S12:41
S.12:41 · Le vin et la crucifixion
- rabbahu
- ici, sans ambiguïté aucune, « son maître » — le souverain humain au service duquel se trouvait ce compagnon avant son emprisonnement — non Allaah. Contraste direct et volontaire avec *rabbī* de S12:37, ce Bloc (Allaah, sans ambiguïté), qui annonce l'ambiguïté à venir de S12:42/50 (voir les notes posées à ces versets) — même méthode que pour *rabbī* en S12:23 (Bloc II).
- yuṣlabu
- racine *ṣ-l-b* (crucifier) : un mode d'exécution humaine ordinaire, mentionné ici dans un récit narratif sans aucune portée théologique. **Point de vigilance, sans rapport de fond** : cette occurrence, purement narrative et concernant un codétenu anonyme, n'a aucun rapport avec la question de la crucifixion attribuée au Messie (S4:157–158) et n'en rouvre pas le débat.
- tastaftiyān
- racine *f-t-y*, forme X (demander une clarification) — l'étude dédiée Fatwā traite nommément ce verset et établit que l'ensemble du champ *f-t-w* employé dans le récit de Yūsuf relève d'un usage narratif (demander à être éclairé sur un songe), non d'un usage législatif : traduction reprise de cette étude.
La demande faite à l’un des deux, l’oubli, les années de prison · S12:42
Point de méthode, prudence maximale — l’antécédent du pronom en S12:42 (« fa-ansāhu sh-shayṭānu dhikra rabbihi »). Ce verset appelle la même rigueur que les passages les plus sensibles concernant l’action des nabiyyīn (S4:157–158, S9:113–114, S11:45–46, S12:24). Le texte porte : « Il [Yūsuf] dit à celui des deux dont il pensait qu’il serait sauvé : “Mentionne-moi auprès de ton maître (rabbika).” Mais le shayṭān lui fit oublier (fa-ansāhu) dhikra rabbihi — et il resta en prison quelques années. » Le pronom objet de ansāhu (« lui fit oublier ») et le possessif de rabbihi (« son maître »/« son Rabb ») ne sont, par la seule syntaxe, rattachés sans ambiguïté à aucun des deux personnages en présence. Première lecture, la plus immédiate par la règle de proximité grammaticale (l’antécédent le plus proche) : le pronom renvoie au compagnon de prison qui vient d’être interpellé — le shayṭān lui fit oublier de mentionner Yūsuf auprès de son maître, rabbihi désignant alors le roi, en écho direct et volontaire avec rabbika qui précède dans le même verset ; cette lecture explique directement la suite du verset : « il [Yūsuf] resta en prison quelques années » — la prolongation de l’emprisonnement de Yūsuf s’expliquant par l’oubli de son codétenu. Seconde lecture, grammaticalement possible mais recourant à un antécédent plus éloigné : le pronom renvoie à Yūsuf lui-même — le shayṭān lui aurait fait oublier, à lui, le dhikr de son propre Rabb (Allaah), en plaçant son espoir dans un intermédiaire humain plutôt que dans la seule invocation d’Allaah. Ce Bloc retient, pour le champ trad=, la première lecture — appuyée par la proximité grammaticale immédiate et par la cohérence narrative directe avec la suite du verset —, et nomme la seconde sans l’écarter, sans importer aucune conclusion sur la nature exacte de ce que cette seconde lecture impliquerait pour la conduite de Yūsuf lui-même.
S.12:42 · L’oubli du shayṭān
- nājin
- racine *n-j-w* (échapper, être sauvé), reprise plus loin dans ce même Bloc (S12:45, *najā*).
- rabbika / rabbihi
- voir le callout de méthode ci-dessus.
- biḍʿa sinīn
- *biḍʿ* (un nombre indéterminé, généralement compris entre trois et neuf selon les lexicographes classiques). **Non-dit** : le nombre exact d'années n'est pas précisé au-delà de cette indétermination volontaire du texte.
Le songe du roi, l’incapacité des notables · S12:43–44
S.12:43 · Le songe du roi
- al-malaʾ
- voir S2:246, S7:60, S11:27 — l'assemblée des notables entourant le souverain.
- aftūnī
- racine *f-t-y*, même famille que *tastaftiyān* (S12:41, ce Bloc) — traduction « éclairez-moi » reprise de l'étude dédiée Fatwā, qui traite nommément ce verset.
- li-r-ruʾyā taʿburūn
- *ruʾyā*, même terme que S12:5 (Bloc I) — la vision de songe elle-même. *Taʿburūn*, racine *ʿ-b-r* (traverser, passer d'un point à un autre) : le passage de l'image du songe à sa signification, verbe distinct de *taʾwīl* (l'aboutissement effectif de la chose annoncée, voir le callout de S12:6, Bloc I) — l'assemblée est interrogée sur sa capacité à faire ce passage interprétatif, quand Yūsuf, plus loin dans ce Bloc, livrera l'aboutissement proprement dit.
S.12:44 · Rêves confus
- aḍghāthu aḥlām
- *aḍghāth*, racine *ḍ-gh-th* (Ibn Manẓūr : à l'origine, une brassée de fourrage composée de plantes mêlées) — d'où, au figuré, un amas confus, sans cohérence. *Aḥlām*, pluriel de *ḥulm*, à distinguer de *ruʾyā* (S12:5, S12:43) : le *ḥulm*, chez les lexicographes classiques, désigne le songe ordinaire, parfois sans signification propre ou de source trouble, quand *ruʾyā* désigne la vision reçue comme véridique. **Point de style** : ce sont les notables eux-mêmes, non le texte, qui déclassent ainsi le songe du roi, présenté pourtant au verset précédent comme une *ruʾyā* — un jugement rapporté, non une affirmation du narrateur sur la nature réelle de ce songe.
Le compagnon se souvient, après un long moment · S12:45
S.12:45 · Le souvenir tardif
- najā
- même racine que *nājin* (S12:42, ce Bloc) — l'aboutissement narratif confirme ce qu'annonçait déjà l'hypothèse de Yūsuf.
- wa-ddakara
- racine *dh-k-r*, forme VIII (se souvenir soudainement, après un oubli) — même racine que *dhikra rabbihi* (S12:42, ce Bloc, voir le callout dédié) : ce verset confirme, par ce simple choix de racine, que l'oubli signalé au verset précédent portait bien sur un acte de mémoire.
- baʿda ummatin
- racine *ʾ-m-m* — **point de vigilance lexicale, non une règle nouvelle** : ce Bloc rencontre ici un sens attesté par les lexicographes classiques (Ibn Fāris, Ibn Manẓūr) mais distinct de l'emploi le plus fréquent de ce terme dans le reste du corpus coranique (la communauté, *umma*) — ici, une durée, un long laps de temps écoulé. Ce Bloc retient donc « après un long moment », conformément au sens temporel attesté pour cette occurrence précise, sans que cela n'affecte le sens de *umma* ailleurs dans le corpus.
La consultation de Yūsuf, l’aboutissement du songe du roi · S12:46–49
S.12:46 · Ô toi le véridique
- aṣ-ṣiddīq
- racine *ṣ-d-q*, forme intensive (*ṣ-i-d-d-ī-q*) — voir le pluriel de cette même forme en S4:69 (*aṣ-ṣiddīqīn*, catégorie de « ceux dont la conformité entre parole et réalité est constante », conservée en translittération). Ici au singulier, adressé directement à Yūsuf : la véracité portée à son degré le plus confirmé, au-delà du simple *ṣādiq* (S12:26–27, Bloc II) — conservé en translittération.
- aftinā
- voir la note posée à S12:43, ce Bloc, et l'étude dédiée Fatwā, qui traite nommément ce verset.
S.12:47–49 · Sept années, sept années, puis le secours
- daʾaban
- racine *d-ʾ-b* (agir de façon continue, assidue, sans relâche).
- tuḥṣinūn
- racine *ḥ-ṣ-n* (mettre à l'abri, préserver — même famille que *ḥiṣn*, la forteresse).
- yughāthu n-nāsu
- racine *gh-y-th* (Ibn Manẓūr : la pluie bienfaisante qui met fin à la sécheresse, et par extension tout secours qui en dépend), forme passive : « les gens sont secourus [par la pluie] ».
- yaʿṣirūn
- même racine que *aʿṣiru khamran* (S12:36, ce Bloc) — écho lexical volontaire entre le songe initial et son aboutissement final. **Non-dit** : la nature précise de ce qui est pressé (olives, raisin, ou autre denrée) n'est donnée par aucun terme de ce seul verset.
La demande du roi, le renvoi vers l’affaire des femmes · S12:50
Point de méthode — la double occurrence de « rabb » en S12:50, sur le modèle de S12:23 (Bloc II) et de S12:41–42 (ce Bloc). Dans ce même verset, Yūsuf s’adresse au messager du roi en disant « irjiʿ ilā rabbika » — « retourne vers ton maître » — où rabbika désigne sans ambiguïté le roi, maître du messager ; puis il clôt sa phrase par « inna rabbī bi-kaydihinna ʿalīm » — « mon Rabb est certes connaissant de leur manœuvre » — où rabbī, à la première personne, désigne Allaah, dans la continuité de S12:37 (ce Bloc). Ce contraste, à l’intérieur d’un seul et même verset, illustre avec une clarté particulière la nécessité de vérifier, à chaque occurrence, l’antécédent que la grammaire et le contexte immédiat assignent à ce terme, plutôt que de le translittérer par convention automatique.
S.12:50 · Interroge-le sur les femmes
- rabbika / rabbī
- voir le callout de méthode ci-dessus.
- mā bālu
- *bāl* (l'état, la condition, l'esprit).
- kaydihinna
- même racine et même pluriel féminin que *kaydikunna* (S12:28, Bloc II, voir la note qui y est posée) : Yūsuf reprend ici lui-même, à distance, le terme déjà employé par le maître de maison.
L’interrogatoire des femmes, l’aveu de la femme d’al-ʿAzīz · S12:51
S.12:51 · Maintenant le vrai s’est manifesté
- khaṭbukunna
- racine *kh-ṭ-b* (l'affaire grave, ce qui requiert explication), distincte de *khiṭba* (les fiançailles) ou de *khuṭba* (le discours), autres dérivés de la même racine non rencontrés ici.
- ḥāsha li-llāh
- même expression figée qu'en S12:31 (Bloc II) — voir la note qui y est posée.
- rāwadtunna / rāwadtuhu
- même racine *r-w-d* que S12:23/S12:26/S12:30/S12:32 (Bloc II) — voir la note posée à S12:23.
- al-āna ḥaṣḥaṣa l-ḥaqqu
- racine quadrilitère *ḥ-ṣ-ḥ-ṣ* (Ibn Manẓūr : devenir manifeste et clair après avoir été enveloppé ou caché) : l'aveu de la femme d'al-ʿAzīz marque le moment où ce que Yūsuf avait toujours affirmé (S12:26, Bloc II) devient publiquement reconnu.
Le motif de la vérité établie, la nafs qui incite au mal · S12:52–53
Point de méthode, prudence maximale — l’identité du locuteur en S12:52–53. Ni S12:52 ni S12:53 ne comportent de nouveau marqueur de discours (« qāla»/« qālat ») introduisant un changement de locuteur après l’aveu de la femme d’al-ʿAzīz qui clôt S12:51. Deux lectures grammaticalement défendables coexistent, et ce Bloc les nomme toutes deux plutôt que d’en écraser une sans justification textuelle. Première lecture — continuité de la parole de la femme d’al-ʿAzīz : par l’économie grammaticale la plus immédiate (l’absence de marqueur favorisant, par défaut, la continuité du même locuteur), c’est elle qui poursuivrait : « Cela [mon aveu], pour qu’il [Yūsuf] sache que je ne l’ai pas trahi en son absence (bi-l-ghayb) [en le calomniant après son départ] » — puis, S12:53, son propre aveu de faiblesse : « et je ne m’exonère pas moi-même — la nafs est assurément instigatrice du mal, sauf ce à quoi mon Rabb accorde Sa raḥma », en cohérence directe avec sa confession de S12:51. Seconde lecture, également attestée dans la tradition grammaticale et rhétorique de la langue : un changement de locuteur non marqué, fréquent dans le style coranique, introduirait ici la voix de Yūsuf lui-même, expliquant son propre motif d’avoir exigé cette clarification avant de sortir de prison : « Cela, pour qu’il [al-ʿAzīz] sache que je ne l’ai pas trahi en son absence » — puis, S12:53, une réflexion de Yūsuf sur sa propre nafs, qui ne s’exonère pas elle-même malgré la fermeté de son refus déjà affirmée en S12:32 (fa-staʿṣama, Bloc II). Ce Bloc ne tranche pas entre les deux lectures, la cohérence intra-coranique ne permettant pas de trancher par la seule syntaxe ; il retient, pour le seul champ trad=, la première lecture (l’économie grammaticale la plus immédiate), et signale explicitement la seconde comme égale en légitimité — sur le modèle de l’identité de rabbī en S12:23 (Bloc II).
S.12:52 · Pour qu’il sache
- lam akhunhu bi-l-ghaybi
- voir le callout de méthode ci-dessus pour l'identité du locuteur et le référent du pronom *hu*. *Bi-l-ghayb*, ici au sens concret d'« en son absence », distinct de l'usage théologique de la même racine (S12:10, Bloc I, voir la note qui y est posée sur *ghayābati l-jubb*) — même point de vigilance lexicale.
- kayda l-khāʾinīn
- *kayd*, même racine que S12:28/50 (voir les notes posées) ; *khāʾin* (le traître), racine *kh-w-n*.
S.12:53 · La nafs instigatrice du mal
- mā ubarriʾu nafsī
- racine *b-r-ʾ* (être libre, exempt, innocent de) ; voir le callout de méthode ci-dessus pour l'identité du locuteur.
- la-ammāratun bi-s-sūʾ
- racine *ʾ-m-r*, forme intensive (*mubālagha*) : ce qui commande sans relâche. **Dit** : ce seul verset affirme que la *nafs*, laissée à elle-même, incite vers le mal, sauf l'exception qu'introduit la *raḥma* d'Allaah. **Non-dit** : ce verset ne développe pas à lui seul une anthropologie complète de la *nafs* — d'autres qualifications de la *nafs* se rencontrent ailleurs dans le Coran, hors du périmètre de ce Bloc ; il ne les anticipe pas.
- illā mā raḥima rabbī ... Ghafūrun Raḥīm
- *raḥima*, même racine que la *raḥma* (voir S6:12/54, S11:119), ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah ; *Ghafūr*/*Raḥīm*, couple de ṣifāt conservées en translittération.
La confiance du roi, la demande de Yūsuf · S12:54–55
S.12:54 · Une position d’assise et de confiance
- astakhliṣhu li-nafsī
- racine *kh-l-ṣ*, forme X (réserver pour soi en exclusivité) — même racine que *al-mukhlaṣīn* (S12:24, Bloc II, voir la note qui y est posée), mais nuance grammaticale distincte : la forme X marque ici une appropriation exclusive décidée par le roi, non la pureté conférée par Allaah dont il était question en S12:24.
- makīnun amīn
- *makīn*, racine *m-k-n* — même racine que *makkannā* (S12:21, Bloc II, et S12:56, ce Bloc) : une position solidement établie. *Amīn*, racine *ʾ-m-n*, même famille que *taʾmannā* (S12:11, Bloc I) : la confiance accordée.
S.12:55 · La demande de Yūsuf
- khazāʾini l-arḍ
- racine *kh-z-n* (amasser, mettre en réserve) : les réserves et ressources de la terre d'Égypte, en écho direct avec l'aboutissement du songe royal qui vient d'être donné (S12:47–49, ce Bloc).
- ḥafīẓun ʿalīm
- *ḥafīẓ*, même racine que *la-ḥāfiẓūn* (S12:12, Bloc I, voir la note qui y est posée) ; *ʿalīm*, ici au sens ordinaire d'un homme qui sait.
L’affermissement en Égypte, la récompense de l’Ākhira · S12:56–57
S.12:56 · L’affermissement de Yūsuf sur cette terre
- makkannā li-yūsufa fi l-arḍi
- reprise mot pour mot de S12:21 (Bloc II) — l'affermissement déjà annoncé au moment de l'achat en Égypte trouve ici son plein accomplissement, une fois franchies l'épreuve de la tentation et celle de la prison.
- yatabawwaʾu minhā ḥaythu yashāʾu
- racine *b-w-ʾ* (voir S3:121, S7:74, S11:87/93).
- bi-raḥmatinā
- même racine que S12:53, ce Bloc — la *raḥma* comme ce que l'on peut dire lorsqu'on parle d'Allaah.
- wa-lā nuḍīʿu ajra l-muḥsinīn
- quasi mot pour mot comme S11:115 (*lā yuḍīʿu ajra l-muḥsinīn*), ici à la première personne du pluriel (*nuḍīʿu*, Allaah parlant de Lui-même) plutôt qu'à la troisième — simple variation grammaticale de personne, sans changement de sens.
S.12:57 · La récompense de l’Ākhira, meilleure
- kānū yattaqūn
- racine *w-q-y*, même famille que *muttaqīn* ; la construction avec *kāna* à l'imparfait marque ici une constance dans le temps, plutôt qu'un acte ponctuel.